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Dives bouteilles ... - Page 11

  • Un 29 novembre à Paris, au Salon des Vignerons Indépendants

    Date: le 30/11/2003 à 19:20

    Temps frais avec menace de pluie dans la journée. Un temps à  ne pas mettre un passionné.com dehors !
    D'ailleurs, il n'y en avait guère au Salon des Vignerons Indépendants de la Porte de Versailles ! Guère plus que de gynécologue en congrès !
    A ce propos, j'ai une anecdote croustillante à  raconter ! Je la tiens de Vincent, qui, lui-même, la tient du Chat de Geluck (vous savez, le gros chat en costard qui fait des aphorismes !) : c'est l'histoire d'un gynécologue sourd qui a dû apprendre à  lire sur les lèvres. Fin de la parenthèse.

    Pour en revenir au Salon, il y avait pourtant du monde, limite cohue, à  l'ouverture, ce qui n'était pas fait pour rassurer l'ermite jurassien qui sommeille en moi ! Une fois les portes ouvertes (petite pensée pour Jean-Claude !), la foule s'est dispersée et ventilée, permettant une prise de contact privilégiée avec le premier vigneron sur lequel je suis tombé en arrêt : David Fourtout !
    Frais, dispos, malgré une nuit mouvementée et plutôt courte, à  ce que j'ai cru comprendre, et disponible, il a pris le temps de m'expliquer le domaine, ses origines, sa conception du vin, tout en rendant hommage au vigneron qui l'a inspiré et auprès duquel il a beaucoup appris, Luc de Conti. Ensuite, nous effectuons un petit tour d'horizon de la production du domaine, car tous ses vins sont là , même si en pratique, il y en a peu à  vendre, D. Fourtout aimant bien venir sur les salons pour rencontrer les amateurs, ceux qui boivent ses vins en fait, et ça tombe bien, c'était un peu aussi ma démarche ! Nous commençons par les rouges, sympathiques Clos des Verdots et Tour des Verdots 2002 avant le Grand Vin 2001, à  la trame soyeuse et patinée, et nous terminons par les blancs :

    Clos des Verdots 2003 : un petit régal fruité, avec suffisamment de nervosité pour ne pas tomber dans la mollesse,

    Le Grand Vin des Verdots 2002 : là , on rentre dans la dimension supérieure ! Déjà  majestueux, il mérite du temps pour digérer son élevage.

    Le Vin 2002 : le Vin, c'est au départ un concept, une création, une recherche sur la structure, avec pour base des raisins récoltés en légère surmaturité, pour apporter de la chair et de la richesse, assemblés avec d'autres raisins destinés à  amener le nerf et l'acidité. Un essai de modélisation du produit fini ! Et le 2002 ne déroge pas à  la règle. Intense et profond, long et complexe, il est déjà  très beau malgré une mise récente.

    Le Grand Vin des Verdots moelleux 2002 : à  l'image du blanc et du rouge de la même gamme, ce Côtes de Bergerac moelleux est un vin splendide, avec une liqueur extrêmement riche et beaucoup de fraîcheur malgré tout.

    Montbazillac 2001 : une bombe ! Le Vin, version liquoreux ! De la concurrence pour Madame ! 220 g de SR, une structure énooorme, et une longue finale fraîche, sur la mine de crayon (tiens ! tiens !). Un peu plus d'1 euro le cl (52 euros la bouteille de 50 cl), mais sous vos applaudissements, SVP !

    Une première rencontre marquante, qui a déjà  duré un petit moment ! Après tout cela, j'éprouve le besoin de me ressourcer, à  2 pas de là, au stand de Stéphane Tissot, venu sur le salon en compagnie de son père André.
    La Mailloche 2002, embouteillée depuis moins de 3 semaines, n'a pas eu les honneurs de Paris. Trop jeune ! Par contre, j'ai le bonheur de goûter (à  l'aveugle, j'ai cru à  un piège !) à  son savagnin ouillé étiqueté par provocation Traminer 2002 et vendu sous la marque de la Reine Jeanne (achat de raisins sur pied, issus de VV de savagnin). Magnifique ! Un vin au nez original, à  la minéralité marquée et à  la longueur exemplaire. Une nouvelle référence dans le monde des savagnins ouillés, du niveau de ceux de Pascal Clairet, Freddy Lornet et Fanfan Ganevat.

    Retour dans le Sud-Ouest avec la rencontre de Jean-Luc Baldès et des vins du Château Triguedina. Plus que le Clos 2000 et même Probus 2000, je craque pour ce fameux New Black Wine, version 97 car apparemment le plus accessible à  la dégustation actuellement, avec un nez ouvert, typique d'un beau Cahors à  maturité, ainsi que pour le Vin de Lune, un chenin botrytisé étonnament frais et aérien dans le monde viril du malbec.

    Le Salon est vaste, je m'y perd un peu, mais je mets finalement le Cap à  l'Est, toujours au Sud, pour une visite du domaine Gardiès, où je goûte une série de blanc avant de faire les rouges. Mention spéciale au blanc VV 2002, la plus belle réussite du domaine en blanc, aux yeux du domaine, un vin très sudiste dans l'esprit mais la fraîcheur est au rendez-vous. Magnifiques VV rouge 2001, très rond, cacaoté (70% de grenache) et Torre 2001, plus intense et profond, révélant toute la complexité du mourvèdre.

    Daumas-Gassac valait bien une petite halte, histoire de goûter les vins en primeur :

    Blanc 2003 : échantillon tiré du fût que le vin n'a d'ailleurs pas connu, puisque depuis 2 ou 3 ans, les blancs sont élevés uniquement en cuve pour se présenter sous leur côté le plus fruité.

    Rouge 2002 : dans sa phase fruité, il est particulièrement aimable et c'est presque la première fois que je prends autant de plaisir à  boire un vin de ce domaine !

    Après la pause sandwich, il me fallait trouver quelque chose à  boire ! Je passais justement devant le domaine Martin-Faudot, en Arbois, dont j'avais envie de découvrir les vins après avoir goûté une très belle cuvée surmaturée Sainte-Cécile. De jolis vins, comme ce trousseau 2002 ou ce poulsard 2001, de moins convaincants (une cuvée de pinot noir) et un joli savagnin 2000, oxydatif qui s'épanouit dans une longue finale. Pas aussi intense que celui de S. Tissot, mais c'est un vin auréolé d'un coup de coeur Hachette 2004.

    Histoire de respirer le bon air iodé de la Vendée, impossible de ne pas s'arrêter au stand du Domaine Saint-Nicolas, le Fief Vendéen de Thierry Michon, qui n'a pourtant pas fait le déplacement dans la capitale, se faisant représenter par son père et une fort charmante demoiselle. Jolie cuvée Reflets 2001, que j'avais déjà  goûtée, très belle Cuvée Jacques, déroutante mais originale cuvée Le Poiré, à  base de négrette, décevante Grande Pièce 2001, vraisemblablement dans une phase inaccessible en ce moment. Maria 2000 a enfin été embouteillée il y a 3 semaines ; c'est un très beau chardonnay, surprenant même, quand on connaît ses origines marines. Pour terminer, Soleil de Chine, en souvenir d'un séjour à  Shangaï, chanin botrytisé acidulé, manquant un peu de profondeur à  mon goût.

    Au rayon découverte, tout d'abord un autre Cahors, le domaine de Maison Neuve. Rien avoir avec Cosse ! C'est un petit domaine familial qui propose une cuvée d'un bon Cahors simple et franc, élevé uniquement en cuve, à  un prix défiant toute concurrence : entre 4 et 5 euros suivant les millésimes, que le vigneron et son épouse m'ont tous fait goûter, depuis 1998. Sympa !

