27 décembre 2011
Cadet Roussel a trois bouteilles...
VI
Cadet Rousselle a trois bouteilles,
Il en met deux dans deux verres à pieds,
La troisièm' n'a pas le même goût,
Et il s'en sert pour boire un coup,
Ah ! Ah ! Ah ! mais vraiment,
Cadet Rousselle est bon enfant.
C'est tendance, l'ambiance vinique est au combat. "Fightingbottles". Bordeaux contre les Chinois, les Africains, les Sud-Coréens. Bordeaux contre le reste du monde et Bordeaux reçoit à chaque fois une claque. Impassible challenger, Mouton-Cadet, pas fatigué de se prendre des vents, a remis le couvert. Dans ce qui pourrait être sa catégorie, oui mais non. Pas grave, pour une fois Bordeaux sortira vainqueur.
À ma gauche, Mouton-Cadet 2009, AOC Bordeaux, déniché pour un peu moins de 10€ dans une supérette SPAR locale. À ma droite, le Cadet de Gombaude 2008, AOC Pomerol, dégotté pour deux fois plus d'euros dans le BIOCOOP du coin. Match forcément inégal, bien que les deux jouent en catégorie cadet: pas la même AOC, pas le même millésime, pas le même prix. Et pas le même mode de viticulture, surtout. Ni la même conception du vin. Pas grave, du moment que le Cadet de Mouton tient son rang d'éternel perdant. Non, ce n'est pas de l'acharnement. Le match n'a pas été truqué, même si le résultat semblait joué d'avance.
Les vins sont dégustés à l'aveugle et soumis au verdict d'un panel de dégustateurs qui aime plutôt bien siffler des canons qui se boivent, surtout en mangeant. Verdict: GG mérite largement un surclassement en catégorie junior. Du Pomerol de soif, qui glisse comme une paire de skis de fond bien fartés sur une neige de rêve, des tanins fondus sur une fine note vanillée qui lui va bien. GG Junior, qu'il fallait l'appeler, le Cadet de Gombaude, pour être sûr de ne pas le confondre avec le Mouton-Cadet des soucis des Rotschild, qui finit court et amer après une attaque sucrée racoleuse. Pas de quoi en faire un méchoui, l'honneur bordelais est sauf. La preuve par le niveau.
La troisième bouteille n'est pas un cadet, mais un Pinot blanc 2004 de Gérard et Bruno Schueller. Parce qu'il fallait un blanc à l'apéritif. Celui-ci est doré, dans un registre plutôt oxydatif. Ah! Ah! Ah! Mais vraiment, Cadet Roussel est bon enfant.
Olif
Retrouvez aussi les Dégustantanés sur le Blog de la Pipette.
P.S.: Cadet Roussel(le), né à Orgelet dans le Jura, s'écrit indifféremment avec une ou deux ailes. Et se chante pareil.
22:12 Publié dans Clin d'oeil, Dives bouteilles ..., Les Dégustantanés | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
| Tags : mouton-cadet, gombaude-guillot, bordeaux, pomerol |
|
Facebook
07 décembre 2011
Saint-Glou in Brussels 2011
Fraichement canonisé à Bruxelles, Glou, Saint-Patron des buveurs, méritait bien qu'on lui souhaite sa fête. Officiellement absent du calendrier, Glou devrait désormais être fêté avec tous les autres Saints, début novembre. Sans aucun lien avec la fête des morts, évidemment. Ivres ou pas. Retour indispensable sur ce week-end bruxellois où les cadavres n'ont pas porté de costard, mais se sont ramassés à la pelle.
Le Manneken-Pis...,
Lorsqu'il a proposé à la cantonnade facebookienne et/ou bloguesque de venir tâter du vin "nature" à Bruxelles, désormais reconnue comme un haut lieu de bistrologie et de pinardologie naturiste, Patrick Böttcher, monomaniaquement Alsace à ses heures perdues, mais authentiquement bruxellois malgré son accent suisse allemand une fois, a essuyé quelques discrets "Non, peut-être". Il y a fort à parier que l'année prochaine, tous les individus concernés vont se fendre d'un "Oui, j'en ai bien peur".
...le glouglouteur aussi.
À peine arrivés, tout juste le temps de s'installer à l'Hôtel Pantone, conceptuel, design, mais extrêmement confortable, c'est possible, j'en ai bien peur. Départ quasi immédiat pour un petit rafraichissement derrière la nuque, Chez Max, Coiffeur pour hommes. L'ancien Bistrot de la Poste a fait peau neuve et renaît de ses cendres sous influence gainsbourienne. Madame Olif aurait bien bu une petite bière, elle s'est tapée une Courge Vernie 2010 et de fines tranches de jambon. Et puis un ou deux autres blancs, histoire d'être en forme pour le repas du soir. Le grand air belge donne soif, d'autant plus que les températures sont plutôt clémentes pour la saison. Mais la Cantillon, ce sera pour plus tard.
Chez Max, Coiffeur pour Hommes (anciennement «Le Bistrot de la Poste »)
Chaussée de Waterloo, 550A
1050 Ixelles (Bruxelles )
Tél. : 02 344 42 32
Web : http://www.chezmaxrestaurant.be/
Les Brigittines, aux Marches de la Chapelle, nous attendaient de pied ferme. C'est Dirk Miny, le chef volubile, qui nous a servi à la louche un fabuleux consommé de gibier avec de vraies girolles dedans, avant une exquise pièce de bœuf en croûte de sel et quelques frites, une fois.
L'Alsace, patrie vinique de Dirk, a été à la fête, avant même que des Alsaciens bon teint ne nous rejoignent le lendemain. Un superbe Klevener 2008 de Jean-Pierre Rietsch, avant un Pinot noir 2006 de Patrick Meyer, plus controversé, mais néanmoins aisément éclusé en double exemplaire avant la fin du plat principal. L'heure de la bière avait sonné, tel un serpent à sornettes venant distiller son venin. "Wijn na Bier, Plezier, Bier na Wijn, Venijn." préviennent les Belges méfiants. "Hein?" disent les Français en commandant un fût de Cantillon, tout en salivant déjà à la pensée de la journée du lendemain.
