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  • À lire, à manger, à boire, à poil...

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    Les quatorze besoins fondamentaux, conceptualisés par Virginie Henderson, ont été appris par cœur par bon nombre d'étudiant(e)s en soins infirmiers pendant des années. Laissons de côté les pratiques d'élimination des déchets, aussi indispensables que peu ragoûtantes, rajoutons un quinzième besoin non mentionné de façon explicite dans ce paradigme, de Nantes à Montaigu, et finissons par nous concentrer sur les quatre principaux, sans lesquels la vie vaut tout juste la peine d'être vécue.

     

    À lire: c'est, sans nul doute, la principale différence entre l'homme et le cœlacanthe: la capacité de distinguer 26 lettres de l'alphabet alignées dans un ordre aléatoire sur une page, une fois la lumière allumée. Et, également, celle de tourner les pages d'un bouquin. Ce n'est quand même pas avec ses moignons de nageoires à la place des doigts que cet analphabète préhistorique va y arriver.

     

    À manger, à boire: cela semble une évidence, sans un petit salé aux lentilles accompagné d'un verre de gamay du Beaujolais, l'homme est ravalé au rang de la bête, voire du cœlacanthe, quand la profondeur du creux de son estomac confine au vide abyssal des grands fonds sous-marins. Guillaume Long en connait un rayon sur la manière de se remplir la panse, avec du liquide ou du solide. A boire et à manger, c'est tout un blog de Le Monde, où les p'tits mickeys valent mieux qu'un long discours. Son livre en est le prolongement, ou comment réaliser une recette en trois coups de crayon ou de cuiller à pot! Hilarant, ludique, percutant, efficace, indispensable, avec en prime les bons conseils de Pépé Roni, qui permettront à n'importe qui de ne pas passer pour un inculte en société culinaire.

     

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    "À boire et à manger" par Guillaume Long, Éditions Gallimard, 144 pages, 20 €

     

    À poil: vêtir ou dévêtir son vin, telle est la question que se posent bon nombre de vignerons. Pour ne pas être gêné aux entournures, le vin sera pourtant beaucoup plus à son avantage complètement nu (naked, en anglais). C'est le terme retenu par Alice Feiring pour parler du vin "naturel", "nature", "libre", "vivant". Difficile de trouver le juste qualificatif, qui traduise bien ce qu'il est réellement, tout en ne prêtant pas le flanc aux critiques acerbes de ses détracteurs, qui ne voient en lui que la transformation vinaigrière naturelle d'un produit censé être anobli par l'homme. Le parcours d'Alice dans le pays merveilleux du vin sans artifices est réjouissant, tant il retranscrit bien dans son ensemble la problématique du vin "nature", de manière intelligente, objective et non manichéenne. Magnifiquement raconté, riche en belles rencontres (Jacques Néauport, Pierre Overnoy, Marcel Lapierre, Andrea Calek,...) et joyeux moments, The Naked Wine mérite de figurer dans toutes les bibliothèques et toutes les bonnes caves. Même si nul n'est contraint d'accrocher son slip au porte-manteau en rentrant.

     

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    ''Le Vin nu'' par Alice Feiring, Jean-Paul Rocher Editeur, 220 p, 19€.

     

    Olif

     

    P.S.: Alice Feiring ne s'est pas mise à poil sur Vindicateur, mais elle a répondu sans ambages aux questions d'Antonin Iommi-Amunategui. C'est à lire ici.

     

    P.S.2: histoire de ne pas se rhabiller trop vite, ce week-end a lieu le célèbre salon de vins naturels La Remise. C'est à Viviers, en Ardèche, que ça se passe, et ça fait un peu mal de manquer ça.

     

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    P.S.3: les Belges susceptibles de se rendre à Olne ce week-end pourraient bien être excusés de ne pas effectuer le déplacement jusqu'en Ardèche.

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  • VDV#44: Régalades et rigolades en Loire

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    À Angers, va où la Loire te Maine...

     

     

     

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    Le loir (Glis glis) est un petit mammifère rongeur de la famille des gliridae, qui passe pas mal de son temps à dormir sur son brin de laurier, quand il ne grignote pas des petits grains d'orge. Voilà qui n'est pas banal. Malheureusement, la femelle du loir ne s'appelle pas la Loire, et mon intro tombe à plat, n'ayant pas grand chose à voir avec le sujet qui nous préoccupe, à savoir celui des Vendredis du vin concoctés par Anne Graindorge, qui nous convie, juste retour des choses, à grignoter en Loire. "Régalades et rigolades", c'est comme un genre de pique-nique virtuel, avec un vin de Loire pour dénominateur commun. Exit le loir, donc, tant pis pour la glisse... 