    Ensuite, un Côtes du Rhône situé à  Jonquières, dans le Vaucluse, le domaine Rigot, dont la cuvée Prestige des Garrigues 2001 a reçu un coup de coeur dans le guide Hachette 2004. Et ils en sont fiers, au domaine de ce coup de coeur, qui récompense un vin authentique, sans artifice, élevé en cuve, composé à  80% de grenache (Châteauneuf n'est pas loin !). Après m'avoir invité à  venir goûter, on me propose ici une verticale sur pas moins de 6 millésimes, de 1994 à  2001, évidemment. Une préférence pour le 98, le 2000 et évidemment le 2001, qui n'a pas volé son coup de coeur et qui surtout, est vendu à  un prix défiant toute concurrence, à  moins de 7 euros.
    Sitre internet : [www.domaine-rigot.fr]

    Pour terminer le rayon découverte, le domaine de L'Arjolle, que je ne connaissais que de nom, et véritable coup de coeur de la journée, qui fut pourtant très riche en belles rencontres, pour des vignerons sympathiques et cordiaux, privilégiant leur vision du vin, la qualité de celui-ci au détriment de l'AOC. Le domaine est situé à Pouzolles, à  l'ouest de Pézenas, mais tous les vins revendiquent le Pays des Côtes de Thongue !

    Equinoxe 2001 : assemblage viognier, sauvignon, muscat à  petits grains, élevé en fût, très aromatique et frais,

    Cuvée de L'Arjolle rouge 2001 : 50% cabernet sauvignon, 50% merlot. Des tanins soyeux, une structure onctueuse, il a tout d'un grand vin pour le prix modique de 6 euros ! Il reste très languedocien dans l'esprit malgré son assemblage bordelais.

    Merlot Synthèse 2002 : un très beau vin, long et structuré,

    Paradoxe 2001 : assemblage de syrah, cabernet sauvignon, merlot et grenache (d'où le paradoxe !), élevé 100% fût neuf pendant 14 mois. Une grande bouteille, intense et complexe dans laquelle l'élevage ambitieux ne m'a pas sauté au nez !

    La Lyre 2002 : vendanges tardives de muscat à  petits grains, frais et aromatique, qui m'a un peu rappelé la Douce Providence du Clos du Gravillas. Très beau.

    Et pour la finale, une bouteille de derrière les fagots que l'on me sort devant mes origines jurassiennes revendiquées : un chardonnay surmaturé élevé sous voile ( !), sublime, au nez très Jura mais à  la minéralité peut-être moins affirmée que chez nous (avis certainement pas objectif de S. Tissot à  qui je me suis empressé d'aller faire goûter ce vin !)

    Pour clôturer ma journée, car je sentais une certaine lassitude physique me gagner, je me suis offert quelques douceurs du côté de Gaillac, au Domaine René Rieux. Très belle gamme de liquoreux, avec mention spéciale au Concerto 2001 et 1999, que Raymond Papaix juge supérieur à  2001 dans son potentiel de garde.

    Le brouhaha de la vie parisienne ayant eu raison de mon enthousiasme gustatif, c'est avec bonheur que j'ai regagné mes sommets enneigés ce matin, m'offrant même une première séance de ski de fond salvatrice dans l'après-midi.

    Olif

  • Guerre de sécession autour d'une poignée d'huîtres !

    Date: le 02/12/2003 à 09:48

    Traditionnelle soirée huîtres du Club des Amis du Bon Echanson, hier soir ! Soirée que l'on pourrait résumer à un affrontement Nord-Sud ! Loin de moi l'idée de vouloir systématiquement opposer deux conceptions du vin blanc, mais force est de constater que les vins sudistes, en jouant la carte du mimétisme, se sont avérés être de gros mollusques bien lourds, contrairement aux chardonnays bourguignons, qui, non contents d'être les meilleurs vins de la soirée en dégustation pure, se sont révélés d'excellents accords avec les huîtres grâce à leur vivacité et leur côté beaucoup plus mordant.

    Comme à  l'accoutumée, les huîtres sont de Gillardeau (n°3) et les vins proviennent de la cave du Bon Echanson.

    - Anjou Domaine de Mosse, cuvée Marie Besnard 2001 : l'intrus de la soirée, apporté par Le Seb et constituant le salaire de l'ouvreur. Vraisemblablement peu, voire pas soufré, il s'ouvre sur des notes de coing, de miel, de cire, d'orge maltée, bien contrebalancées par une belle structure minérale apportant la fraîcheur. Il séduit malgré son côté légèrement oxydatif, même s'il s'accorde mal avec les huîtres.

    - Domaine de Jonquières 2002, Vin de Pays de l'Hérault : j'avoue avoir eu un peu de mal à cerner ce vin, plutôt agréable, floral, qui ne convenait que fort peu aux huîtres. A regoûter dans d'autres circonstances.

    - Les Arums de Château Lagrange 2001, Bordeaux : marqué sauvignon, mais sur la litière de chat non renouvelée récemment !, il évolue sur des notes de citronnelle et de désodorisant WC pour tout dire un peu dérangeantes ! Une déception !

    - Montes Alpha, Chardonnay 2001, Casablanca Valley, Spécial Cuvée : si le millésime 98 a été sélectionné comme étant «the best chardonnay in the world» par Vinitaly , ce 2001 obtient haut la main celui de «pire chardonnay of the soirée». Lourd et mou, alcooleux, avec de l'amertume en finale, j'avoue ne pas avoir aimé du tout ! L'hémisphère Sud a encore des progrès à faire en matière de chardonnay !

    - Bourgogne 2000, Domaine Leflaive : un simple Bourgogne, mais bien né et vraisemblablement de noble origine (jeunes vignes de Puligny ?). Nez sur le beurre, la noisette, les herbes coupées, avec de la minéralité et du nerf, il commence à acquérir du gras et de la profondeur. Très beau !

    -  Auxey-Duresses 1999, domaine du Comte Armand : le dernier millésime de cette cuvée puisque les vignes exploitées en fermage ont été reprises par leur propriétaire. Minéralité, vivacité, équilibre et harmonie s'entremêlent pour finir sur des notes briochées citronnées. Superbe !

    Suivent deux vins rouges pour faire la transition avant le dessert :

    - Puech-Haut 1998, Tête de Cuvée : fruits mûrs et bois brûlé ! Tanins durs et un peu austères, un vin presque caricatural !

    -  Domaine de Jonquières 2000, Coteaux du Languedoc : un peu réduit au premier nez, ces notes s'estompent à l'aération pour livrer un fort joli vin, ample, frais et bien structuré. L'anti-thèse du précédent !

    Sur la Dora, dessert au chocolat :

    - Banyuls Rimage mise tardive 2000, Les Clos de Paulilles : cherry, cacao, intense et profond, une petite merveille d'accord avec le chocolat !

    -  Rivesaltes 89 Vintage, Domaine Cazes : dans le même registre, mais encore plus beau que le précédent, un vin exceptionnel sur lequel le temps ne semble pas avoir de prise. Une gourmandise !

    Et après ça, vous prendrez bien un petit café ?

    Olif

  • Soirée entre célibataires!

    Date: le 23/11/2003 à 20:30

    En l'abscence de chacune de nos conjointes, l'occasion était trop belle pour ne pas se retrouver, Le Seb et moi, pour une petite soirée entre célibataires épicuriens, devant un dîner improvisé et des flacons dégustés à  l'aveugle, chacun ne sachant pas ce qu'avait apporté l'autre. Le repas des enfants expédié (ils ont beaucoup apprécié même si c'était simple!) et ceux-ci confortablement calés devant le Seigneur des Anneaux, nous pouvons passer aux choses sérieuses!