Les Brigittines « Aux Marches de la Chapelle »
Place de la Chapelle, 5
1000 Bruxelles
Tél : 02/512.68.91 - 02/512.69.57
Web : http://www.lesbrigittines.com/
La brasserie Cantillon, c'était le clou du programme. Surtout effectuée en compagnie de Jean Van Roy en personne. Dernière brasserie bruxelloise intra-muros, elle cultive la levure indigène et la bière artisanale comme peu savent le faire. Une lambic "nature", à l'instar du vin du même tonneau, qui sert parfois aussi au vieillissement de la bière.
Une visite fort instructive, agrémentée de considérations sur l'artisanat, l'industrie et le bio, côté bière, suivie d'une série de travaux pratiques gustatifs qui ne laissent planer aucun doute sur le style de gueuze qu'il vaut mieux boire. On comprend mieux pourquoi la visite de la brasserie Cantillon est un véritable pélerinage pour bon nombre de touristes en goguette à Bruxelles.
Brasserie Cantillon
Rue Gheude, 56
1070 Anderlecht (Bruxelles)
Tél : +32 2 521 49 28
Web : http://www.cantillon.be/
Après avoir couru la gueuze toute la matinée, il nous restait du pain sur la plancha. Transformé l'espace d'un instant en patio privatif, l'espace vins de Basin & Marot fut une table de premier choix. Antipasti, salade et viande grillée, un menu open qui a permis l'ouverture de quelques quilles, pour se sustenter avant le repas du soir.
Basin & Marot Wines
Rue du Page, 90 A
1050 Ixelles (Bruxelles)
Tél : +32 2 347 64 66
Web : http://basin-marot.be
Sans rentrer dans le détail, car ce fut éclectique, ce fut bon et nous ne manquâmes de rien. Sauf peut-être d'un peu de soufre, ce qui nous conduisit, en guise de promenade digestive, jusqu'au bistrot à Bout de Soufre, pour un apéritif de reconstitution avant le repas du soir.
Format bistrot de poche et bons vins nature, nous restâmes toujours autant à bout de soufre, pas l'once d'une céphalée à l'horizon.
A Bout de Soufre
11, Rue Tasson Snel
1060 Saint-Gilles (Bruxelles)
Tél : +32 2 537 27 00
Fax : +32 498 599 000
Web : www.aboutdesoufre.com
Il valait mieux, avant de franchir la porte du Coin des Artistes, où la cuisine de Jean-Yves en bouche un gros, de coin. Terrine de boudin au foie gras, avant sublime cassoulet maison comme on ne sait pas faire beaucoup ailleurs, y compris dans le Sud-Ouest. Et si certains ne sont pas d'accord, c'est bien volontiers que l'on ira vérifier. Le cassoulet de Jean-Yves n'a rien d'un péteux, d'ailleurs. Les quelques vents parvenus jusque là, sans offusquer les artistes, étaient en provenance du Jura.
Le Coin des Artistes
5 Rue du Couloir
1050 Ixelles (Bruxelles)
Tél : +32 2 647.34.52
Web : www.lecoindesartistes.be
Après ce cassoulet d'anthologie, accompagné de moult jéroboam et magnums, suivi d'un repos digestif nocturne bien mérité, commença la partie la plus physique du week-end. Se mouvoir, à pied, jusqu'au cœur de la vieille ville de Bruxelles, depuis Saint-Gilles. Pente favorable, ravitaillements en nombre suffisant. Une petite soupe à l'oignon à La Clef d'or, place du Jeu de balle, sur un air d'accordéon, puis une petite bière, faut pas déconner non plus quand même, avant une autre bière apéritive à la Fleur en papier doré, une des plus vieilles brasseries bruxelloises, restée dans son jus XIXème siècle, mais attention, ce n'est pas un musée, là-bas, on consomme.
Détour par la Grand Place et amical salut au Grand Homme qui fait pipi debout, coucou à sa petite sœur espiègle, Jeanneke, et ultime bière apéritive au Délirium Café, avant d'échouer place Sainte-Catherine, avec la Mer du Nord pour dernier terrain vague.
Écoutons donc craquer sous la dent les sublimes beignets de crevette et les bulots sauce pimentée, et laissons gambader les Gras Moutons de Marc Ollivier sur le trottoir qui nous a servi de salle de restaurant pour un déjeuner exceptionnel malgré le tout petit chemin de pluie pour unique bonsoir qui est venu nous rafraîchir en fin de repas.
Sans compter qu'à l'apéritif, nous avons eu le bonheur de tremper nos lèvres dans un verre de Zwanze 2011. La Zwanze, c'est un humour typiquement bruxellois, fait de gouaille et de dérision. C'est aussi une cuvée spéciale et limitée de Cantillon créée pour le fun par Jean Van Roy et destinée à être consommée dans le monde entier le même jour, celui du Zwanze Day, afin d'éviter une spéculation idiote sur une bière de pur plaisir, dont le principal défaut est d'être produite en quantités très limitées. La cuvée 2011 est aromatisée au "Pinot d'Aunis" d'Olivier Lemasson et dessoiffe avec gourmandise. Ce dimanche 30 octobre 2011 fut notre jour de Zwanze, grâce à la générosité de Jean Van Roy et celle de Patrick. Cantillon power, for ever!
Noordzee - Mer du Nord
Rue Ste Catherine 45
1000 Bruxelles
Tél: +32.2.513.11.92
Fax: +32.2.502.73.04
Web : www.vishandelnoordzee.be
Et après ça, vous reprendrez bien une petite bière? Non, peut-être. "Beer is the answer", Jean Moeder en est convaincu. On était venus pour boire de la bière belge, on a bu de la Cantillon, évidemment, mais aussi de la bière italienne. Et on a parlé de bière suisse, française, européenne, franc-comtoise même. Moeder Lambic, Fontainas ou Saint-Gilles, le meilleur bar à bières de Bruxelles? J'en ai bien peur, même si on ne les a pas tous testés.
Vive la bière artisanale et authentique, servie à la pression pour un très grand nombre, grâce à un concept très innovant (chambre froide placée sous le bar, pour raccourcir le plus possible la distance entre les fûts et le gosier).
