10 janvier 2012

1976: Jean, Pierre, Marthe, Richard et les autres..

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1976, année aussi sèche que 69 fut humide. C'est pourtant la larme à l'œil que je me suis résolu à dégoupiller ce Côtes du Jura, qui commençait à dénuder lascivement son épaule. Une bouteille de récupération, payée 3 fois rien (à peine), comme ça, pour voir. Tapis rikiki, poker menteur œnophile. Pas d'attente particulière, si ce n'est le plaisir sans cesse renouvelé de déboucher précautionneusement un vieux vin. La sommellerie, un art que ne pourra jamais remplacer le décapsuleur. Pour ce qui est du vin en lui-même, couleur dorée, miel, épices, champignon aussi, malheureusement, en route vers la madérisation. Intéressant, pas imbuvable, mais à petites doses, car vite fatiguant. Une curiosité, juste pour voir ce qu'il y avait sous cette épaule ...

 

En 1976, il n'y a pas eu que cette bouteille de Côtes du Jura ni l'impôt sécheresse. Petit flash-back sélectif:

 

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En 1976, Pierre Richard a réussi à humidifier les joues en se jouant de la vie et des préjugés. En parallèle de sa carrière cinématographique, Pierre Richard tâte de la viticulture depuis 1986 dans les Corbières, au Château Bel-Évêque.

 

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En 1976, Jean Richard avait bientôt fini son cirque. Au régime Maigret depuis quelques années, il portait de plus en plus souvent sa prothèse PIPE à la bouche, sans crainte de fuites autres que celles de sa salive.

 

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En 1976, Marthe Richard commençait doucement à fermer son clapet, après avoir clos un certain nombre de maisons dans lesquelles, même une année comme 76 n'aurait pas empêché de mouiller.

 

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En 1976, Pierre Richard, fils de Jean Richard, ni l'un ni l'autre de ceux cités précédemment, poursuivait l'exploitation du domaine viticole familial situé au Vernois, entre Lons le Saunier et Voiteur, au cœur de l'appellation Côtes du Jura, et, à défaut d'eau, produisait du vin. Le Côtes du Jura qu'il a élaboré cette année-là commence un peu à s'épuiser (voir plus haut). Son fils Vincent l'a désormais rejoint. Sauf distraction impardonnable de ma part, il va falloir essayer de goûter aux millésimes récents. Pourquoi pas lors de la Percée du Vin Jaune de Ruffey sur Seille, les 4 et 5 février prochains?

 

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Olif

 

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05 janvier 2012

Intouchables mais presque!

C'est l'histoire d'un succès cinématographique dans lequel un pauvre Black sorti de prison et un riche Blanc tétraplégique s'enrichissent mutuellement au contact l'un de l'autre. C'est aussi l'histoire d'Omar qui serait devenu bon acteur. Si!

Je ne vais pas dénigrer ni juger, je n'ai pas vu le film. Magnifique pour beaucoup. Dans un genre plutôt racoleur et pétri de bons sentiments pour d'autres. Par contre, Omar est passé à la maison l'autre soir, pour assurer le service après-vente avec deux ou trois de ses potes. Ce n'était pas le meilleur moment, je sais, mais ils sont venus à pinces et, comme il leur a fallu un certain temps pour arriver, depuis la Côte Ouest... Celle d'Armorique, pas l'Américaine, évidemment.

 

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Omar, à la maison, il s'est bien fendu la gueule. Mais l'histoire n'est pourtant pas très drôle. Surtout pour lui et pour ses potes. Pas de vidéo sous la main, elle eût été censurée. Seppuku pudiquement effectué en arrière-cuisine, pour ne pas heurter les âmes sensibles.

puligny-montrachet,domaine leflaive,clavoillon,1999

 

Une fois la barrière de corail franchie, nos caïds de banlieue bretonne n'en menaient pas large. Passés au gril, ils n'ont pas tardé à avouer, avant de rougir de satisfaction. Chaud, chaud, Tabasco®! Juste 3 gouttes dans la sauce. Et un peu de beurre demi-sel. Histoire de napper la chair délicatement bronzée et fondante de la bête. Homard grillé, sauce corail. Un grand classique de la maison, quand on trouve du homard dans le Jura. Je ne sais ni faire meilleur, ni plus simple. 