    -Fendant de Martigny Les Bans 2002 , Marie-Thérèse Chappaz

    Robe très pâle. Nez aromatique sur la fleur de vigne avec une sensation crayeuse. L'attaque est vive, une pointe de CO2 accentue la perception de minéralité. La fin de bouche est plus riche, grasse, voire un peu molle. C'est un joli vin de fendant, mais Le Seb, qui a supputé un vin Suisse, n'aime pas trop! Je descends donc chercher une autre bouteille à  la cave pour accompagner les Noix de Saint-Jacques à  la Bordelaise.

    -Pessac-Léognan blanc 95, Domaine de Chevalier

    Un vin de circonstance pour accompagner le plat! Ma précédente rencontre avec ce vin m'avait un peu déçu, celui-ci ayant été éclipsé par le Bergerac des Verdots. Cette fois, c'est mieux! Beau nez d'agrumes, riche et gras, avec une jolie longueur, de l'amplitude, de la classe et de l'élégance. Le Seb, qui a trouvé le domaine à l'aveugle (je l'espère, par hasard!) en redemande!

    Pour accompagner les côtes de veau bio de Mr Chambon, juste grillées et servies rosées, accompagnées de chanterelles :

    Beaune Les Vignes Franches 1999, Domaine M. Bouzereau

    Un rusé que ce Seb, qui essaie de me piéger avec un vin que nous avons dégusté au fût il y a peu, dans un autre millésime évidemment!
    La robe est rubis sombre. Le nez est de prime un peu réduit et je penche d'abord pour un vin du Sud. Cela s'estompe rapidement à l'aération et on se retrouve sur des notes de fruits mûrs. La trame est serrée, le grain fin, légèrement grillé, c'est très beau! J'adore! Un grand vin de Beaune! Grand vin tout court, je ne sais pas, moi je fais plutôt dans le relatif !

    - Chambolle-Musigny 1er cru Les Hauts-Doix 2001, Domaine Groffier

    Registre un peu différent pour ce vin que Le Seb ne rattache pas non plus à  la Bourgogne au premier abord. Nez très grillé, presque torréfié, témoignant de son élevage, mais ça ne masque pas les autres arômes, évoluant plutôt dans un registre floral, violette, pivoine. Belle amplitude et grande longueur (oserons-nous dire grand vin?), grand vin de Chambolle en tout cas qui mérite de la patience en cave.

    -Saint-Chinian, La Fonsalade 1999, Château Maurel-Fonsalade

    Là , c'est du Languedoc, j'en suis sûr! Robe noire, nez très beau sur les fruits noirs, la liqueur de fruits, un peu caramélisé, avec une belle texture et de la longueur. C'est un excellent rapport qualité-prix!

    Avec la Dora, goûteux gâteau au chocolat local:

    - Douce Providence, 2001, Clos du Gravillas

    Muscat de Saint-Jean-de-Minervois passerillé sur pied, donc déclassé en vin de table. La robe est plutôt pâle, le nez magnifique sur le muscat bien sûr, mais une année de cave lui ont fait acquérir une complexité et une densité exceptionnelle. L'équilibre est magistral et l'accord avec le chocolat somptueux. On en redemande et on finit même la bouteille (50 cl, seulement!)

    Après ça, je crois bien qu'il n'y avait plus qu'à  aller se coucher!

    Olif

  • Léoville-Barton, the ultimate verticale!

    Date: le 11/11/2003 à 22:06

    Terme consacré dans l'édition DVD pour évoquer la nouvelle version d'un film encore plus complète que la précédente, cette verticale du Château Léoville-Barton n'a pourtant rien d'exhaustif, c'est juste la dernière en date qui vient compléter les appréciations sur les nombreux millésimes que nous avons eu l'occasion de goûter lors de notre séjour en Médoc au mois de septembre dernier.

    C'était aussi l'occasion de réunir une nouvelle fois le GJP autour de ce cru devenu fétiche pour une bonne partie d'entre nous et de tenter de le connaître encore un peu mieux.

    Il s'agit donc d'une sélection de quelques millésimes que nous avions en cave, histoire d'avoir un aperçu des anciennes années, des beaux millésimes et des millésimes récents. Mon regret est de ne pas avoir pu goûter au 2000 mais nous n'avons pas souhaité en sacrifier une bouteille devant des commentaires faisant état d'une phase ingrate actuellement.

    Dégustés par paires, en semi-aveugle, pour privilégier l'ordre de service, nous avons commis un sans-faute dans l'identification des millésimes, qui présentaient tous les caractéristiques que nous en attendions. On progresse fort, au GJP !

    Pour cette verticale, changement complet de technique de dégustation, donc, qui risque fort de se pérenniser pour les prochaines séances, à savoir dégustation pure des 6 vins sélectionnés, servis 2 par 2, pour mieux les approcher, les appréhender, les comprendre et les commenter. Puis, on termine gentiment les bouteilles autour d'un petit repas convivial, soulagés de la pression analytique autour des vins. Merci à Jef et Patricia de s'être magistralement chargés de la partie logistique de la soirée.

    Les vins ont tous été carafés, mais de manière plus ou moins longue suivant les millésimes (de 1 heure pour les plus anciens à 3 heures pour les réputés plus puissants).

    - Château Léoville-Barton 1997 :

    Un vin déjà  largement commenté ici !
    La robe est d'un grenat pas très soutenu mais d'un bel éclat.
    Le nez est toujours aussi fondu, plutôt agréable, sur des notes torréfiées et de boîte à cigares. La bouche est d'une agréable souplesse, en faisant un vin de plaisir à boire sans trop se poser de questions.

    - Château Léoville-Barton 1999 :

    La robe est grenat un peu plus sombre que le précédent.
    Le nez est plutôt fermé, réservé, mais on perçoit nettement de la glycérine et un côté un peu crémeux (dur de ne pas évoquer la crème pâtissière après avoir lu les notes de Claudius !), avec du moka et aussi des fruits noirs (mûre) et du réglisse.
    Volumineuse en attaque, la bouche termine plutôt court, avec un grain et des tanins un peu rêches.
    Pas totalement convaincant actuellement, il demande très certainement un peu de temps pour se fondre, mais combien ? Pas trop non plus, je pense, mais la question reste : est-ce qu'il s'harmonisera ?

    - Château Léoville-Barton 1985 :

    La robe est grenat, curieusement très peu évoluée.
    Cèdre, bois noble, poivron mûr, il fait preuve d'encore beaucoup de vigueur pour son âge et ne joue pas encore vraiment dans un registre tertiaire. Bel équilibre et longue finale rémanente, il s'agit là d'un très beau vin !

    - Château Léoville-Barton 1983 :

    Des traces d'évolution peu marquées sont perceptibles sur la robe.
    Le nez est splendide, tertiaire, sur le pruneau, plus ou moins confituré, l'humus, le cuir, le sous-bois et la cerise à l'eau de vie. La bouche est encore nerveuse avec de l'allonge.
    Un vin à  son apogée, loin d'être fatigué, et un beau moment gustatif.

    - Château Léoville-Barton 1996 :

    La robe est sombre, opaque.
    Le nez est intense, puissant, mais tout en retenue, avec présence de notes iodées, évoquant le pansement ou … je ne dirai pas quoi !, pour certaine personne qui travaille également en milieu hospitalier .
    Si cette petite note iodée me gêne un peu, elle n'est pas persistante et n'empêche pas le vin de s'exprimer en bouche en développant beaucoup d'ampleur. Les tanins sont encore un peu serrés en attaque mais ça s'arrondit par la suite pour perdurer longtemps.
    Très jeune, il a encore besoin de temps pour devenir une grande bouteille, mais il en a les moyens.
    Très apprécié par la majorité des dégustateurs présents, je lui ai pour ma part préféré le suivant.