Moeder Lambic Fontainas
8 place Fontainas
1000 Bruxelles
Tél: +32 2 503 60 68
Web : www.moederlambic.eu
Et les frites, dans tout ça? Direction Friture René, alors. Pour une bonne gamelle de moules, à la Cantillon, évidemment, double slash même. Un peu de difficulté à parquer la voiture devant cette ancienne et bonne adresse de friture de rue qui s'est transformée petit à petit en vrai restaurant. Les moules étaient parfaitement bien parquées devant la sauce marole, par contre. Un véritable choc culinaire que la saveur de cette moule crue et charnue trempée dans une sauce vinaigre-moutarde à réveiller les papilles les plus endormies. Avec ces moules parquées, suivies de moules à la Cantillon, frites premier choix, le tout arrosé de quelques belles quilles (du Beaujolais, notamment) et, pour finir, d'une Cantillon, la Saint-Glou s'est terminée en apothéose. Point de thé pour cloturer, mais cela eût été possible, car Nico, le "fils de la maison" s'est pris de passion pour ce breuvage et a élaboré une carte qui devrait laisser rêveur l'amateur, tant la sélection est pointue.
Friture René
Place de la Résistance, 14
1070 Anderlecht (Bruxelles)
Tél : +32 2 523 28 76
Web : http://www.eating.be/fr/resto/show/friture-rene
Un immense merci à Patrick "monomaniaquement Alsace" Böttcher, Jean-François Basin-Marot et toute l'équipe des Vendredis du vin Brusseleirs pour leur accueil chaleureux et cette exceptionnelle visite guidée bruxelloise à la gloire de Saint-Glou, patron des buveurs. Glou ne connaissant pas de frontière, il y a fort à parier que sa prochaine canonisation se déroule dans le Jura, du 1er au 4 novembre 2012. Nul doute qu'on en reparle un jour ou l'autre. En serez-vous?
- Oui, j'en ai bien peur.
- Non, peut-être.
- Ne sait pas encore.
Olif
P.S.: mieux vaut tard que jamais, et je ne doute pas que la simple lecture de ce billet va tirer des larmes aux participants de cette première Saint-Glou.
23:01 Publié dans Bons plans, bonnes adresses, Chronique estivo-hivernale..., Dives bouteilles ..., Les séances de dégustation, côté Jardins! | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
| Tags : bruxelles, basin et marot, à bout de soufre, chez max coiffeur pour hommes, le coin des artistes, cantillon, moeder lambic, nordzee, friture rené |
|
Facebook
22 novembre 2011
Débouchées en plein air
Toï Toï le Zinc, Toï Toï la terrasse. Une température printanière a permis aux Débouchées de prendre l'air en ce 20 novembre 2011. Les Débouchées, un salon à la Villeurbanane, résolument orienté nature, avec des Ardèchois en pagaille, le Roussillon à la fête, le Languedoc pas en reste, le Beaujolais dignement représenté, un Jurassien esseulé (mais quel Jurassien!) ... et un lévrier afghan bouffeur de saucisse. Fallait pas abandonner son assiette sans surveillance!
Honneur aux filles, et d'abord Julie, qui est venue avec Simone. Et aussi Rémont, tout ça en 2010. Des bouteilles fleuries de façon presque indécente, tellement elles sont bonnes. Et tout ça, c'est fait à la main, s'il vous plait. À dos de femme, au treuil, à la pioche, en bio, sans soufre. Alors, Julie Balagny, elle ne veut pas le brader, son vin. Ceux qui trouvent ça vraiment trop bon en achètent, ceux qui trouvent ça trop cher préfèrent juste le goûter.
Isabelle Frère est venue avec Nina, mais ce n'est pas sa sœur. Juste un vin primeur, millésime 2011. C'est bon comme du Beaujolais nouveau, mais ça a plutôt le goût de cinsault. Il n'y en a pas non plus. Juste du grenache et syrah en carbo, d'un beau rose fuschia soutenu, une bouche soyeuse, du velours pour l'estomac. Avec Murmûres, le carignan te parle dans le creux de l'oreille avant de s'engouffrer dans ta bouche. Et tu restes sans voix. Coi, quoi!
Parmi tous les Ardèchois, il a fallu faire des choix. La palme du plus beau Saint-Jo au 2010 de la Ferme des 7 lunes de Jean Delobre. Un jus de syrah d'une grande pureté, comme une évidence de vin. Et puis Babiole 2010 d'Andréa Calek, juste très bon. La première découverte fut celle d'un vin d'Étables, vin de table en provenance de La petite ferme au bout du chemin. À carafer impérativement, comme l'a d'ailleurs fait David Auclair, qui connait bien son vin, c'est la moindre des choses.
Et puis, en off au cul du camion, parce qu'il ne faisait pas partie des vignerons-exposants cette année, dégustation du premier millésime de Sylvain Bock, qui a repris en 2010 une partie des vignes de Gérald Oustric à Valvignières. Déjà 4 cuvées, Sylvain Bock ne fait pas semblant. C'est d'ailleurs le nom de son assemblage grenache gris-chardonnay, parce qu'il en fallait bien un, de blanc.
Et puis 3 rouges, en carbo, vinifiés sans soufre, juste un peu à la mise. Ça goûte plutôt bien, carignan ou syrah, Bascule, Caramba ou Raffût. Un petit nouveau à suivre de près, d'autant qu'il a été à bonne école, celle de Valvignères.
Avant de remonter vers le Nord, cap au Sud, c'était dans le domaine du Possible, avec Loïc Roure. Tout bu or not tout bu (cuvée de négoce), C'est pas la mer à boire, Couma Aco, autant de cuvées du millésime 2010 qui font plaisir à boire. Tout comme ceux de Philippe Wies, qui avait emmené sa Petite Baigneuse faire trempette dans le Rhône. Carton plein pour Bon Plein 2009 et également pour son très beau Maury VDN.
Toutes les bouteilles goûtées ce jour-là ont été débouchées sur place. Les Débouchées, le salon qui tient ses promesses.
Olif
23:31 Publié dans Dives bouteilles ... | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
| Tags : salon des débouchées, lyon, julie balagny, isabelle frère, domaine de l'octavin, jean delobre, la ferme des 7 lunes, sylvain bock, la ferme au bout du chemin, david auclair, la petite baigneuse, loïc roure |
|
Facebook
08 septembre 2011
Les 7 péchés capitags...
On ne peut rien refuser à Eva! Même quand elle part seulement en vacances, à l'heure où tout le monde reprend le travail. Et va-z-y que je te propose un bête jeu de banlieusard et que je te tague, histoire de m'occuper sur la plage de Bidart, quand les vagues sont trop grosses, allongée sur ma planche de surf, les pieds en éventail, un verre d'Irouléguy à la main et l'Ipad entre les dents. Mais c'est qu'on n'a pas que ça à faire, nous autres! On a du boulot pour de vrai, et un peu du boulot pour de faux aussi, à force d'aller traîner aux quatre coins de l'Europe viticole. Mais comme je l'ai dit en préambule, on ne peut rien refuser à Eva, le plus grand goulot de toute la blogosphère Beauté et la plus belle représentante de toute la Bloglouglou.