Et avec le homard, qu'est-ce qu'on boit? Grosse question, qui a vraisemblablement agité plus d'une cervelle de la bloglouglousphère en cette période de fêtes de Noël. Si certains privilégient bêtement la rime avec un Batard ou un Clos de Tart, je pencherais plutôt pour un Clavoillon, ben voyons! Puligny-Montrachet 1999 du domaine Leflaive, qui n'associe jamais son nom à de mauvais vin. Celui-ci est très bien. Pas un instant il ne pétille ni ne sent la pomme.

 

puligny-montrachet,domaine leflaive,clavoillon,1999

 

 

Olif

 

P.S.: si on part de l'odieux principe, supposé énoncé par un descendant cuisinier du Général Sheridan, selon lequel "un bon homard est un homard mort", que penser des bons vivants?

 

P.S.2: pour un premier billet de l'année, je ne me suis pas vraiment foulé, mais, promis, on va se reprendre le plus vite possible ...

 

 

30 décembre 2011

La 61ème recette...

Après deux romans-pochades fleurant bon le terroir (Panique à la fromagerie et Panique dans les vignes du Jura, aux Éditions Cabédita), Jean-Claude Barbeaux n'a pas paniqué et il nous revient en grande forme pour un précieux petit opus relatant 60 recettes pour 60 vins du Jura, publié aux Éditions du Belvédère, une maison d'édition franco-suisse avec vue.

 

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Un ouvrage doublement précieux, puisque, après un joli texte sur "la multiplication des vins du Jura", remarquable synthèse actualisée en 30 pages sur la viticulture et le vin jurassiens, 17 chefs soigneusement sélectionnés proposent 60 recettes à accorder avec 60 vins du Jura. Des grands chefs étoilés (Jean-Paul Jeunet, Pierre Basso-Moro, Romuald Fassenet,...), le meilleur chocolatier du Cosmos (Édouard Hirsinger), d'excellentes adresses (La Balance, Le Grapiot,...) et de très beaux endroits, moins clinquants mais tout aussi claquants et recommandables (Les Claquets). Un panorama de la gastronomie jurassienne avec des accords somptueux sur des vins de Stéphane Tissot, Fanfan Ganevat, Emmanuel Houillon, L'Octavin, Julien Maréchal, Jean-Claude Crédoz, Catherine Hannoun, Alain Labet, Philippe Bornard, Michel Gahier, La Tournelle, Étienne Thiébaud,... Largement de quoi se sustenter et s'abreuver. Mais pourquoi en faut-il toujours plus? Oui, pourquoi?

 

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C'est un peu l'équivalent du 13ème coup de minuit, du 8ème mercenaire, du 4ème mousquetaire, du bouillon de 12 heures. Où est-elle donc, cette 61ème recette? Et le 61ème vin, par la même occasion? Tenue aussi cachée et secrète qu'un bonus de CD, tous les lecteurs du Blog d'Olif vont en avoir la primeur et l'exclusivité. Si Jean-Claude Barbeaux avait fait de son ouvrage un roman de terroir, on aurait pu l'appeler "Panique à la cuisine". Parce qu'à la limite, c'est vrai qu'une recette pareille, ça fait peur. Un plat qui a déjà soulevé des haut-le-cœur à bien du monde, mais il fallait le refaire, dans une version épurée, pour le rendre accessible à tous. Huîtres décoquillées, cancoillotte chaude, 2 minutes sous le gril et c'est tout. À la portée du premier ostréicancoillophile venu. Un régal, avec le vin qui va bien. Par exemple, un Arbois Saint-Paul 1987 de Camille Loye, où l'oxydation ménagée avec un grand A, ou un grand O, où tout ce qu'on veut, à partir du moment où c'est grand. Encore juvénile il y a quelques années, il entame désormais sa phase de plénitude, avec de l'enrobage sur sa belle acidité. Miel et épices au firmament, puissance et longueur, pour encore de belles et longues années.

 

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Ceux qui n'aiment ni les huîtres, ni la cancoillotte, pourront s'arrêter de compter à 60 et aisément se contenter de la lecture du livre de Jean-Claude Barbeaux, disponible dans toutes les bonnes épiceries, les bons restaurants et les bonnes librairies franc-comtoises ou dans n'importe autre endroit où l'on vend des beaux et bons livres, même sur le Web. Un cadeau indispensable pour la nouvelle année, je dirais. Que je souhaite belle et bonne à toutes et à tous par la même occasion.

