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Bises troglodytiques

"O Bouteille
Plaine toute
De mysteres,
D'une aureille
Je t'escoute :
Ne differes."

 

Telle est la Dive, comme la présenta le pontife Bacbuc à Pantagruel dans le livre cinquiesme de Rabelais. Le livre vingtième de la Dive bouteille de Sylvie Augereau vient tout juste de se tenir dans les caves troglodytiques de Saumur. Cela méritait bien le détour, tout plein de bises, et même un film.

Vingtième Dive bouteille pour Sylvie Augereau, donc. Que de souvenirs et que de chemin parcouru depuis 1999, date de la première édition qui s'est tenue dans les caves de la Dive Bouteille à Bourgueil, à l'initiative de Catherine Breton. Un petit attroupement de vignerons travaillant dans le même esprit, qui avaient soif de se rencontrer et qui avaient trouvé le prétexte idéal pour ne pas rester chacun dans son coin. Placées sous le signe de l'échange, les premières éditions ne se prenaient pas trop au sérieux, laissant une large place au fun et à l'amusement.

 

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©http://www.dive-bouteille.fr

 

Et même au déguisement, lors d'une 5ème DB qui a marqué les esprits des adorateurs de Casimir. Aujourd'hui, seuls les nostalgiques de la première heure parlent encore de DB. Pour les autres, c'est la Dive, mais elle est toujours blindée. Après une incursion normande fin des années 2000, en jumelage du salon Omnivore de Deauville, la Dive est revenue à la maison en 2010. Back to the roots, du côté de Saumur, dans des caves troglodytiques.

 

Capture d’écran 2019-02-07 à 15.22.01.png

©http://www.dive-bouteille.fr

 

Le petit salon de vignerons s'est mué en machine de guerre pour la découverte et la promotion du vin nature, à l'usage des professionnels, en association avec les autres salons angevins se tenant au même moment (Salon Saint-Jean, Pénitentes, Anonymes et Levée de la Loire, qui, à eux seuls, méritent aussi le détour). Une guerre bien pacifique, toutefois, où des barbus coiffés d'une casquette ou d'un bonnet bisent à tout va des gars et des filles, elles-mêmes vêtues d'une longue écharpe et d'un bonnet en laine. Un petit monde gentiment croqué par Michel Tolmer, qui n'a oublié, lui non plus, ni de mettre son bonnet, ni de ne pas se raser.

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Dixième Dive pour ma pomme. Depuis son retour aux sources. Aimanté par la Loire à cette période de l'année depuis 2007, où le blog d'Olif s'était vu remettre, au Salon des vins de Loire, le premier César de l'histoire des blogs sur le vin (un Wine blog trophy, comme cela s'appelait, du temps où il y avait encore des blogs vin), je me suis rapidement consacré exclusivement aux salons off, où il y avait largement de quoi sustenter ma soif de vins bio, biodynamiques et nature. Le retour de la Dive bouteille dans les douves du château de Brézé s'est imposé comme l'événement à ne surtout pas manquer. Une ambiance inimitable, si particulière, réellement magique. Malgré des conditions de dégustation parfois difficiles, dans le froid, la neige, la boue, l'obscurité. Le déménagement dans les plus cossues Caves Ackermann a considérablement amélioré les choses de ce point de vue-là, pour les vignerons comme pour les dégustateurs, mais Brézé, quand même, c'était quelque chose!

Au risque de passer pour un indécrottable chauvin, la bouteille la plus whaouh du salon, c'était quand même La cuvée du Pépé de Jean-François Ganevat, millésime 2005. Une explosion de saveurs, au nez comme en bouche, dans un tourbillon énergétique incroyable pour un chardonnay élevé pendant 13 ans sous voile.

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Première Dive pour Laura Aillaud, du Luberon, la consécration alors qu'elle sort seulement son deuxième millésime. Une gamme déjà renouvelée, déclinée autour des cinq éléments: le feu, l'air, la terre, l'eau et ... la femme. Une vraie révélation, déjà entraperçue sur un coin de table au salon Sous les pavés la vigne à Lyon en novembre dernier.

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Première Dive aussi pour Fiona Leroy, qui a pris le temps de nous expliquer ses vins de Maranges, entre deux bouchées de sandwich pour ne pas tomber d'inanition (parce que la Dive, c'est du sport, quand on débute et qu'on n'a pas encore l'entraînement), et Benoit Doussot, chaperonné par Bertrand Gautherot pour son Champagne clandestin, petit négoce de raisins bio qui ne finiront plus noyés dans les cuves d'une coopérative ou d'une grande maison.

 

 

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Cette ode au vin, orchestrée de main de maîtresse par Sylvie Augereau, mérite bien une standing ovation, autant de la part de ceux qui boivent le vin que de ceux qui le font. Elle a d'ailleurs dédié un livre* à tout ce beau monde, afin de faire découvrir au grand public ce que peuvent bien faire les vignerons en dehors des vendanges. À part venir à la Dive, bien sûr. Illustré par les superbes photographies de Louis-Laurent Grandadam, cet ouvrage est une somme d'informations pertinentes sur le vin, à entreposer au milieu des casiers à bouteilles de la cave, histoire de l'avoir plus facilement sous la main.