    - Château Léoville-Barton 1995 :

    Très opaque également, ça pleure sur les bords du verre ! De belles grosses larmes roulent doucement sur les parois, témoignant de sa richesse. Emouvant !
    De fait, la bouche est pleine, grasse, avec une grosse sensation de glycérol sur des notes de noyau de cerise.
    Très racé, il m'impressionne par sa chair, sa droiture, sa profondeur et sa classe.

    Fin de la verticale sur un sentiment de grande satisfaction avec des vins qui se tiennent quelque soit le millésime, qui tiennent remarquablement la distance pour les plus vieux. Pour ma part, mention spéciale pour les années en 5.

    X 1929

    On ne pouvait pas se quitter sans un petit dessert accompagné d'un petit liquoreux ! La dernière bouteille ouverte est une exclusivité du GJP ! Ne cherchez pas à vous en procurer, elle fait désormais partie des vins mythiques et inaccessibles !
    Nous la nommerons donc par son n° de code : X 1929 ! A moins que ce ne soit son année de naissance ! Une naissance du côté de Bordeaux, c'est à peu près certain, mais l'endroit exact est difficile à cerner de façon précise. Une orpheline qui a perdu son nom, pas forcément très bien née, vraisemblablement un peu roturière, mais qui parle avec les accents de la sincérité ! Une couleur ambrée, vieil or, un nez délicat de moka, de café, de confit d'oranges et des agrumes qui apportent une certaine vivacité et de la fraîcheur. Un vin que l'on boit avec recueillement , eu égard à sa qualité et son grand âge, qui nous bannit définitivement des rangs des buveurs d'étiquette car ici, d'étiquette, il n'y en a plus ! Merci à Jef pour ce grand moment d'émotion !

    Fin de la soirée à une heure déjà fort tardive, heureusement, tout le monde rentre à pied, et s'il fallait dégager une conclusion synthétique à cette dégustation, c'est que Léoville-Barton, c'est bon ! Je ne peux pas faire plus court, ni plus juste !

    Olif et le GJP

  • Quelques grands du Roussillon!

    Date: le 10/10/2003 à 21:31

    Petite thématique personnelle sur les vins du Roussillon, débutée devant l'opportunité de découvrir enfin ce fameux Terroir Mailloles du domaine Sarda-Malet, le plus beau du Roussillon à  ce qu'il paraît! Comment jauger véritablement un vin si ce n'est l'étalonner par rapport à  nos références personnelles? Je suis donc allé puisé dans les entrailles de ma cave pour y dénicher quelques sparring partners d'envergure!

    - Domaine du Clos des Fées VV 2001

    Quelle séduction! Un vin qui a la cerise!
    Soyeux et satiné, dans un registre juvénile très fruité, il resplendit d'élégance pour finir sur une pointe de cacao. Très féminin malgré le fort degré alcoolique (qui jamais ne roule les mécaniques!), il est doté d'un parfait équilibre qui lui sied à  merveille, l'élevage sachant se faire très discret à  ce stade. Après 24 heures d'ouverture, il s'alourdit à  peine, perd un peu de tonus, et le côté crémeux devient légèrement écoeurant. Ce qui ne retire rien à  ses qualités si on l'attend sagement en cave, ou encore si l'on siffle la bouteille d'une traite!

    - Domaine Sarda-Mallet, Terroir Mailloles 2001

    Goûté juste avant le VV du Domaine du Clos des Fées, il lui tient sans problème la dragée haute. Un peu plus réservé à  l'ouverture, il lui a fallu du temps pour s'exprimer, mais quelle récompense! Chocolat, cerise à  l'eau de vie, avec une grande densité et une profondeur immense. Sans le côté séducteur immédiat du précédent mais avec un soupçon de race supplémentaire. Un vin qu'on aime aimer, car il se livre par petites touches, se retenant un peu à  l'ouverture mais terminant en apothéose dans un océan de saveurs fruitées et chocolatées. On peut en profiter déjà  maintenant, mais son potentiel semble énorme!

    - Les Sorcières du Clos des Fées 2001

    Robe grenat brillante mais opaque.
    Le nez est marqué d'abord par le bois, mais celui-ci s'estompe rapidement pour laisser parler un fruité plutôt assez frais. Ce vin pétillait dans sa jeunesse, juste après la mise, ayant suscité quelques interrogations. Aujourd'hui, les bulles ont presque disparu et il persiste surtout une sensation de fraîcheur avec juste un petit picotement sur la langue en finale. Un peu plus déséquilibré par l'alcool que la grande soeur, il devrait être tout juste prêt pour fêter Halloween cette année.
    24 heures après l'ouverture, la sensation gazeuse n'a toujours pas complètement disparu (vin non carafé, non secoué).

    - Collioure 95, Les Clos de Paulilles

    En complément, juste pour avoir une petite idée du potentiel de garde de la grande région Roussillon.
    Robe grenat sombre homogène, avec de toutes petites traces d'évolution sur les bords, à  peine perceptibles.
    Le nez est assez expressif, agréable, empyreumatique, sur le noyau de cerise, le chocolat et quelques notes fumées.
    Attaque franche, beau volume, mais finale un peu sèche. Il ne possède pas l'opulence des voisins du Roussillon mais s'exprime de façon plutôt droite. Arrivé à  maturité, il mérite d'être bu sous peine de sécher un peu plus.

    L'impression d'ensemble de cette dégustation est plutôt très favorable au Roussillon, avec des vins déjà  très séducteurs dans leur jeunesse. J'aurais pu rajouter un ou deux vins de Gauby, mais ma cave est pour l'instant en dérangement et je ne retrouve pas tout ce que je veux. Une prochaine fois!

    Olif

  • Où il y a de la Cart(h)agène...

    Date: le 12/10/2003 à 09:50

    ...j'espère bien qu'il y aura du plaisir!

    J'ai rapporté de Carcassonne  2 bouteilles de Carthagène du Château Haut-Gléon ("C'est la meilleure! m'a dit la petite dame qui les vendait et qui visiblement l'appréciait beaucoup, même si c'était aussi la plus chère!): une blanche et une rouge.

    Il fallait bien en ouvrir une un jour! Mais comment ça s'écrit, d'abord,  [cartagen]?

    Avec H ou sans H?
    Et d'où il vient, ce nom? Un click sur Voila et voilà ! C'est magique, Internet!

    [www.chez.com] (NB: le lien ne fonctionne plus, mais c'est bien là que j'ai trouvé cet article)

    Cartagène


    C'est Hannibal le Carthagénois, qui fonda en Espagne la Nouvelle Carthage ou Cartagène.

    De là à dire que notre fameuse Cartagène du Languedoc tire son origine de cette ville et des armés d'Hannibal, rien n'est moins sûr.

    Selon une tradition plus fiable, au 16ème siècle, les femmes des marins de l'Invincible Armada préparaient pour leurs époux une boisson qui leur donnait le courage d'affronter la haute mer, l'ennemi et la solitude.

    Elles l'appelèrent la « Carthagène ».

    Elles auraient retrouvé la recette de cette boisson dans la façon dont au temps des Romains on faisait le vin.

    Soutien des guerriers, inspiration des poètes, cette boisson gagna peu à peu les pays de langue d'Oc, où elle devient traditionnelle.