Sur le thème des sept pêchés capitaux, c'est parti pour quelques révélations croustillantes:
-
L’avarice : Quelle bouteille avez-vous trouvé outrageusement bonne malgré un prix honteusement bas?
Cachez ce gros manseng que les buveurs d'étiquettes ne sauraient voir! Un Irouléguy Herri Mina 99 longuement mûri en cave, qui est en train de prendre une dimension supérieure, grâce à une minéralité tranchante joliment enrobée, sur un fruité toujours présent. Outrageusement bon et honteusement moins cher qu'un Pétrus du même millésime, pourtant lui ausi vinifié par Jean-Claude Berrouet.
-
La paresse : Quel vin n’avez-vous jamais goûté par flemme de vadrouiller dans X cavistes pour le trouver?
Un vin jaune 1774. C'est terrible, la flemme! Pas sûr qu'en faisant X cavistes, j'aie réussi à la trouver, d'ailleurs.
-
La luxure : Dans quel vin aimeriez-vous prendre un bain et faire des bisous (oui, il y a des enfants dans l’assemblée, on fait soft) avec votre moitié?
Prendre un bain de Rosé Fine, assis sur la banquette arrière d'une Dauphine, le genre de sensation que seuls les plus de 48 ans peuvent connaître. Osez Osez Rosé fine.
-
L’envie : Quel vin dégusté sans vous par l’un de vos amis ou connaissances vous a fait le plus envie (et enragé)?
Haut-Brion 2002. J'aurais bien eu envie de le goûter avant de jeter de colère toutes mes bouteilles au caniveau et d'empoisonner Laura Palmer.
-
La gourmandise : Quelle bouteille pourriez-vous siffler tout seul d’une seule traite ou presque?
Un bête vin rouge, tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Du Bourgogne Grand Ordinaire 2009, oui, mais du Prieuré-Roch. Ça coûte la moitié d'un bras mais ça vaut tous les grands crus de la Côte. Alors...
Et, surtout, ça se siffle à une vitesse supersonique, sans être obligé de se questionner sur la nature du terroir et du climat...
-
La colère : Quel vin vous a tellement déçu que vous l’avez jeté de colère après l’avoir dégusté?
Haut-Brion 2002. Je ne l'ai pas dégusté, mais j'ai vidé de rage mes bouteilles au ruisseau lorsque j'ai lu le compte-rendu de la dégustation organisée par l'agent Dale Vindicateur.
-
L’orgueil : Quelle bouteille pensez-vous être le seul à pouvoir apprécier à sa juste valeur?
Le Côtes du Jura 2002 du domaine Macle, un vin d'une finesse incroyable, à ne pas mettre dans la bouche du premier Bicéphale venu.
Olif
P.S.: il parait qu'il faut taguer en retour d'autres personnes pour ne pas briser la chaîne et risquer de se retrouver maudit jusqu'à la 14ème génération. C'est un truc pour lequel je ne suis pas très doué. J'avais bien pensé au bon vivant, le seul blog people sur le vin, mais non, pas lui. Par contre, si l'Esthète, épicurien et décalé, nouvellement arrivé, veut se mêler aux petits jeux de la Bloglouglou, il n'a qu'à reprendre la patate chaude au bond...
P.S.2: comme Eva a pensé à tout avant de partir, il y a une page Facebook pour répertorier tous les tags.
23:29 Publié dans Dives bouteilles ..., Quartiers libres... | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
| Tags : prieuré-roch, côtes du jura, macle, herri mina, irouléguy, cyril alonso, p-u-r |
|
Facebook
15 août 2011
REVEVIN 2011: Pris la main dans le Pessac!
Premier temps fort des REVEVIN 2011, sous le patio du Chai Carlina, cette horizontale des blancs de Pessac-Léognan s'annonçait comme une étape de cols insurmontables pour un certain nombre de Revevineurs ayant construit leur nid douillet d'œnophiles loin de la place de Bordeaux, de ses courtiers et de ses crus classés, bientôt destinés exclusivement au marché chinois, ce qui fait rire jaune, mais sous cape, quelques occidentaux pas encore complètement sevrés d'un certain style de vins élaborés pour plaire à certain(s) gourou(s) volontiers prescripteurs de breuvages concentrés et boisés, à l'élevage un tant soit peu stéréotypé, et/ou aimant plus que tout se retrouver invité(s) à la table des grands châteaux pour des dîners aux formats géométriquement variables dont la seule véritable constante est le nombre et l'ancienneté des flacons servis à des pingouins endimanchés sachant aussi bien relever leur queue de pie que le petit doigt en l'air, quand il s'agit de pavaner au milieu de cette basse cour internationale au sein de laquelle quelques pique-assiettes réussissent toujours à se faufiler, mais pas de bœuf à la bordelaise, point, à la ligne, on respire et on souffle un grand coup avant de passer au paragraphe suivant.
La date et le lieu: le patio du Château Chai Carlina, à Saint-Jean de Monts, par un beau week-end ascensionnel, début juin 2011. Pfff! comme le temps passe vite!
Le format: rectangulaire, celui d'une table allongée où une vingtaine de Revevineurs peuvent prendre place sans avoir à tendre trop le bras lorsqu'il s'agit d'attraper un crachoir.
L'appellation et le millésime: Pessac-Léognan 2008. Sauvignon et sémillon au menu, donc, dans un millésime à forte acidité et vraisemblablement à faible maturité d'une manière générale. Les gencives ont pas mal couiné, les dents ont grincé, mais l'estomac a peu dérouillé, tous les vins ayant été évidemment recrachés. Le prix de la majorité des vins, par contre, est susceptible de coller un ulcère, même -et surtout- quand le domaine a ramassé à bonne maturité. Une quasi-intégrale des crus classés de l'appellation, excepté Haut-Brion et Laville (redevenu missionnaire depuis le millésime 2009) qui ne jouent plus dans la même cour ni le même patio depuis un certain temps, voilà qui avait pourtant de quoi exciter les papilles.