 

 

Olif

 

P.S.: pour une 62ème recette, celle du coq au vin jaune et morilles, on se plongera avec délectation dans le blog illustré de Guillaume Long.

27 décembre 2011

Cadet Roussel a trois bouteilles...

VI
Cadet Rousselle a trois bouteilles,
Il en met deux dans deux verres à pieds,
La troisièm' n'a pas le même goût,
Et il s'en sert pour boire un coup,
Ah ! Ah ! Ah ! mais vraiment,
Cadet Rousselle est bon enfant.


 

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C'est tendance, l'ambiance vinique est au combat. "Fightingbottles". Bordeaux contre les Chinois, les Africains, les Sud-Coréens. Bordeaux contre le reste du monde et Bordeaux reçoit à chaque fois une claque. Impassible challenger, Mouton-Cadet, pas fatigué de se prendre des vents, a remis le couvert. Dans ce qui pourrait être sa catégorie, oui mais non. Pas grave, pour une fois Bordeaux sortira vainqueur.

 

À ma gauche, Mouton-Cadet 2009, AOC Bordeaux, déniché pour un peu moins de 10€ dans une supérette SPAR locale. À ma droite, le Cadet de Gombaude 2008, AOC Pomerol, dégotté pour deux fois plus d'euros dans le BIOCOOP du coin. Match forcément inégal, bien que les deux jouent en catégorie cadet: pas la même AOC, pas le même millésime, pas le même prix. Et pas le même mode de viticulture, surtout. Ni la même conception du vin. Pas grave, du moment que le Cadet de Mouton tient son rang d'éternel perdant. Non, ce n'est pas de l'acharnement. Le match n'a pas été truqué, même si le résultat semblait joué d'avance.

 

Les vins sont dégustés à l'aveugle et soumis au verdict d'un panel de dégustateurs qui aime plutôt bien siffler des canons qui se boivent, surtout en mangeant. Verdict: GG mérite largement un surclassement en catégorie junior. Du Pomerol de soif, qui glisse comme une paire de skis de fond bien fartés sur une neige de rêve, des tanins fondus sur une fine note vanillée qui lui va bien. GG Junior, qu'il fallait l'appeler, le Cadet de Gombaude, pour être sûr de ne pas le confondre avec le Mouton-Cadet des soucis des Rotschild, qui finit court et amer après une attaque sucrée racoleuse. Pas de quoi en faire un méchoui, l'honneur bordelais est sauf. La preuve par le niveau.

 

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La troisième bouteille n'est pas un cadet, mais un Pinot blanc 2004 de Gérard et Bruno Schueller. Parce qu'il fallait un blanc à l'apéritif. Celui-ci est doré, dans un registre plutôt oxydatif. Ah! Ah! Ah! Mais vraiment, Cadet Roussel est bon enfant.

 

Olif

 

 

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P.S.: Cadet Roussel(le), né à Orgelet dans le Jura, s'écrit indifféremment avec une ou deux ailes. Et se chante pareil.

25 décembre 2011

Fucking merlot!

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C'est Ivo Ferreira qui me l'a fait remarquer le premier: "Scoop, Olif aime le merlot!" Non, tu rigoles? Sa cuvée L'enchanteur 2010 m'a pourtant enchanté à plusieurs reprises, au domaine sur fût tout d'abord, puis en bouteille à Buvons Nature, petit salon parisien où l'on boit justement nature, même que c'est drôlement bon. Bon et grunge, puisque l'on pouvait aussi apprécier l'Enchanteur au Grunge Tasting, l'autre petit salon off où il fallait venir comme on était, sinon, ce n'était même pas la peine d'y penser. Au Grunge tasting, on pouvait également croiser le bergeracois Mathias Marquet, dont le pinard s'est révélé plutôt akhbar sous le trait de Charb, de Charlie-Hebdo, en visite avec son pote Luz, qui fuck autant S@rkozy que la chanson française. Moins provocante, mais tout aussi intrigante, l'étiquette de ce Cabwerant! Je me suis un peu creusé les méninges pour savoir ce que ça pouvait signifier. Je me suis égaré, je n'ai pas (encore?) trouvé. Je suis parti sur du cabwer(net fr)ant, tout faux! J'ai pisté un cabot errant. Rien à voir? Après, on s'en fout un peu, tellement c'est juteux et c'est bon. Mais pourquoi ce W, là, juste au milieu du mot? Oui, pourquoi? Ce qui m'a en fait le plus gêné, c'est que le Cabwerant s'est avéré être du jus de merlot. Fucking merlot! Aimerais-je vraiment le merlot, finalement? Du groslot, je ne dirais pas, mais merde alors..! Du merlot! Un Pétrus killer en puissance. Pas trop difficile, je sais. Peut-être que, dans mon inconscient, cette aversion pour le cépage me vient d'une époque désormais révolue pour moi, où une bouteille de ce Pétrus, présumé roi des vins, m'est restée en travers de la gorge? Va savoir! Fucking merlot! Et dire que, maintenant, certains vont croire que j'y suis devenu totalement accro..!