    Classée parmi les apéritifs à base de vin, élaborée à partir de jus de raisins blancs ou rouges, la Cartagène est une mistelle dont la fabrication est souvent tenue secrète, et dont la production fut longtemps interdite, au profit du Pineau des Charentes, du Floc de Gascogne ou du Ratafia de Champagne.

    Comme eux, il s'agit bien d'arrêter la fermentation du moût du raisin par un apport d'eau de vie, dans un proportion d'un quart d'eau de vie pour un litre de moût.

    De cette recette, disent certains, viendrait le mot « cartagène », ce qui expliquerait la disparition de la lettre «h».

    Ce qui est sûr, quelle que soit l'interprétation sur les origines de cette boisson, c'est qu'il faut écrire : cartagène ( et non carthagène).

    Sa fabrication, selon les recettes ancestrales étant désormais autorisée, quelques viticulteurs du Languedoc se sont lancés dans sa commercialisation.

    Après la mise en bouteille, la Cartagène peut vieillir indéfiniment et prendra avec les ans une belle couleur d'ambre et d'or.

    Délicieuse à  l'apéritif, elle fait merveille sur foie gras ou fromage de Roquefort.

    Ce doux breuvage accompagne traditionnellement les treize desserts du Noà«l provençal.

    C'est l'apéritif traditionnel du Languedoc et des Cévennes

    Servir très frais : 8° à  10°.

    Jean Mignot

    Uzès Domaine de Cruviers-Larnac



    Concernant la mienne, de Cartagène, enfin plus exactement celle du Château Haut-Gléon, je l'ai servie à température de cave, qui pour l'instant est excellente (13,5°) même si j'ai peur que cela ne dure pas, les premières gelées matinales font leur apparition dans le Haut-Doubs.

    J'ai opté pour la rouge, à la robe soutenue, au nez de cerise avec un côté pharmaceutique ou herbacé, pas désagréable, pour lequel j'ai évoqué le coca-cola, mais je retiendrai, selon l'avis de mon fils de 16 ans qui s'y connaît, le cherry-coke! Un peu doucereux par son côté naturel très sucré, mais quand même chargé en alcool, c'est un apéritif plutôt agréable, idéal pour Belle-Mère!

    Olif
  • Languedoc 98, Le Clos de la Copa Inconnue

    Date: le 16/10/2003 à 08:31

    Réunion du noyau dur du GJP, hier soir, l'occasion d'une triangulaire horizontale de vins du Languedoc, millésimés 98. Triangle qui se révélera isocèle, tant les 3 vins sélectionnés se sont révélés être d'un niveau qualitatif équivalent, dans des styles toutefois un peu différents.

    Après une mise en bouche avec Silex 99 ouvert sur quelques huîtres de l'ile de Ré, nous attaquons le plat de résistance: une splendide côte de boeuf, cuite à  la perfection (bravo Valérie!), pour accompagner nos trois compères d'Oc. Les vins ont été carafés l'après-midi et sont servis à  l'aveugle.

    Pouilly-Fumé 1999, D. Dagueneau, Silex

    Un nez qui sauvignonne encore légèrement, bourgeon de cassis, agrumes, de la nervosité en attaque et derrière on perçoit l'étoffe de la structure, en train de se complexifier. Déjà  très agréable, il devrait devenir bientôt très grand.

    Terre Inconnue, cuvée Léonie 98

    Robe sombre. Nez puissant où l'alcool domine avec une touche animale très discrète. Bouche sur l' Amarena, le zan, très satinée, tout en finesse, où l'alcool se fond comme par enchantement. Superbe! Un régal d'équilibre!
    Noté à  l'unanimité: trop fort, ce Robert!

    Domaine d'Aupilhac, Le Clos 98

    Robe sombre. Nez très fin, sur le sirop pour la toux (Toplexil), le caramel, le réglisse. Les tanins sont très fins, soyeux. La classe!
    Un régal de finesse!
    Le plus apprécié lors de la dégustation apéritive, il s'est révélé un peu moins à  l'aise sur la viande.

    Domaine Clavel, Copa Santa 98

    Robe sombre. Nez à  peine réduit, fruit blet, animal, puis cerise à l'eau de vie, goudron, réglisse, puissant avec de la finesse. En bouche, c'est du massif! Un peu monolithique en attaque, il s'épanouit à  l'ouverture.
    Un régal de puissance!
    Cette force tranquille s'est domptée de façon magnifique au contact de la texture du boeuf pour réaliser un très bel accord.

    Un 27 novembre 2000, Didier Cornillon

    Une découverte signée François, un vin de la Drôme. Moûts de raisin fermentés issus de raisins passerillés. Un genre de vin de paille du Sud, sur l'abricot, l'abricot confit, très mentholé, donc très frais. Joli!

    Enorme satisfaction, donc, que cette dégustation de Languedoc 98. Un millésime épanoui!

    Olif

  • RDD de chez Bollinger

     
    Date: le 02/10/2003 à 11:16

    Non ce n'est pas une nouvelle cuvée de la grande maison champenoise! RDD, ça veut dire Récemment Dégorgé et Dégusté, et c'est juste le compte-rendu d'une petite soirée dégustation de quelques vins de Bollinger organisée à l'initiative de la cave du Bon Echanson en association avec le commercial Bollinger du secteur. Un grand moment!

    Après un petit topo très "sérieux" sur la Champagne, où nous avons appris, entre autres, que celle-ci va de Mickey jusqu'à De Gaulle, une cinquantaine d'ha de vignes se situant en Seine-et-Marne, une cinquantaine d'autres en Haute-Marne vers Colombey, nous avons eu la chance de déguster quelques vins sublimes.

    -Bollinger Grande Année 96

    70% Pinot Noir, 30% Chardonnay, 75% Grand Cru, 25% Premier Cru, 100% Cuvée

    Belle robe jaune pâle, à  la bulle fine et régulière.
    Le nez est intense, brioché, sur l'amande, la noisette, un peu miellé.
    Malgré cette richesse olfactive, la bouche est fraîche, vive en attaque, ample. La belle acidité procure une sensation de longueur immense.
    Impressionnant et monumental! Un grand et bon Champagne!

    -Bollinger RD 90

    Dégorgé le 25/06/03. 69% Pinot Noir, 31% Chardonnay, 67% Grand Cru, 33% Premier Cru, 100% Cuvée

    La robe est d'une belle couleur jaune, légèrement paille.
    La bulle est un peu disparate.
    Grande finesse des arômes, très subtils, avec des notes de banane séchée.
    Si la bulle est rare, l'effervescence est bien perçue en bouche, donnant un sentiment de fraîcheur à cet ensemble très profond et complexe. Elle disparaît complètement au fil de la dégustation, l'effervescence s'amenuise mais le vin reste frais.
    Une expérience unique et un grand moment de dégustation.
    Seulement 4500 bouteilles/an pour le marché français.

    -Bollinger Spécial Cuvée

    80% Premier cru, 20% Autres crus car contient une faible proportion de pinot meunier

    C'est le brut sans année et en fait le produit le plus bichonné de la gamme car le plus consommé et celui qui entraînera le consommateur vers le haut de gamme.
    Robe jaune pâle à  reflets verts.
    Nez acidulé, citron vert, herbes sèches.
    La bulle pétille énormément, apportant beaucoup de fraîcheur, et procure une sensation d'équilibre, entre finesse, puissance et élégance.
    Un très beau Champagne reflétant le style Bollinger.

    La soirée s'est tranquillement poursuivie autour d'un petit mâchon arrosé des vins du château de Jau, en Côtes du Roussillon, dont la cuvée prestige Talon Rouge 2001, également diffusés par Bollinger.

