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La confiture, les cochons, tout ça, quoi!

Je m'étais juré de ne plus monter au créneau. De me tenir à l'écart de ces joutes verbales écrites sur les réseaux sociaux qui me fatiguent au plus haut point. Mais on ne peut pas laisser dire n'importe quoi non plus. Surtout par quelqu'un qui estime faire partie du gotha des dégustateurs reconnus, honnêtes et intransigeants. Il n'y a guère que lui qui doit le penser. Son commentaire lapidaire sur une bouteille des Rouliers 2015 de Richard Leroy fustige une vinification "non maîtrisée" et des variations potentielles inter bouteilles du fait de l'absence de sulfitage. Un genre de "loterie", en fait. Ce qui a eu pour effet de libérer la parole de toute une flopée de dégustateurs du dimanche, insensibles aux charmes du roi Richard. Ils en ont parfaitement le droit, d'ailleurs.

#metoo #balancetonvinderichardleroyàdéfaut

 

Mais j'ai failli en avaler mon chenin de travers!

 

C’est cela aussi la critique vin... un temps infini et un travail de fond à la dégustation pour un commentaire non maîtrisé qui laisse des fautes de goût, des tâches d'encre et de lourdes approximations. A deux balles l'analyse, c’est aussi plutôt décevant. L'envie de goûter à ces vins encensés par tant de monde (et parfois des gens bien)  se traduit alors par une frustration à l'origine d'une aigreur terrible d'être passé complètement au travers, pour aboutir finalement à une incompréhension totale de la méthode de vinification. Les vins de Richard Leroy sont, heureusement, tout sauf consensuels. Mais ils représentent néanmoins l'une des expressions les plus pures et les plus belles du chenin. À mes yeux et à mes papilles, ce qui, à l'évidence, n'engage que moi. Même si je suis loin d'être le seul à le penser. Une vision aboutie, réfléchie et assumée d'un cépage reflétant à la perfection son terroir. Ces Rouliers 2015, ouverts bien trop tôt, malheureusement, en réaction à ce post perfide, n'ont rien d'un vin à défaut. Une tension magnifique dans un millésime réputé chaleureux, avec une longueur et une acidité hors normes, salivante et délicieuse. Pas de "notes de levures, de CO2 et d'arômes déviants et oxydés". Et si le défaut constaté par ce soi-disant critique ne venait que de lui-même? De son palais étriqué, formaté et habitué à un seul type de vin, plutôt archi sulfité, même s'il s'en défend? Chacune de ses incursions dans le milieu du vin naturel (il faut croire que ça le démange quand même un petit peu) se traduit par une charge en règle contre cette approche. Alors, moi, je ne dis qu'une seule chose, à tous ces beaux messieurs engoncés dans leurs certitudes de dégustateurs bien pensants: arrêtez de vouloir boire à tout prix des vins que vous ne parviendrez jamais à comprendre! Votre cerveau n'est sans doute pas équipé pour. Il n'y en a déjà pas assez pour tous ceux qui les aiment! Laissez leur! Et ne vous écartez pas trop de votre univers bien balisé de grands crus classés standardisés et produits à grande échelle, vous risqueriez l'apoplexie et le sous-dosage en sulfites. Que vous teniez absolument goûter à ces vins-là, à maintes reprises, pour vous convaincre que vous ne les aimez définitivement pas, c'est comme donner de la confiture à des cochons!

Voilà, c'est dit. Et je ne m'auto-censurerai pas.

 

 

P.S: le post qui buzze sur les réseaux sociaux en ce moment, c'est une critique des critiques vin, rédigée par un anonymous. Réjouissant, plutôt juste et argumenté. Un joli coup de pied dans une fourmilière, dont notre pourfendeur de Richard Leroy ne fait même pas partie. C'est dire s'il a du crédit.

 

richard leroy,les rouliers,chenin

richard leroy,les rouliers,chenin

 

 

richard leroy,les rouliers,chenin

 

 

P.S.2: souvenir de la virée ligérienne traditionnelle de l'hiver, en 2016, avec étape à Rablay sur Layon, dans l'antre du roi Richard. Se déplacer chez le vigneron permet parfois de mieux appréhender les choses et comprendre comment il travaille.

"M comme Montbenault: un détour par Rablay/Layon en janvier, c'est Noël après l'heure. Leçon de terroir, leçon de dégustation, leçon de choses, diverses et variées, en compagnie de Richard Leroy, qui a l'habitude de recevoir quelques visiteurs en before des salons d'Angers.

 

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Cette année, en compagnie de "los ignorantes", la fine fleur de la crème catalane du vin (vignerons, restaurateurs, cavistes, importateurs), j'ai beaucoup appris. Sur l'élevage sur lies, la réduction, l'autolyse, l'apport (ou pas) de SO2. Depuis 2012, dans les Rouliers comme dans Montbenault, il n'y en a plus. Des vins cristallins, épurés, dynamiques et énergiques. La verticale sur 6 années consécutives, en commençant par différents fûts de 2015, est éloquente.