    La Loire est un vignoble fleuve. Le vin de Loire prend sa source au Mont Gerbier-de-Jonc, en Ardèche. Par tous les Saints, d’Eulalie à Nazaire, les vignobles se succèdent, regroupés sous la bannière hétéroclite des Vins de Loire, ceux qui ont « un fleuve pour terroir ». Des Côtes du Forez au Muscadet, en passant par les Côtes roannaises, le Sancerrois, l’Anjou, la Touraine ou les Fiefs vendéens, le vin et la vigne sont omniprésents le long des 1013 kilomètres parcourus par le plus grand fleuve de France, intégrés de façon naturelle et culturelle au paysage, faisant preuve d’une aussi grande diversité que lui.

    Contrairement aux idées reçues, tous les vins d’Anjou ne sont pas doux et tous les vins de Saumur ne sont pas mûrs. Du gamay au melon de Bourgogne, en passant par le cot, le sauvignon, le gamay ou la négrette, les cépages de Loire sont presque aussi nombreux qu’il y a d’appellations. Le raisin-roi, dans le cœur de nombreux amateurs, reste pourtant le chenin, capable de produire d’immenses vins blancs, secs ou liquoreux, en Anjou comme en Touraine. Les buveurs de vin rouge avouent plutôt leur penchant pour le cabernet franc, connu également sous le nom de breton, ce qui flatte autant l’ego des Bretons, qu’ils soient francs ou pas, que des Ligériens. Les amateurs de vins originaux, eux, jettent volontiers leur dévolu sur le pineau d’Aunis, le grolleau voire le menu pineau, autant de cépages authentiques, parfois rustiques, dotés d’une forte mais sympathique personnalité.

    Lorsqu’on les verse trop généreusement, il arrive que les vins de Loire débordent du verre, à la manière des crues décennales du grand fleuve. Une pratique qu’il faut savoir endiguer, de Nantes à Montaigu, pour consommer avec modération.

    Le Loir est une rivière du Centre-Ouest partie à l'Eure. Aucun rapport avec le Glis glis. Du côté de Blois, le Loir est cher et ça ne le gêne pas de marcher dans la boue. Le Loir ne se jette pas dans la Loire, mais dans la Sarthe, ce qui est loin d'être hors sujet. Quand il est Cher, le vin de Loire ne s'use que si l'on Sancerre. Il mène à tout, quand il tient parfois salon, du côté de Ménetou.

     Avant de coloniser le grand Ouest, à qui elle donne ses lettres de noblesse viticole, la Loire prend donc sa source côté Est, donnant son nom à deux départements loin d'être sous influence océanique dominante, même si cette dernière n'est pas exclue. Pour y voir plus clair, la Haute Loire privilégie la culture des lentilles à celle du raisin, tandis que du côté des monts du Forez ou de Roanne, la vigne s'ébat en coteaux ou soutient les gorges. Le vin y est parfois si gouleyant que l'on a envie de le téter à même le magnum, comme ce Gamay 2010 tiré des Bonichons, une parcelle du domaine de la Perrière, située à l'endroit d'une ancienne nurserie. Une cuvée qui mérite bien un conditionnement 95C, au minimum. BIB ou nourrice agréée acceptés. Nul besoin de diversification alimentaire, le vin se suffit à lui-même.

     

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    Vin de Pays d'Urfé 2010, Les Bonichons, Domaine de la Perrière, Philippe Peulet

     

    Du côté de la Touraine, on trouve également du Gamay, mais non exclusivement. Le Cabernet franc et le Côt assemblés peuvent donner un vin Franc du Côt-lié, charnu, croquant et à la rusticité assumée. Faites chauffer la trancheuse et sortez jambons et saucissons.

     

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    Touraine 2010 Franc du Côt-Lié, Albane et Bertrand Minchin

     

    Une fois tout bu et tout mangé, il faut nettoyer. Un vrai métier, qu'il ne faut pas laisser exercer par n'importe quel amateur. Microvigneron, c'est pas une sinécure, mais quand le Breton goûte aussi charnu et sensuel, on pose ses lunettes, on respire un grand coup et on lève les yeux au ciel. Quitte à faire une tache sur la nappe. Et laisser passer l'heure du repas. LÉOOON!

     

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    Léon 2010, Vin de France, Sébastien Fleuret Microvigneron

     

     

    Quand la Loire rigole comme ça, c'est clair qu'on se régale.

     

    Olif

     

    P.S.: nettoyeur, ce n'est pas un métier où on rigole tous les jours non plus. La preuve!