    Un peu travaillé au corps, mais finalement sans trop se faire prier devant notre intérêt et notre assiduité à suivre son discours, le représentant de Bollinger a accepté le principe d'une nouvelle rencontre avec La Côte aux Enfants et les Vieilles Vignes Françaises au programme. J'en salive d'avance! (note du 18 août 2005, j'en salive toujours d'avance!)

    Olif

  • Le Languedoc, de Grès en Terrasses...

    Date: le 31/07/2003 à 18:11

    Petite escapade en direction du Languedoc géographique pour le GJP en cette fin de juillet caniculaire sur le Haut Doubs. Il n'y a qu'à fermer les yeux et on s'y croirait ! Les cigales chantent dans mon jardin même si ce ne sont que des grillons !

    Le Languedoc, cette nouvelle Terre Promise en matière de vins, de moins en moins inconnue et qui possède de nombreux ambassadeurs sur LPV, nous apporte son lot de découvertes chaque jour ou presque.

    Il m'a semblé judicieux en préambule de faire le point sur l'existant pour essayer de mieux comprendre les vins et les terroirs. Je me permettrai donc, en guise d'introduction, un petit rappel sur le découpage de la région. Pour ceux que cela intéresse, vous pourrez trouver plus d'informations sur 2 sites Internet très bien documentés : [www.coteaux-languedoc.com] et [www.languedoc-wines.com] .

    Le regain qualitatif de la région est passé par une remise en question complète au début des années 80 qui a vu émerger un certain nombre d'appellations contrôlées cherchant à exprimer le potentiel de leurs terroirs et à sortir des rangs de la productivité à tout et n'importe quel prix.

    Dans un premier temps, l'introduction de cépages dits améliorateurs a permis d'augmenter la qualité et de définir des climats privilégiés. Dans un deuxième temps, la redécouverte des cépages de base (carignan, cinsault) avec meilleure conduite de la vigne permet au vignoble de mieux affirmer son identité sudiste.

    Si Faugères et Saint-Chinian furent parmi les premières à accéder à l'AOC en 1982 (en exceptant le précurseur Fitou consacré en 1948), elles furent suivies en 1985 par les Coteaux du Languedoc. Depuis cette date, le remaniement est constant, aboutissant à une meilleure définition des terroirs, en prenant en compte des éléments aussi variés que l'influence des vents, la pluviométrie, la distinction entre zones littorales, garrigues ou piémonts. Tous ces éléments ont permis de dégager actuellement 7 zones géographiques et climatiques qui se répartissent sur 3 niveaux d'appellation :

    1er niveau: Appellation régionale Coteaux du Languedoc.
    2ème niveau : Secteur ou Appellation sous-régionale, à  partir de zones climatiques .
    3ème niveau : Appellation communale, à  partir de critères géologiques. 

    Les 7 zones délimitées actuellement se répartissent en :
    - Clape et Quatourze
    - Pic Saint Loup
    - Grès de Montpellier
    - Pézenas et Cabrières
    - Terrasses du Larzac
    - Terres de Sommières 
    - Terrasses de Béziers 

    A ces 7 zones, il convient d'ajouter 2 zones d'appellation « Cépage », l'AOC Picpoul de Pinet qui correspond à une zone géographique particulière, et l'AOC Clairette du Languedoc sur une partie de la zone climatique de Pézenas et des Terrasses du Larzac.

    Notre dégustation portait sur le Languedoc géographique, mais il s'est avéré que les bouteilles sélectionnées représentaient plutôt bien les différentes zones climatiques de l'appellation Coteaux du Languedoc, avec 3 intrus cependant, un vin des Corbières, un vin de la vallée de l'Aude et un vin de pays de l'Hérault situé dans la zone des Terrasses du Larzac mais avec un encépagement illicite pour prétendre à l'AOC.

    Les vins ont été carafés 8 heures avant la dégustation, qui s'est déroulée à  l'aveugle, et servis deux à  deux.

    - Vin n°1 : robe sombre. Nez de fruit mûr, voire blet, un peu réduit. Tanins serrés, un peu verts, finale soyeuse et légèrement réglissée. Les notes de réduction du nez ne font que s'amplifier et évoluent vers le ventre de lièvre, ce qui rend le vin un peu déplaisant en attaque et divise les dégustateurs. Malgré l'amélioration en finale, je suis moyennement convaincu !
    Domaine Alquier 2000, la maison jaune, Faugères.

    - Vin n°2 : robe également sombre, ce sera une constante au cours de la soirée ! Le nez est fruité mais j'y décèle une petite touche végétale (rafle ?) et des notes poussiéreuses. Globalement bien construit, il manque un peu de puissance et de volume, sans qu'on puisse parler de véritable creux. Bonne longueur, le fruité s'exprime beaucoup mieux en milieu de bouche avec des notes de fraise et de petits fruits rouges, l'alcool ressort un peu en finale. Très jeune, il devrait se bonifier et s'équilibrer avec le temps. Là encore, les dégustateurs sont partagés ; ceux qui ont aimé le vin n°1 apprécient moins celui-là et vice-versa !
    La Grange des Pères 2000, vin de pays de l'Hérault, Aniane .

    - Vin n°3 : la robe est noire, totalement opaque. Le nez s'ouvre au départ sur de curieuses notes chlorées ( ? !) qui s'estompent rapidement pour laisser la place à de la liqueur de fruits noirs et de la cerise à l'eau de vie. La bouche est énorme, un peu massive, c'est une véritable marée noire qui envahit la bouche avec ce réglisse et ce goudron qui tapissent le palais. Grosse matière ! C'est un véritable monstre que j'adore et crois reconnaître. Un vin qui désarçonne un peu les novices en Languedoc.
    Copa Santa 2000, Coteaux du Languedoc, terroir La Méjanelle(Grès de Montpellier) .

    - Vin n°4 : la robe est sombre mais avec des reflets plus clairs sur les bords. Sur les fruits rouges (fraise, groseille), c'est un vin qui possède beaucoup d'élégance et de finesse par rapport au précédent. Souple mais bien équilibré et fondu, c'est une bouteille très plaisante à boire et qui termine sur une touche légèrement réglissée. Son grand mérite est de succéder superbement à la Copa Santa dans un style radicalement opposé.
    Baron'Arques 1999, vin de Pays de la Haute vallée de l'Aude.

    - Vin n°5 : la robe montre de légers signes d'évolution mais elle est encore dotée d'une belle profondeur. Nez légèrement cacaoté avec des notes de venaison. Les tanins sont fondus, la bouche est élégante avec une grande longueur et une rémanence de notes épicées en finale. C'est un très beau vin à son apogée qui séduit l'ensemble des dégustateurs.
    Domaine Peyre Rose, Syrah Léone 93, Coteaux du Languedoc, Saint-Pargoire (Grès de Montpellier) .

    - Vin n°6 : robe sombre. Nez fruité, épicé, avec de légères notes de cacao. Attaque souple et fondue, longueur correcte mais je lui reprocherais un léger manque de profondeur. Beau vin néanmoins.
    Mas Bruguière La Grenadière 99, Pic Saint Loup .

    - Vin n°7 : la robe montre de légères traces d'évolution. Le nez s'ouvre sur de la griotte, du moka, des épices, du cacao. Le vin est d'une richesse incroyable, l'équilibre est somptueux. Long, d'une grande élégance, tout est magistralement intégré. C'est un grand vin dans sa phase de plénitude que tout le monde a plébiscité comme le plus grand de la soirée.
    Prieuré Saint-Jean de Bébian 93, Coteaux du Languedoc (Pézenas) .