La méthodologie: tous les vins sont goûtés à l'aveugle, par paire associant un Grand cru classé ou assimilé et un "pirate" non classé ou d'une appellation voisine. Double carafage préalable, l'identité des vins n'étant révélée qu'à la fin de la dégustation.
Les résultats: dans une telle dégustation, il est évident que le plaisir passe au deuxième plan. Peu de vins ont conduit à l'extase gustative. Les plus grands, présentés en dernier, étaient également les plus mûrs et les plus concentrés, les plus à même d'être appréciés à ce stade, ils sont logiquement mieux sortis, Pape-Clément et Smith-Haut-Lafitte en tête. Mention honorable pour Carbonnieux et Malartic-Lagravière, qui s'en tirent pas mal également, avec une acidité importante, mais plutôt bien équilibrée. L'outsider de cette dégustation, parmi les "petits", c'est Château Turcaud barrique, plutôt très bien goûté le matin (face à un Chevalier en toute petite forme), mais curieusement peu apprécié le soir, lors d'un deuxième passage, toujours à l'aveugle, à l'occasion du repas. Les aléas de la dégustation... Un des petits poucets sur le papier, la cuvée Vin Passion du Champ des Treilles s'en est finalement plutôt bien tirée en offrant un profil aromatique et une structure complètement différents de tous les autres vins de la série. Sur la plupart des 20 échantillons dégustés, les arômes archétypiques de sauvignon levuré (agrumes, citron, ananas, bourgeon de cassis) associés à un boisage plus ou moins marqué (vanille, noix de coco, notes d'amertume) l'ont emporté haut la main, avec une matière loin d'être suffisamment mûre pour espérer envelopper tout cela dans quelque temps, à mon humble avis.
Bon, on ne s'est pas franchement régalé, c'est vrai, mais, comme l'a dit Philippe, il fallait la faire, histoire de se recaler le palais. Cela va quand même être dur de faire marche arrière et réapprécier ce standard de vin, désormais...
Olif
P.S.: vous avez échappé au pire titre que j'avais imaginé, Léo-de hurle-gnan, comme quoi je sais parfois me retenir.
P.S.2: d'autres commentaires sur cette dégustation ici, là et là, afin d'en avoir un éclairage différent du mien et que chacun puisse (éventuellement) y trouver son compte.
22:03 Publié dans Dives bouteilles ..., REVEVIN | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
| Tags : pessac-léognan, graves, revevin, bordeaux blanc |
|
Facebook
17 juillet 2011
Les vins de Julien: leur Terre est notre Ciel!

"La Terre est notre Ciel..." Tous les sens retournés, après la rencontre cosmique, entre un chef, Jean-Paul Jeunet, un vigneron, Julien Labet, et un peintre, Pierre Casenove. "Fusion esthésique" et "exigence esthétique" furent les deux mamelles de ce "chemin spirituel" et gastronomique, concocté par Jean-Paul Jeunet, en harmonie totale avec les vins de Julien Labet, véritable point d'orgue du vernissage préalable de l'exposition consacrée aux tableaux de Pierre Casenove, illustrant la nouvelle collection des Vins de Julien. Autrement formulé, après le plaisir des yeux, ça a fusionné grave dans la panse des privilégiés qui avaient réservé une table à l'Hôtel de Paris en Arbois ce soir-là.
Tout le collectif Labet s'est réuni autour d'une table pour saluer la performance de Julien, auteur d'une nouvelle collection de vins en son nom propre, qui vient compléter de manière totalement indépendante l'offre du domaine proprement dit. Les vins de Julien sont issus de vignes en conversion bio depuis 2010, vinifiés avec peu ou pas de soufre selon les cuvées, dans un esprit différent de ceux du domaine familial, qui sont néanmoins eux aussi des références en la matière. Pour habiller ces vins remarquables, il fallait bien un étiquetage sur mesure et une cuisine adaptée. C'est désormais chose faite.

Chaque plat de Jean-Paul Jeunet est un assemblage de textures et de saveurs échafaudé pour le vin choisi. Savoureux mariage à chaque fois soigneusement pensé, blanc puis rouge, puis blanc, puis rouge, rien n'a bougé avant le jaune et le Paille final. Un petit pain différent, sélectionné pour chaque plat, complète l'accord. Rien n'a été laissé au hasard...
- Côtes du Jura Savagnin "En Chalasse" Grains Nobles 2009 et grosse asperge, coques & vin jaune, pain noir aux algues: étonnant savagnin surmaturé sec qui ouvre le bal sur une assiette très élaborée. Riche et épicé, il laisse la bouche fraîche.
- Côtes du Jura Pinot noir 2009 sans soufre et Truffe de la Saint-Jean, rave d'été & cardamome, en salade, sur une raviole de tête de veau & racines, longuet truffe & rave: ouh, le joli pinot que voilà, friand et croquant, au tanin fin qui fait écho à la truffe et qui ricoche sans fin sur la succulente raviole.
- Côtes du Jura Chardonnay "Les Varrons" 2007 et Homard bleu de Bretagne, consommé de crustacés & combawa, pavé au citron: l'un des plus beaux accords de la soirée, l'acidité de 2007 répondant à la perfection à celle du combawa, les notes d'agrumes se mêlant pour s'amplifier et se fondre dans la bouche de manière inerminable. Le homard en frétillait encore. Et on a même eu droit à du rab de consommé! Trop bon!
- Côtes du Jura Poulsard "En Billat" 2009 et Pigeon, blettes, poires, en voile de lard, jus court à la chicorée, baguette au Jésus & origan: le pigeon n'effraya pas le poulsard, là où on eût pu attendre le pinot, car le vin avait de la chair et de la longueur. Un joli grain de vin et de l'acidulé qui enrobent joliment le filet de pigeon et son jus.
_ Côtes du Jura Jaune 2004, domaine Alain Labet, et Déclinaison de Comté et Morbier, jeunes et vieux, pain à la gaude: le domaine de Julien est de création trop récente pour s'enorgueillir d'un jaune, il a donc été fait appel à Alain pour pallier à cette carence temporaire. Un beau jaune, encore sur le fruit de sa jeunesse, pas trop marqué par la noix verte, qui claque bien en bouche et se rit des exquis fromages, trop facile pour lui.