 

 

Pareille Dive méritera bien un hommage filmé, une réalisation de Laurent Maillefer, à venir sur la chaîne Youtube de Lotel du vin  d'ici les vendanges, et dans lequel j'ai bon espoir de ne pas être coupé au montage. Elle a déjà mérité un banquet de clôture et d'anthologie, où tout a fini par des chansons. Après de bons canons, on ne va pas se mentir. Bienvenue dans le plus underground des salons de vins!

 

 

 

* Le vin, par ceux qui le font pour ceux qui le boivent, de Sylvie Augereau, Tana Éditions

Commentaires

  • Salut Olif,

    Pour pinailler, les premières fois se sont déroulées à Bourgueil non pas dans les caves des Breton, mais dans la cave touristique de la Dive Bouteille, qui donna son nom à l évènement. C était par contre Catherine Breton qui était à l origine de la réunion.

    Chaque vigneron de loire, une 20aine tout au plus invitait un copain à lui hors la loi-re-, et ils partageaient la même table/stand.

    En fin de journée on ripaillait tous ensemble à table avec les vignerons, c est comme ça que j ai fait la connaissance de René en 2000 -mon voisin de table et son fantastique cab sauv!!!-, discuté avec François Hadji Lazaro, ...

    Puis la Grande Vignolle à Turquant, puis puis puis ...

    Purée le méchant coup de vieux quand même!

  • Salut Jull, reviens pinailler quand tu veux, c'est toujours très instructif. Je rectifie. Par contre, la Dive existant depuis 1999, si je compte bien, on devrait totaliser 21 éditions en 2019. Sais-tu en quelle année elle n'est pas eu lieu? 2000, 2001 ou 2002?

  • Salut,

    Es tu sûr que cela ait commencé en 1999? et non 2000?
    Je ne me souviens plus des dates moi... juste d avoir bu le rouge 1999 de Mosse

  • Bonjour,

    Pardonnez moi d'avance d'être un peu terre à terre, mais je suis passionné par les vins bio/naturels (une évolution naturelle depuis quelques années après avoir commencé à boire des vins plus conventionnels) Bref j'y suis venu sans mode mais par glissement naturel. Mon constat doit être sûrement celui de bon nombre de passionné comme moi, où va s'arrêter la dérive tarifaire de ces vins ? J'ai connu il y a quelques années seulement l'accessibilité (en terme d'achat et de tarif) de nombre de domaines que ma modeste paye ne peux plus se permettre de suivre. Ces vignerons "stars" oublient ils d'où ils viennent ? Qui les a soutenu et acheté leur vins quand ils n'étaient pas connus ? Veulent ils réserver leur production à une soit disant élite, méprisant au passage leur premiers "fans" par forcément fortunés ? Ganevat est un parfait exemple de ce mépris ressenti. Les excuses d'une mauvaise récolte ne passe plus, on limite/réserve son "pif" a celui qui a des tunes, tant pis pour les gueux ... qui se rabattront sur les cuvées de négoce bien moins qualitative ! On a l'impression d'une "mode" du vin naturel, d'une bobo-isation outrancière, à part quelques rares domaines qu'il faut souligner (dans l'Ardèche notamment), le vin naturel s'embourgeoise, s'élitise pour le plus grand malheur de beaucoup d'entre nous qui ne s'y retrouve plus !

    Salutations vineuses

  • Bonjour Titi,
    Votre message soulève un certain nombre de problématiques,
    que je n'ai pas la prétention de vouloir solutionner. Les tarifs augmentent, certes, pour de bonnes (coûts de production plus élevés) ou de mauvaises raisons (spéculation insensée, plus de la part des acheteurs (particuliers ou pros) que du vigneron vendeur, d'ailleurs). Le vin naturel n'est plus une mode depuis longtemps, puisqu'elle dure. Et qu'elle intéresse de plus en plus de monde. Les bobos comme les autres. La rançon de la gloire! Et les locomotives sont sans doute plus confrontées à la loi de l'offre et de la demande et aux innombrables sollicitations. En tirant qualitativement le vin nature vers le haut, elles contribuent à le faire changer de statut. Une évolution inéluctable, qui n'empêche pas certains de continuer à produire des canons de soif à tout petit prix, dans un réel souci de démocratisation du vin. Il y a donc toujours moyen de s'y retrouver, même s'il faut parfois se résoudre à changer son verre de coude (plus adapté que fusil d'épaule dans le cas présent).

  • Bonjour Titi,
    Votre message soulève un certain nombre de problématiques,
    que je n'ai pas la prétention de vouloir solutionner. Les tarifs augmentent, certes, pour de bonnes (coûts de production plus élevés) ou de mauvaises raisons (spéculation insensée, plus de la part des acheteurs (particuliers ou pros) que du vigneron vendeur, d'ailleurs). Le vin naturel n'est plus une mode depuis longtemps, puisqu'elle dure. Et qu'elle intéresse de plus en plus de monde. Les bobos comme les autres. La rançon de la gloire! Et les locomotives sont sans doute plus confrontées à la loi de l'offre et de la demande et aux innombrables sollicitations. En tirant qualitativement le vin nature vers le haut, elles contribuent à le faire changer de statut. Une évolution inéluctable, qui n'empêche pas certains de continuer à produire des canons de soif à tout petit prix, dans un réel souci de démocratisation du vin. Il y a donc toujours moyen de s'y retrouver, même s'il faut parfois se résoudre à changer son verre de coude (plus adapté que fusil d'épaule dans le cas présent).

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