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Et que dire de la comparaison entre Montbenault pas du tout et (légèrement) sulfité, sur deux millésimes, 2009 et 2005, date des premiers essais de vinification sans SO2. Pédagogique et bluffant! Avec à chaque fois avantage pour la cuvée sans sulfites, plus pure, plus cristalline, plus brillante, plus émouvante. Un test que devraient faire un jour tous ceux qui pensent que le vin nature n'existe pas et/ou ne se conserve pas. Ça pourrait les aider à mieux comprendre deux ou trois choses sur un sujet qu'ils ne maitrisent pas du tout et leur permettre éventuellement de dire un peu moins de conneries lorsqu'ils se posent en donneurs de leçons de vinification. Comme, en plus, Richard Leroy n'est aucunement dogmatique, laissant à tout un chacun le droit d'adhérer (ou pas) à sa démarche, cela ne devrait poser de problème à quiconque. Sauf à être définitivement ignorant et vouloir le rester.

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P.S.3: Et pour une analyse critique, étayée et argumentée des vins de Richard Leroy, de leurs défauts (ou pas), on se reportera à l'excellent billet des cavistes parisiens de la rue Delambre.

Commentaires

  • Époustouflée par ce coup de gueule. Je ne connais pas ce vin, pas encore. Mais j'oserai bientôt sa dégustation, par curiosité de goût, de connaissance en vin naturel. Et surtout parce que pour déclencher de telles émotions, l'aventure chenin des rouliers doit valoir le détour !

  • J’en reviens à mes principes de base en termes de dégustation. Il n’y a que deux types d vin, ce que tu aimes et ceux que n’aimes pas. Le reste n’est que littérature.

  • Oui, c'est la base. Après, on a le droit de vouloir aller un peu plus loin.
    Les Rouliers valent le détour, Anaïs. Mais cela ne sera pas forcément simple d'en trouver. Surtout du 2016. Il n'y en aura pas suite au gel...

  • Bonjour, il faut prendre du recul et un peu de mesure, Richard Leroy est un grand vigneron (il l'était deja dans sa periode avant 2010) et ses vins sont representés sur les plus belles tables comme de nombreux vignerons nature. Je n'accorde non plus aucuns credit à ces anotateurs de vins influents pour un certain public.
    Peut on dire qu'un vin est pas terrible? Vous avez par votre activité et vos reseaux la chance de pouvoir deguster ces vins regulierement.
    35€ le vin avec: acide acetique, souris, ou autre autolyse (refermentation en bouteille) ca peut choquer non? 35€ c'est le prix le moins cher de ce vins qu'on peut trouver chez des cavistes chanceux d'en avoir, parce que certains etablissements multiplient les marges par beaucoup plus! 35€ vous savez ce que c'est??? c'est une demi journée de travail dans les vignes quand il fait -10° l'hiver à tailler ou 35° pour labourer, eh oui cher influent bloggeur les ouvriers agricole sont payés au smic! A 35€ les gens qui s'offrent cette bouteille ne devrait pas etre decus, il ne devrait meme pas y avoir de debats ca doit etre GRANDIOSE point barre. Il faut arreter de se pignoler sur ces bouteilles(à 35 balles), il a des voisins superbes Mr Leroy: Hodgson, Delmé, Courault, Garnier, Rochard et même s'ils mettent un tout petit peu de souffre (ou pas) pour certains, ca reste beaucoup plus accessible et convivial!

  • Salut Olif, et qui est ce dégustateur patenté donc?

  • d'accord avec Mathieu, si le vin nat est un vin de bobos heureusement il y a des vignerons qui savent encore payer leurs vendangeurs avec, qui savent encore offrir des bouteilles, qui savent encore ne pas augmenter du fait de grêles de notoriété de passage en bd diverses etc. Il y a les vins qu'on aime et ceux qu'on aime pas, il y a ceux que notre palais accueille avec joie et les autres, et il y a notre mentalité, notre tête qui prends beaucoup de place ou pas et qui donne à ce palais plus ou moins de possibilité d'aimer ou d’être étriqué! heureusement que le sans sulfite enlève le mal de tête c'est tj ça de gagné, et vive les petits vignerons, les timides, les inconnus les mal connus les bosseurs les généreux les bourrus les grognons et les intègres, vive les vins qui goutent pas pareil en haut qu'en bas de la bouteille, qui nous font perdre nos mots, après tout, ça nous fait pas de mal parfois de gouter et de fermer sa gueule...

  • Espoustouflant votre article... on a pris du temps pour tout lire

  • Authenticité et diversité sont synonymes de dérangements, dans le microcosme viticole français...
    Je pense parfois qu'il faut réapprendre à déguster et essayer de comprendre.
    La dégustation, est et doit rester un état d'esprit !!

  • J’ai la chance qu’un de mes caviste me vend une bouteille chaque année.... Rouliers ou montbenault...
    A chaque ouverture de bouteille c’est une très grande émotion... ces vins ont une énergie folle... les vins de m. Leroy sont grandiose....
    il est vrai que certains cavistes abusent, moi j’ai pu les avoir entre 35 et 40€ le 2014 et 2015....

  • Tout à fait d'accord avec ce coup de gueule !

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