- Vin de table "La Paille perdue 2006" et Abricot, amandes fraîches & safran, en consommé au lait d'amande, moelleux safran, sorbet & cristalline d'abricot: encore un Paille de perdu! Pourtant bel et bien élevé sur la paille, il n'a pas droit à l'appellation pour cause d'équilibre naturel atteint vers 10,5°, là où il aurait fallu le maintenir au dessus de 14°. Beaucoup de sucre, donc, une grande concentration, mais un équilibre de fou qui se fond dans les notes d'abricot et de safran du dessert. Une petite merveille!
- Café et quelques gourmandises: oui, aussi.
Et puis, il y a bien eu aussi un petit after du côté des Jardins de Saint-Vincent, mais il était déjà tard.
En toute discrétion, Julien Labet a pris de la hauteur. Sa terre, c'est notre ciel, et il s'affirme très certainement comme l'un des plus grands vignerons jurassiens actuels. Cette magnifique soirée en fut la preuve formelle et il eût été dommage de la manquer...
Olif
21:20 Publié dans Dives bouteilles ..., En léger différé du vignoble! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : julien labet, les vins de julien, jean-paul jeunet, arbois, hôtel de paris, côtes du jura, rotalier |
|
Facebook
01 juin 2011
Quelques vins sans crier Gard...
Le Gard est un département viticolement écartelé entre le Languedoc et les Côtes du Rhône. À moins que ce ne soit un pont entre les eux? Gardon nous de toute conclusion hâtive...
Domaine Perraudin, cuvée Solal 2009: un vin d'architecte, bâti sur l'originalité: assemblage de viognier, sauvignon, chardonnay, petit manseng, il est très aromatique, avec des notes fermentaires encore présentes, du gras en bouche, une belle élégance mais une structure un peu alanguie, qui mériterait un plus de peps. Un caractère sudiste, pourtant jamais plombant, peut-être exacerbé par le millésime 2009. Mais il faut bien admettre que c'est de la belle ouvrage, destinée à la gastronomie.
Une renaissance pour ce domaine en sommeil depuis plusieurs années, géré par Gilles Perraudin, architecte, et situé au diable Vauvert, 30600. Un parti pris d'excellence qui se paye cash: 20€ au domaine quand même.
Domaine des Lys: la syrah 2009 du Pays des Cévennes a tout d'une Grande. C'est son nom, en fait. Une petite bombe qui embaume la tapenade, l'olive noire et les épices. Duché, rien à voir avec Guevara, c'est l'assemblage syrah-grenache en vin de Pays du Duché d'Uzès. Millésime 2009 aussi. Un vin qui ne s'use que si on le boit, mais qui révèle tout son potentiel après une bonne aération. Des sols argilo-calcaires qui préservent la fraîcheur, malgré la richesse et la concentration du millésime. C'est très bon, presque gouleyant. Ce projet viticole, réunissant Ray Monahan et Olivier Privat, également vigneron à La Glacière, a tout pour séduire. Les Lys, ça devrait tourner fort!
Olif
23:41 Publié dans Dives bouteilles ... | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : gard, uzès, olivier privat, domaine perraudin, domaine les lys |
|
Facebook
27 mai 2011
VDV#36: les vins d'un autre millénaire...
Flashback. À l'occasion de cette 36ème session des Vendredis du vin, Philippe Rapiteau, the Pipette-man, nous invite à jeter un sérieux coup d'œil dans le rétroviseur. Vous faisiez quoi, le précédent millénaire? Encore à l'école primaire ou déjà immergé dans le monde professionnel? Avec suffisamment de revenus pour acquérir quelques bouteilles? Et suffisamment patient pour les laisser vieillir en cave? Vinogérontophiles, ce VDV est le vôtre. Si la simple évocation de robes supposées fripées, de tanins possiblement ridés ou d'arômes évolués de petite vieille qui se néglige vous procure un délicieux frisson sur l'échine, dépoussiérez vos flacons et sortez vos tire-bouchons! C'est quoi, d'abord, un bon vin vieux? Un bon vin vieux, c'est avant tout un vin qui a su rester jeune. Sur l'âge, mais pas décati. Tenant encore debout, sans l'aide d'une canne ou d'un déambulateur. Et, du coup, révélant tout le potentiel du terroir dont il est issu. Avec le temps, le cépage s'efface et laisse la place à la magie du lieu. Les arômes deviennent tertiaires, ce qui leur confère un charme certain, mais ça ne suffit pas à réjouir le palais. Si la bouche s'étiole, on dit que le vin a perdu son corps mais pas son âme. Maigre consolation. Les bons vivants ne se sentent pas concernés lorsqu'il s'agit d'étreindre des squelettes, comme le chante Brassens.
Dans les années 1990, la base essentielle des achats de vin des Éts Olif (formule empruntée au Sieur Boulard) était constituée de Grands crus classés bordelais. Ce qui pourrait être considéré comme une classique erreur de jeunesse se révèle néanmoins être finalement un plutôt bon placement, financier et gustatif, tant, à l'époque, le prix de ces bouteilles semblait dérisoire par rapport à ce qu'il peut être maintenant. Cela n'excuse rien, mais il faut désormais les vendre ou les boire. Ce n'est quand même pas tous les jours que l'on peut se dire que l'on s'en est jeté pour plus de 1000€ derrière la cravate, parce que de toute façon ça ne les vaut pas, qualitativement parlant! Les 2 bouteilles bordelaises ci-dessous m'ont coûté à peine 600 francs en tout. Du bon franc français du précédent millénaire, à l'époque où la baguette valait 1 ou 2 balles, guère plus qu'un petit noir au comptoir.
Le mois de mai, dans la famille Olif, c'est celui des anniversaires. Deux millésimes à fêter, loin d'être les meilleurs, malheureusement. Mais il reste quand même quelques flacons à ouvrir, qui permettent de juger de la jeunesse des récipiendaires. Et de jauger la qualité des vins achetés pour l'occasion, avec le secret espoir de les emmener le plus loin possible. De là à dire que cette session des Vendredis du vin tombe à pic...
- Roussette de Savoie Marestel 1987, domaine Dupasquier: celui-là, ce n'est pas un vin de Bordeaux, tout le monde aura rectifié de lui-même. Cette bouteille, gentiment cédée par Noël Dupasquier lors d'un passage, déjà lointain, au domaine, a patiemment attendu son heure. Son altesse la roussette de Savoie supporte en principe aisément le poids des ans. Le nez est très intense, marqué par des notes d'écorce d'orange et de cire. En bouche, si on sent encore bien une certaine vivacité, la structure parait un peu décharnée et commence à peiner sur la longueur. La finale est marquée par une légère amertume qui laisse peut-être un poil amer d'avoir attendu cette bouteille un peu trop longtemps.