     

  • Le nez dans le bleu

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    Retour gagnant pour Le nez dans le vert, mais aussi dans le bleu, pour cette deuxième édition quasi-estivale, qui vient tout juste de se terminer au Château de Gevingey. "Le plus beau des salons de vins, il se trouve dans le Jura", pouvait-on entendre de la bouche de connaisseurs rompus à la pratique de ce genre d'exercice. La concurrence du grand raoût biojolais (Beaujoloise, Biojolaise, Beaujol'Art), généralement très prisé, n'a pas trop pénalisé les Jurassiens, au contraire. Un Jura triomphant, même quand il revendique à juste titre une défaite. Certains l'ont même privilégié, n'hésitant pas à franchir des milliers de kilomètres depuis le grand Ouest, tandis que d'autres ont couplé les deux salons en venant dans le Sud-Revermont le dimanche. La légère baisse d'affluence constatée serait plutôt du fait des particuliers, sans doute attirés par les premiers barbecues estivaux dominicaux de ce printemps 2012. En mars, depuis quelques années, il fait très très bieau dans le Jura, il faut dire.

     

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    Les joyeuses colonies de vacances des vignerons bios jurassiens

     

    Pour en revenir au salon proprement dit, l'alternance Nord-Sud a permis à bon nombre de personnes, visiteurs comme exposants, de découvrir le superbe Château de Gevingey, un centre de colonies de vacances, propriété du comité d'entreprise d'un banquier (le CIC, pour ne pas le nommer), très fonctionnel et adapté à recevoir ce type d'évènements, même si c'est la première fois qu'il est utilisé pour une manifestation publique. Répartis dans deux salles quasiment de plein pied, les vignerons ont pu faire bénéficier les visiteurs de conditions de dégustations exceptionnelles. Beaucoup de bons vins, de beaux vignerons et de belles vigneronnes. Et plein de nouvelles têtes de jeunes vignerons avec des promesses non électorales dans leurs bouteilles.

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    Les deux plus beaux crânes du salon avaient de jolies choses à faire goûter, dans le genre retour aux fondamentaux. Mention particulière à J'en veux 2011, cuvée rouge de vieux cépage signée Fanfan Ganevat, et au Poulsard du D.D. 2011, une vinification de poulsard à l'ancienne, par Stéphane Tissot, un bien bel hommage filial au Dédé paternel. Un vin qu'il faudra privilégier en magnum tellement c'est glou. A table avec Léandre 2010, autre rouge traditionnel à la façon du grand-père Pignier, reproduisant même l'assemblage de l'époque avec tous les vieux cépages soigneusement préservés, sera le gros coup de cœur de ce salon.

     

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    Après ce tour d'horizon des anciens, place aux jeunes, avec une belle dynamique en train de s'installer, mine de rien. Premier coup de cœur pour les vins de Renaud Bruyère, qui développe son propre domaine, en parallèle d'une activité salariée au domaine André et Mireille Tissot et d'accointances avec la famille Houillon. Magnifique trousseau 2011, très beau chardonnay 2011 et époustouflante bouteille PMG sous le comptoir, Les oubliés de Paname, une vendange de chardonnay en surmaturité, des raisins véritablement oubliés par une bande de vendangeurs parisiens un peu brelus (pour ceux qui ne voient pas ce que cela veut dire, c'est du patois franc-comtois).

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    Goûter enfin les vins de Kenjiro Kagami, du Domaine des miroirs. Uniquement des vins en cours d'élevage, forcément, 2011 sera le premier millésime. Kenjiro a été à l'école alsacienne de Bruno Schueller et pris sous une de ses ailes par Fanfan Ganevat, depuis son installation à Grusse. Le résultat est dans la lignée de ses mentors, avec de jolis chardonnays, un savagnin particulièrement percutant et un gouleyant poulsard au velouté soyeux. Des vins du Jura complètement débridés, en fait.

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    Autre sympathique découverte, Alexis Porteret, du domaine des Bodines. Premier millésime en 2010 et des vins de plaisir. Mention particulière au Trousseau 2011, pas encore totalement en bouteille et toujours sans soufre, ainsi qu'à un Savagnin ouillé 2010 très prometteur, fluide et gouleyant.

     

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    33 domaines présents sur les 41 à être en bio dans le Jura, ça commence à faire du monde. Et du beau monde, surtout. Un niveau global relativement élevé, avec beaucoup de vins réjouissants, élaborés par des vignerons talentueux, qu'ils fassent partie des valeurs sûres (Domaine de la Pinte, Julien Labet, domaine de la Tournelle, Philippe Bornard...) ou des p'tits jeunes qui n'en finissent plus de monter (Ratapoil, L'Octavin, Étienne Thiébaud, Géraud Fromont, des Marnes Blanches, Catherine Hannoun, Les Dolomies, Champ Divin...). Impossible de citer tout le monde, évidemment, surtout quand c'est l'heure du cochon.

     

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    La pauvre bête a quand même fait long feu, puisqu'il a fallu toute la matinée du lundi pour qu'elle soit cuite à point, avant d'être servie en accompagnement d'une poêlée de vieux légumes.

     

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    Le nez dans le vert, dans le bleu, ou dans les effluves de cochon grillé, les vins du Jura se préparent de bien bieaux lendemains...

     

    Olif