    - Vin n°8 : robe sombre. Nez torréfié et boisé. Le nez révèle un fruité exubérant avec des notes florales prononcées (pivoine ? violette ?). Beaucoup d'amplitude mais tranche un peu par rapport aux vins précédents. Mérite d'être attendu mais tout le monde l'a trouvé si différent que l'on penchait pour la présence de cabernet sauvignon.
    Perdu, puisqu'il s'agit du domaine de l'Aiguelière, Côte rousse 2000, Montpeyroux (Terrasses du Larzac) .

    - Vin n°9 : robe sombre. Nez fruité avec une touche florale anisée très originale. Long, développant un beau volume, c'est un vin solaire qui pâtit de passer derrière les gros calibres précédents, alors que les papilles commencent à saturer. Un vin intéressant à regoûter pour lui-même dans un autre contexte.
    Mas de la Barben, Les Sabines 2000, Coteaux du Languedoc (Terres de Sommières) .

    - Vin n°10 : robe sombre. Le nez, légèrement viandé, fruité et épicé, laisse percevoir un peu l'alcool. Donne une impression de maigreur derrière les autres vins même si je pense que cette impression est faussée. Il n'a pas plu à la majorité des dégustateurs mais il faut impérativement le revoir car j'en avais fait un de mes coups de coeur récemment.
    Château La Voulte Gasparet, Corbières, cuvée Romain Pauc 2000 .

    Pour clore la soirée dans l'exotisme, un Clos des Corbassières, grain noble coeur de clos 2000 du domaine Cornulus , est venu nous apporter une petite touche de douceur dans le monde viril des vins du Languedoc.

    Cette dégustation appelle quelques commentaires. Tout d'abord, cette soirée a vu la consécration de Bébian 93 là  où nous attendions Syrah Léone 93. L'écart est faible mais Bébian a révélé un poil de complexité supplémentaire. Concernant les vins plus jeunes (les deux 93 pouvant être considérés hors concours), la révélation serait la cuvée Baron'Arques qui a surpris tout le monde car nous ne l'attendions pas si bien. Fruit de l'alliance des barons de Rotschild et des Sieurs d'Arques, cette cuvée résulte d'un assemblage de différents cépages (non précisés) des 4 clochers. Plutôt onéreuse, elle est néanmoins de très belle facture. La déception, c'est Romain Pauc 2000 mais l'ordre de passage lui a été défavorable. Le plus atypique, c'est la Côte Rousse 2000 de L'Aiguelière. Pas forcément le style que je préfère. La découverte, c'est le Mas de la Barben, une propriété intéressante située aux portes de Nîmes. La consécration, c'est (pour moi) la Copa Santa 2000, un véritable rouleau compresseur, dans un style que j'affectionne particulièrement. Accueil plutôt mitigé pour Grange des Pères et La Grenadière mais ce sont tous deux de très beaux vins, à attendre encore un peu. J'ai terminé les deux fonds de bouteille ce midi et c'est franchement très bon, l'un comme l'autre. La Maison jaune n'a pas convaincu non plus, trop marqué par la réduction à  mon goût.
    Globalement, aucun vin n'était mauvais et ce fut une vraie belle dégustation, d'un très haut niveau. Et nous n'avons pas épuisé toutes les cartouches languedociennes!

    Probablement à  suivre..., un de ces jours!

    Olif
                   

  • Simplement chocolat, tout simplement...

    Date: le 14/07/2003 à 19:15

    La veille de mon départ en vacances, invitation de quelques amis du Bon Echanson à une dégustation thématique « Vins et chocolat » organisée par le chocolatier Poix-Daude, dont l'enseigne « Simplement chocolat » a pignon sur la grande rue de Pontarlier. Cet artisan passionné milite pour une plus grande reconnaissance de la spécificité de la profession, qui passe pour lui par un enseignement de qualité dispensé dans les L.E.P. et sanctionné par un diplôme de valeur. Lui-même enseigne au lycée de Pontarlier.

    Souhaitant tester la formule en vue de l'organisation de séances similaires ouvertes au public à l'automne, il a réuni quelques gourmands et gourmets pour vérifier les accords, avec prise en charge de la partie vins par le Bon Echanson. D'où notre présence en tant qu'amateurs de vins.

    Tandis que notre ami caviste brosse un petit portrait des vins dégustés, M. Poix-Daude nous donne un cours sur l'élaboration du chocolat, nous explique les différents grands crus, la fabrication des ganaches, le plus souvent par infusion pour plus de légèreté. Ce n'est pas un partisan du « toujours plus fort en cacao » ! Pas de 100% ici, 60-65% maxi pour un équilibre plus raffiné.

    5 vins à  marier, 5 chocolats issus de sa production du moment qui varie selon les saisons.

    - Pacherenc du Vic Bilh Laffitte-Teston 2000 et praliné noisette-chocolat au lait 35% de cacao : un vin moelleux aux notes fraîches d'abricot, légèrement mentholées et un chocolat assez doux, réhaussé par le craquant des grains de praliné. Pas un véritable accord, mais un respect mutuel. Aucun des deux ne prend le dessus ou ne se fond dans une senteur nouvelle, mais laisse l'autre s'exprimer tel quel, avec beaucoup de plaisir.

    - Rivesaltes 98 Mas Cristine et ganache aux fruits rouges, enrobage 55% de cacao : le Rivesaltes est issu de grenache noir et présente une robe ambrée avec un nez de fruits confits et de pruneau à l'Armagnac. Bien fondu, il n'est pas trop alcooleux. La ganache est élaborée avec une infusion de fruits rouges qui apporte légèreté et arômes de fruits prononcés. Il y a là un véritable accord, une gorgée de vin exacerbant les arômes de framboise du chocolat. Très beau !

    - Maury 2000 Mas Amiel et ganache au thym-citron : la robe du vin est noire, le nez est intense sur la cerise à l'eau de vie, l'alcool bien perçu et intégré dans la grande amplitude du vin. La ganache au thym-citron est très rafraîchissante mais les notes citronnées intenses risquent fort de dominer le vin, ce qui est le cas. Le citron écrase la cerise ! Le Maury s'en sort beaucoup mieux avec une simple coque de chocolat noir qui transcende les notes de griotte.

    - Vin de paille L'étoile 98, domaine de Persanges et Breda : ce très joli vin de paille aux notes confites d'abricot, de coing et de fruits secs fait l'unanimité. Le Breda est une création à l'occasion du bicentenaire de la mort de Toussaint Louverture, événement célébré en grandes pompes cette année à Pontarlier, le célèbre général haïtien ayant péri au fond d'un cachot du château de Joux, forteresse médiévale qui garde l'entrée de la ville. C'est une ganache noire avec infusion de noix, de muscade et de poivre. Un vrai chocolat des îles, épicé, comme je les aime. Le poivre et la muscade s'effacent devant les fruits confits pour mieux resurgir en finale. Un très bel accord.

    - Madiran 99, château Laffitte-Teston et ganache au thé, puis ganache à  la violette : un vin rouge pour terminer (l'ordre de service a été déterminé par le chocolatier en fonction de ses chocolats). De légères notes de réduction au nez, pomme blette et ventre de lièvre me laissent à penser qu'il vaut mieux ne pas trop l'attendre et ce d'autant qu'il est moyennement corsé. Accord pas simple avec le chocolat ! Et pourtant ! La ganache au thé gomme les défauts du vin, l'arrondit, tandis que la ganache à la violette les exacerbe. Réellement étonnant !

    Voilà , fin d'une petite soirée fort instructive et constructive, qui confirme que l'on peut marier beaucoup de vins avec le chocolat. Le tout est de bien choisir les deux participants.