- Château Mouton-Rotschild 1987, Pauillac: avec celui-ci, on est bien à Bordeaux, nageant dans le stupre et le lucre. Dernière vendange du Baron Philippe de Rotschild, étiquette signée Hans Erni, l'une des dernières œuvres de ce peintre suisse renommé, dernier exemplaire issu de ma cave. Tout a une fin, sauf ce Mouton, loin d'être fini. La bouteille oui, qui n'a pas fait trop long feu, l'exemple même d'un beau Pauillac à maturité, malgré la petitesse du millésime. Arômes tertiaires, un peu sous-bois et humus, notes de fumée et de bois noble. Tanins souples et fondus, élégants et harmonieux, beaucoup de finesse, de classe et surtout un grand plaisir en bouche. À des lieues du caractère austère et malengroin du millésime 1988, dernière expérience plutôt malheureuse et déplaisante vécue avec Mouton.
- Château Lafite-Rotschild 1994, Pauillac: après une première bouteille de ce lot, désespérément bouchonnée il y a une dizaine d'années, l'heure de la revanche allait-elle sonner pour cet autre cru fétiche pauillacais? 1994, millésime difficile, qui a conduit Lafite à ne garder que le cabernet-sauvignon pour sa grande cuvée. Plutôt corpulent, le vin se pare d'une relative austérité à l'ouverture de la bouteille mais les tanins ne sont pas revêches. De la finesse et une grande droiture le rendent plutôt séduisants sans son genre. Long et élégant, il n'est pas pour autant guindé et se laisse plutôt bien approcher. On peut encore l'attendre, ou à défaut le vendre aux Chinois.
Olif
07:13 Publié dans Dives bouteilles ..., Les Vendredis du vin | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
| Tags : vendredis du vin, savoie, dupasquier, roussette, lafite-rotschild, mouton-rotschild |
|
Facebook
10 mai 2011
Quand le caviste se rebiffe...
Quand Catherine Bernard n'est pas dans ses vignes, elle opte pour une cave avec vue sur l'Ognon*. Ça ne la fait pas pleurer pour autant. Ces journées de rencontres orchestrées par Le Zem, caviste rebiffant marnayzien, furent l'occasion d'un visu des plus sympathiques. La tournée mondiale de présentation de son livre paru aux Éditions du Rouergue passait la veille par Besançon, chez les Gourmands qui lisent, une adresse aussi originale que passionnante, à découvrir dans la vieille ville espagnole, au 12 rue Bersot. Bières, vins, whiskies, polars et Catherine Bernard, que demander de plus?
La rencontre haut-saônoise fut tellement plaisante et enrichissante que Catherine s'est auto-accordée une oreille en guise de récompense. Goûter à son Vin de Pays de l'Héraut 2010 fut la mienne. Un vin récolté en deux tries successives, marselan, grenache, mourvèdre et cinsault assemblés à la vendange, en deux passages, pour conserver une fraîcheur succulente et un fruité gourmand. En prime, une super dédicace de son livre et une bouteille de 2009 qui trainait derrière les fagots. Plus de rondeur et d'opulence, mais un soyeux envoûtant, qui promet de grandes choses dans quelques années.
Le Zem ne fait jamais les choses à moitié et une seule tête d'affiche ne lui suffisait pas. Pendant que Fleurie faisait la fête au village, Geneviève et Jean-Claude Chanudet, du domaine Chamonard, avaient préféré la soupe au bord de l'Ognon. Je ne les ai pas vus chialer pour autant. Le Fleurie 2010 est un gamay fougueux et fruité. Le Morgon 2010, tiré sur cuve, est un peu plus imposant, ce qui justifie l'attentisme avant la mise. En attendant, on pourra se consoler avec le 2008, de la dentelle pour le palais, ou le 2009, possédant plus de plénitude mais nécessitant un peu plus de temps pour se fondre. Le 2007, épuisé mais apporté à titre de comparaison, est à parfaite maturité et s'exprime à la perfection.
Le régional de l'étape, c'était Pascal Henriot, de Champlitte, le seul vigneron indépendant à faire face à la Coopérative locale, qui exploite la quasi-totalité du vignoble chanitois actuellement planté. Pousser jusqu'au bord de l'Ognon n'allait pas lui tirer des larmes. En bio, avec une approche fondamentalement différente de ses voisins, Pascal s'interroge beaucoup sur la façon dont il doit continuer. Ses vins se vendent localement très bien et les contraintes administratives sont de plus en plus lourdes à supporter, même pour revendiquer la mention Vin de Pays. Vin de Haute-Saône, de Franche-Comté ou de France, quelle différence, finalement? L'Auxerrois 2010 est un joli vin vif et primesautier, qui stimule le palais. Le Chardonnay 2010 est dans la même lignée, dans un registre frais et acidulé. Le Pinot gris 2010 joue plus sur le fruité et la richesse, il ne lui manque qu'un peu de nervosité, mais c'est un pinot gris. Le Rosé 2010, assemblage de gamay et pinot noir, réalise un accord quasi-parfait avec la compote à la rhubarbe, une véritable prouesse. La Haute-Saône, nouvel eldorado viticole?
Quand le caviste marnayzien se rebiffe, on déguste de bien belles choses, sous la tonnelle et dans son jardin. Une adresse à retenir impérativement et qu'il vaudrait mieux ne pas se carrer dans l'Ognon**...
Olif
*rivière haut-saonoise qui prend sa source dans les Vosges saônoises et qui traverse Servance, Lure, Villersexel, Marnay...
** c'est d'une finesse absolue et d'une élégance telle que je n'ai pas su m'en passer. Désolé...
22:01 Publié dans Dives bouteilles ... | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
| Tags : la cave se rebiffe, catherine bernard, domaine chamonard, jean-claude chanudet, pascal henriot, champlitte, vin de pays de franche-comté, haute-saône |
|
Facebook
03 mai 2011
Mordorée adorée...
Le vin de Tavel, Rhône méridional, a la réputation d'être le meilleur rosé de France. Ni eau de Javel, ni désinfectant à l'eau de rose, il allie -en principe- la finesse et la délicatesse d'un rosé à la vinosité d'un vin rouge.