Avant tout, je suis fan du Cabwerant. Et de L'enchanteur. Merde alors! Je sens que je vais me réimprégner de Sideways, moi...

 

 

 

Olif

 

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P.S.: L'enchanteur 2010 et Le Cabwerant 2010 sont disponibles sur Vinivert. Et certainement ailleurs aussi. Il fallait que ce soit dit.

22 décembre 2011

Dutraive de Noël

Il y a bien longtemps de cela que je n'ai pas ouvert une bouteille de Beaujolais. Deux ou trois jours, je ne me souviens plus. C'est long. Il faut savoir déposer les armes en cette période de Noël, véritable guerre des tranchées gastronomiques. Trêve écourtée, mais on ne va pas se battre pour autant. C'est la première fois qu'une bouteille du domaine de la Grand'Cour a fleuri à ma table. Un échantillon de vin passé sous le manteau depuis la Suisse voisine, garante de neutralité. Juste retour des choses. Jean-Louis Dutraive est un vigneron dont les bons échos n'arrêtent pas de retentir à mes oreilles, qu'ils viennent des bords du Grand Lac de Genève ou du pied de la Madone. Je n'allais pas passer plus longtemps à côté de cette bouteille sans y jeter une narine et une papille. Poivre et épices viennent surligner un joli fruit diablement gourmand qui glisse tout seul en bouche. Chapelle des Bois, pour beaucoup la Mecque du ski de fond dans le Haut-Doubs, désormais la Mecque du Fleurie au fond de la Grand'Cour pour d'autres.

 

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Fleurie 2009 "Chapelle des Bois", Domaine de la Grand'Cour, Jean-Louis Dutraive

 

Olif

 

 

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P.S.: si vous n'avez pas encore cuisiné votre foie gras pour Noël, Jack Bauer vous sauvera la mise en 24 heures chrono. Dieu soit loué!

 

P.S.2: petit cadeau de Noël avant l'heure, le programme de REVEVIN 2012 vient tout juste d'atterrir sous le sapin. De quoi se mettre en jambes avant la grande Ascension de Saint-Jean de Monts...

20 décembre 2011

Grain-Grain, le petit raisin gnan-gnan

C'est décembre, c'est l'Avin, c'est la fête du le vin à mettre sous le sapin. Notre Mère ŒNoël préférée nous ouvre à nouveau les portes de son Calendrier de l'Avin pour qu'on les remplisse par de jolies bouteilles qu'il ne faudra pas se priver de boire en accompagnement des mets divers et variés du Réveillon ou du jour de Noël. C'est décembre, c'est l'Avin, c'est l'heure des contes et des belles histoires à raconter aux enfants avant qu'ils aillent se coucher. C'est décembre, c'est l'Avin, c'est l'heure des belles bouteilles à siroter devant la cheminée au cours des longues soirées d'hiver, avant d'aller se coucher, tant qu'il est encore possible de se lever de son fauteuil.

 

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Conte de l'Avin.

Les raisins de la famille Gnan-Gnan n'ont pas toujours été gâtés par la nature. Leurs parents les vignes furent fréquemment victimes de mauvais traitements et prises pour des mères lapines par des méchants maîtres, qui les ont longtemps contraintes à donner naissance à de multiples rejetons palots et chétifs, vite expédiés dans d'immenses et sordides cuves, pour y finir rapidement leurs jours. Vint ensuite le temps du sacrifice de ces vieilles plantes incapables de produire suffisamment. Arrachées sans pitié, certaines furent sauvées in extremis et recueillies par de bons vignerons. Cajolées et choyées, elles ne se firent pas prier pour enfanter de bons petits raisins, bichonnés ensuite dans de bonnes vieilles barriques.

Écoutez donc l'histoire de Grain-Grain, le gentil raisin Gnan-Gnan vendangé en 2001, qui fut installé avec ses frères et sœurs dans un demi-muid confortable, stocké au grenier. Pressé, souriant, béat et heureux, il attendit. Confiant. Patiemment. Longtemps. De plus en plus au large dans son costard en vieux chêne. "Y'a quelqu'un?" osa-t-il murmurer au bout de quelques années. Personne. Pas de réponse. L'aurait-on oublié? Pas de panique, il continua à attendre. L'exposition au grand air commençait à lui titiller les narines, jusqu'en 2007, année où d'autres de ses cousins Gnan-Gnan sont venus le rejoindre. Il leur fit bien volontiers une petite place. Le calme revint progressivement, le joyeux tumulte occasionné par les nouveaux arrivants cessa, l'air vint à nouveau caresser les tanins de Grain-Grain. L'aurait-on à nouveau laissé tomber? Deux années passèrent encore, dans l'obscurité du grenier.

Et puis, le vigneron se serait-il soudainement souvenu? Le 1/2 muid a finalement été en partie vidé. Le sang de Grain-Grain, le petit Gnan-Gnan, fut aspiré dans le tourbillon de la bonde, pour laisser la place dans son vieux tonneau à d'autres de ses congénères, beaucoup plus jeunes. Ô solera mio... Ce bon jus de Gnan-Gnan, marié en grandes pompes avec une jeune Syrah consentante, pour le meilleur et certainement pas pour le pire, trouva de manière indéfectible sa voie. Ils furent heureux et eurent plein de petites bouteilles.

 

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L'Oublié, de Jeff Coutelou, vin "oublié" dans un 1/2 muid pendant de nombreuses années, ouillé une fois par an. Une solera de carignan, dominante de 2001 et 2007, assemblé avec une barrique de syrah 2009, qui a des airs de VDN mais ce n'en est pas un. Parce qu'il n'est pas muté et qu'il est parfaitement sec. Son nez oxydatif, typé rancio, ouvre de belles perspectives d'accord pour Noël, de l'apéritif à la bûche aux marrons ou au chocolat. Oublier de le boire pourrait être nuisible à la santé.

 

Olif

03 décembre 2011

Le Village

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Gilles Ballorin présente

Le Village

 

"Une petite communauté vit dans la terrifiante certitude qu'aucun bon vin ne peut être produit avec les raisins provenant des vignes de la Côte, à l'écart du village. Cette croyance populaire est si convaincante que personne n'ose goûter à un vin vendangé au-delà des dernières maisons, et encore moins s'éloigner des terroirs et des climats réputés ... Le jeune Gilles Ballorin, un garçon entêté, est cependant bien décidé à aller voir ce qui se cache par-delà les limites de Nuits-Saint-Georges, et son audace menace de changer à jamais l'avenir de tous..."

 

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Ne pas se fier à la bande-annonce, il ne s'agit ni d'un film d'horreur, ni d'un mélo larmoyant. Au contraire, les 2010 de Gilles Ballorin, dégustés la semaine dernière à l'occasion de son opération "Liquidation totale", donnent plutôt dans la superproduction fantastique et jouissive. Palme d'or pour ce Village aérien et libéré, à la buvabilité extrême qui lui sied particulièrement bien. Le Nuits-Saint-Georges Belle Croix et, plus encore, Les Damodes 2010, feront de grandes bouteilles pour un peu plus tard, même si on peut déjà se faire largement plaisir car ils sont loin d'être inabordables. Quand la Côte de Nuits donne le meilleur d'elle-même. Faudrait surtout pas que ça s'arrête là, cette histoire...

 

 

 

 

 

Dans le Village, perdu sur la Côte, la Nuits, personne ne vous entendra déguster...