Le domaine de la Mordorée est situé à Tavel même. Son nom vient d'un des surnoms donnés à la bécasse, joli et goûteux petit oiseau migrateur qui se chasse à l'arrêt. Les vins du domaine de la Mordorée se boivent également à l'arrêt, car il faut prendre le temps de les déguster. Un chien d'arrêt couché à ses pieds n'est toutefois pas une nécessité, même s'il peut tenir chaud et/ou éloigner les gêneurs qui tenteraient de s'approcher de l'une ou l'autre des bouteilles sans y avoir été invités.
La première caractéristique des vins du domaine de la Mordorée est de porter un nom de cuvée qui rappelle la bécasse. Dame rousse pour les cuvées AOC dites d'entrée de gamme, Reine des Bois pour les cuvées AOC les plus prestigieuses. Si ce n'est pas de la suite dans les idées, ça! Seules exceptions à la règle, la cuvée de Châteauneuf du Pape "très haut de gamme", baptisée "La plume du peintre" et qui n'est produite que lors des grands millésimes, et la série des Vins de France, plus connus sous le nom de "La Remise". Sur chaque étiquette, on retrouve néanmoins une bécasse en vol, un miroir probablement posé au sol.
La deuxième grande caractéristique des vins de la Mordorée est d'avoir des reflets dorés. Blanc doré pour le blanc (ça tire légèrement sur le vert, d'accord!), rose doré pour les vins rosés, rouge doré pour les vins rouges (mais, en rouge, ça ne se voit pas bien sur la photo). On ne peut pas faire plus simple pour s'y retrouver.
Gentiment attaquée par les vins de la Remise, cette quasi intégrale de la production du domaine s'est déroulée sur plusieurs jours pour ne pas dire semaines. Bouteilles dégustées à visage découvert, seules puis en accompagnement d'un repas, généralement sur plusieurs jours. Beaucoup de boulot, donc, mais plaisir proportionnel. La Remise, c'est un assemblage Merlot-Marselan. Ce Marselan m'harcelant, comprend qui peut, Google m'est venu en aide. Issu d'un croisement entre le cabernet sauvignon et le grenache noir, son assemblage avec le merlot n'a rien de surprenant puisqu'ils mûrissent ensemble. Le rosé 2010 est direct et franc, droit et rafraichissant. Le rouge 2009 a des épaules de camionneur, qui les roule en marcel, mais un galbe du biceps bien arrondi et beaucoup de fruit en bouche.
"La dame rousse" se décline sur toutes les appellations. Le Côtes du Rhône associe majoritairement syrah et grenache, ce qui lui donne un air rhodanien plus évident. Le rosé 2010 est très vineux, mais avec de l'acidulé et de la fraicheur. Une belle bouteille pour les tables d'été. Le rouge 2010 possède un joli grain à peine serré, de la sève de jolis tanins frais sur des arômes de petits fruits noirs. "La dame rousse" emballe aussi la cuvée de Lirac 2009 de son joli plumage tannique et de ses arômes de mûre et de myrtille. C'est frais, non pesant, réjouissant. Un très joli vin. Tavel 2010, c'est le must des 3 cuvées de rosé. Robe groseille, bouche vineuse, fraiche, fine et élégante, légèrement épicée
Après la dame rousse, place à la Reine des bois. Lirac et Châteauneuf ont droit au plus noble surnom de la bécasse. Le Lirac blanc 2010, assemblage de marsanne, roussane et viognier, exhale toute la fraicheur du Rhône sud. Oui, c'est possible. Aromatique de fruits blancs en avant, il réussit la prouesse d'être à la fois riche et frais en même temps. Le Lirac rouge 2009 est un petit bijou au grain serré, très fin, qui s'épanouit à l'aération. Les fruits noirs explosent, juste soulignés par un léger boisé non obnubilant. Un vin pour gourmand, qu'il faudrait pouvoir attendre, mais à quoi bon? C'est déjà si bon! Finalement, c'est le Châteauneuf du Pape 2009 qui me laissera sur ma faim. Ou plutôt qui la rassasiera trop vite. On retrouve au nez la patte de la Mordorée, avec cette jolie aromatique de fruits noirs, des tanins frais en bouche, mais la fraicheur laisse vite la place à des notes toastées et crémeuses, finissant sur l'amertume. Seulement 30% de fût, pourtant... Mais ça marque! Un peu too much pour moi, sa Sainteté, même s'il a forcément besoin de temps. La seule bouteille qui ne fut pas complètement vidée, même sur plusieurs jours, si ce n'est pas misère...
Olif
P.S.: la saison des salons de printemps tire gentiment à sa fin, mais il reste néanmoins quelques rencontres à se mettre sous la dent pour agrémenter les week-ends. Le prochain sera l'occasion pour les gens de l'Est de venir à la rencontre de Catherine Bernard, de ses vins et de son livre. Tout d'abord le 7 mai à Besançon, là où les Gourmands lisent, puis à Marnay, là où la cave se rebiffe.

Début juin, les 5 et 6, le vin nature rencontre la bière Cantillon et ça devrait faire des étincelles chez Hans Dussellier. Des vignerons de poids à Aalter, avant une tite mousse, mais pas n'importe laquelle. Il y a des jours où on demanderait bien l'asile politique à la Belgique, même sans gouvernement!

Les 11 et 12 juin, les Jeunes vignerons d'Europe se rejoindront à Metz pour présenter leurs vins à des Lorrains qui devraient être aux anges. Cette association, développée à l'initiative (entre autres) de Raphaël Gonzales, installé au Clos des Cîmes (Rhône Sud), rassemble de jeunes vignerons d'Europe (comme son nom l'indique) qui ont créé ou repris un domaine de façon récente. On pourra déguster avec plaisir sur le parvis de la cathédrale de Metz les Bergerac de Mathias Marquet (du Château Lestignac), les Beaujolais de Paul-Henri Thillardon et les Arbois de Patrice Hugues-Béguet, mais aussi plein d'autres vins de jeunes vignerons très certainement prometteurs s'ils sont du même acabit que ceux-là, mais je ne les connais pas (encore).

14:23 Publié dans Dives bouteilles ... | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
| Tags : tavel, lirac, châteauneuf du pape, domaine de la mordorée, la dame rousse, la reine des bois, marselan |
|
Facebook