 

Olif

 

P.S.: petit aperçu de la critique, dithyrambique:

 

Libération: ça, c'est du vin!*****

Télérama: un vrai vin d'auteur!*****

Studio: quand super production rime avec ... euh... superproduction.**********

Les Inrocks: on en boirait!******

Picsou Magazine: Ballorin coin coin!***

B&D: désolé, mais pas reçu de place gratuite (non noté)

 

P.S.2: histoire de ne pas se fatiguer les papilles inutilement en tastingeant tous les week-ends, les gens raisonnables se réserveront pour deux petits salons parisiens épatants le week-end prochain: Buvons Nature, à l'Espace Beaujon, et Vignerons en Seine, sur la péniche Mélody.

bourgogne,côtes de nuits,gilles ballorin,2010

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11 octobre 2011

Inespéré...

 

l'inespéré,2002,domaine de l'arbousier,éric le ho

 

Inespérée, cette petite resucée de printemps en octobre, après un week-end annonciateur d'hiver, avec une poudrée à 1500 mètres d'altitude. La terrasse de la maison étant toujours opérationnelle, pas de raison de s'en priver. C'est rare d'y manger en tee-shirt un 11 octobre, dans le Haut-Doubs.

 

Inespéré, de produire une telle cuvée de ce millésime 2002, en Languedoc. Météorologiquement pourri, logiquement difficile à gérer pour le vigneron, mais pas impossible non plus. Pas destiné de ce fait à une longue garde, mais, pourquoi pas, finalement?

 

Inespérée, cette bouteille, retrouvée par hasard lors d'une tentative de restructuration de la cave. Enfouie sous un amoncellement de vins issus de millésimes plus récents, pas question de la laisser traîner plus longtemps dans un carton, déjà que c'est probablement trop.

 

Inespéré, ce vin, toujours impeccable, juvénile, frais et gouleyant, malgré sa très faible protection en soufre lors de la vinification.

 

Inespérés, ces arômes de fruits frais et parfumés, sur fond poivré, épicé et végétal croquant, type céleri en branche. Gros coefficient de torchabilité, même après toutes ces années, à la manière d'un beau gamay, même si ce n'en est pas un.

 

Inespéré et étonnant, cet Inespéré 2002 du domaine de l'Arbousier vinifié par Éric Le Ho et Patricia Nayrac. 50% carignan, 40% grenache et 10% cinsault pour ce vin de table produit dans le massif des Corbières, du côté de Fontfroide. Un vin avec du fond et de la fraîcheur, qu'il ne s'agirait pas de confondre avec de la froideur. Il faut croire que l'inespoir fait vivre...

 

Olif

 

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02 octobre 2011

Lamery, le Bordeaux autrement

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"Lamery, Lamery, si c'est un rêve, je le saurai", chantait il y a déjà bien longtemps Joe Dassin sans le savoir. Lamery, ce n'est pourtant pas un rêve et ce n'est pas l'Amérique non plus. Château Lamery, c'est un domaine familial du bordelais situé à Saint-Pierre d'Aurillac, à l'est de Langon, dirigé en biodynamie depuis 2006 par Jacques Broustet, "le sorcier des vignes" si l'on en croit la presse locale. À force de trop bien travailler ses vignes et ses sols et de ne plus trop travailler ses jus en cave (vinifications naturelles, sans additifs ni sulfitage, en dehors d'un méchage préalable des fûts), ses vins se voient refuser l'agrément en appellation Bordeaux, comme cette cuvée Autrement 2009. Je ne sais pas ce qu'il en serait si le vin était autrement, mais, comme ça, il est plutôt très bien et tous ceux qui ne sont pas autrement comme lui feraient bien de s'en inspirer. Le nez est très fruité, bigarreau et cassis, avec une pointe florale sur une touche lactique, la bouche possède des tanins ronds et enrobés, un bel acidulé et de la fraîcheur. Placé de manière non préméditée dans une dégustation éclectique et à l'aveugle de vins "nature", il s'est retrouvé en compagnie des Laurentides 2009 du domaine Gramenon et de Jadis 2008 du domaine Barral. Des Laurentides tout en puissance et en richesse, mais qui commencent à asseoir leur équilibre et une cuvée Jadis 2008 impressionnante de justesse et de précision. Le 2009 de Lamery s'en est plutôt très bien sorti face à ces deux sparring-partners de grande qualité.

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Lamery, ce n'est pas un rêve et c'est tout à fait le type de vins que l'on a envie de plébisciter, surtout à Bordeaux où ils ne sont pas légion. Un vin "nature" et "vivant" qui pourra être dégusté au deuxième salon de l'AVN, le 7 novembre prochain, en présence du vigneron.

 

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Olif

 

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