    Olif

  • Le millésime 97 à Bordeaux, un bon médicament!

    Date: le 13/06/2003 à 10:01

    Petite série de réunions de travail, très informelles, suivie d'une dégustation, à la cave du Bon Echanson, sponsorisées par des laboratoires pharmaceutiques dont je suis obligé de taire de nom pour des raisons déontologiques.

    Je ne peux que mentionner le slogan retenu pour la première de ces soirées: « Avec D...®, si tu bois comme un âne, tu n'auras pas mal au crâne ». Et c'est un fait !

    Je sais, vous ne vous attendez pas à rêver avec cette dégustation de 97 , mais le budget du dit laboratoire n'était pas pharaonique, ce pour être en conformité avec la législation en vigueur, et pourtant, une très grande bouteille, peut-être la plus grande du millésime en question pour Bob, loin d'être en bout de course et diablement charmeuse. Et trois autres très agréables, à maturité mais pas en déclin, souples et fondues.

    Vins servis non à  l'aveugle et par paires pour une assemblée constituée en grande partie de gens intéressés mais novices.

    - Château Cap de Mourlin 97, Saint-Emilion grand cru classé : couleur rubis soutenu, sans trace d'évolution, tanins fondus et harmonieux, sur un beau fruité (cassis) avec de légères notes boisées. Un vin très arrondi en bouche, tout en délicatesse.

    - Virginie de Valandraud 97, Saint-Emilion grand cru: opposé à Cap de Mourlin, les deux vins jouent dans un registre légèrement différent. Souple et fondu également, robe rubis un peu plus claire, on est plutôt sur le havane, la boîte à cigare et le tabac blond. Le fruité est moins perceptible, probable conséquence d'un style qui fait la part belle au bois et à l'élevage. La matière n'est pas énorme, le vin est très féminin, mais son prix joue nettement en sa défaveur (pas loin du double du précédent !).

    - Château Duhart-Milon 97, Pauillac : robe encore sombre, notes fruitées laissant percer une légère minéralité, un peu de poivron pas trop vert en milieu de bouche, suffisamment long pour être une bouteille très agréable. Aucune trace d'évolution pour ce vin dans sa phase de maturité.

    - Château Lafite-Rotschild 97, Pauillac : avec celui-là , on ne joue pas tout à fait dans la même cour ! La robe est sombre, dense. Le nez embaume sur des notes torréfiées, moka, cacao, de toute beauté. La concentration du vin en bouche est étonnante, pas la moindre petite trace de faiblesse, grande longueur et finale très persistante. Un grand vin, qui démontre qu'il est toujours possible de transcender le millésime si l'on veut s'en donner les moyens. Le plus beau 97 bu à ce jour. Un 1er GCC digne de son rang !

    - Château Rayne-Vigneau 88, Sauternes : une petite douceur pour terminer sur une excellente tarte aux abricots. Très beau botrytis avec une légère touche mentholée qui apporte fraîcheur et longueur. Là , c'est vrai que pour le liquoreux, on aurait pu prendre un 97, mais bon, on ne va pas refuser un 88, quand même!

    La science a encore progressé d'un grand pas hier soir ! Et surtout, n'oubliez pas, pour vos soirées bien arrosées, " D...®, si tu bois comme... ".

    C'était un communiqué des laboratoires ...........(censuré!)

    Deuxième volet de cette série de rencontres professionnelles thématiques autour du millésime 97, axées cette fois sur la circulation sanguine.

    " Avec D...®, vis ta vie à flon, tu n'auras pas mal aux molletons"

    Qu'est-ce que je bosse, moi, en ce moment!

    - Château Le Crock 97 : un peu vert au nez, c'est un vin souple, maigre qui présente un peu d'amertume des tanins. Décharné, il manque d'âme et de profondeur.

    - Château Les Ormes de Pez 97 : très marqué sur le poivron, mais suffisamment mûr pour apparaître souple, fondu et finalement plutôt plaisant, même si assez simple et à terminer, pour ceux qui en ont encore.

    - Château Calon-Ségur 97 : robe grenat, assez claire à la lumière. Nez poivré, poivronné. Les tanins sont bien arrondis, souples et le fruité est charmeur, faisant de cette bouteille un vin tout à fait correct dans sa phase de maturité pour encore une ou deux années, je pense.

    - Château Montrose 97 : la robe est plus soutenue que le précédent. Le nez est encore marqué par de discrètes notes vanillées. En bouche, les tanins sont serrés, à peine austères, mais d'une grande droiture. On note à l'aération l'apparition d'une petite touche d'anis et/ou d'eucalyptus rafraîchissante. Long et concentré, il devrait pouvoir encore s'épanouir avec le temps, mais mieux vaut en profiter maintenant, à mon avis. Pour moi, le meilleur de la soirée, pas au niveau du Lafite, évidemment.

    Cela confirme qu'il y a encore quelques beaux 97 à boire en ce moment mais qu'il serait bon de les écluser définitivement afin de pouvoir passer à autre chose !

    Olif

  • Le GJP a descendu la syrah...!

    Date: le 28/05/2003 à 10:20

    Petite descente du Rhône en syrah, avec 6 rameurs et 2 barreuses, pour le Grand Jury Pontissalien hier soir. Du Valais à Saint-Joseph, avec un petit crochet en Australie, une belle série de 10 syrahs servies à l'aveugle et par paires ; le choix s'est porté sur 2 AOC Valais, 2 AOC Côte Rotie (dont une censée être très grande), 2 AOC Hermitage, 2 AOC Saint-Joseph, 1 vin de pays de l'Ardèche, à titre d'étalon, et une Shiraz australienne produite par un grand nom du Rhône. Choix totalement subjectif, déterminé par les bouteilles que nous avions en cave, et qui ne se veut absolument pas représentatif de la production rhodanienne. Les millésimes s'échelonnent de 1985 à 2001.

    Y a-t'il une unité « syrah » en Rhône ? Une appellation sort-elle du lot ? Autant de questions auxquelles nous n'avons aucunement l'intention de répondre, ayant surtout pour objectif de faire une belle dégustation !

    J'adopterai le même principe que la fois précédente (chardonnays du monde) pour le compte-rendu de dégustation, à savoir commentaires et appréciation des vins dans l'ordre de la dégustation, puis je vous révélerai l'origine de ces vins, pour ménager les surprises et du suspense.

    Tous les vins ont été carafés en début d'après-midi.

    Vin n°1 : au nez, un léger goût de bouchon, confirmé par la bouche, et qui s'amplifie à l'aération. Dommage ! Il semblait y avoir une matière intéressante derrière.

    Vin n°2 : un vin jeune, qui développe un fruité intense et fougueux au nez. De demi-corps, je le trouve un peu court et simple, quoique plaisant et bien fait.

    Vin n°3 : avec celui-là , on passe aux choses sérieuses ! La robe est noire, impressionnante. Un vin dense et épais, à la texture presque soyeuse, sur les fruits noirs teintés de goudron. Grande longueur, puissance, des tanins immenses, c'est grand !

    Vin n°4 : franchement bouchonné, imbuvable !

    Vin n°5 : de nouveau un sacré client ! Un boisé de qualité, assez marqué, n'efface pas le fruité épicé. On retrouve une discrète touche mentholée à l'aération. Très ample, long, la finale est un peu chaude mais la matière est énorme. Cela devrait mieux s'intégrer d'ici quelques années. Deuxième grand vin de la soirée. J'avoue préférer légèrement le n°3, plus immédiat et à l'élevage harmonieux, contrairement à la majorité des dégustateurs.

    Vin n°6 : la robe est encore soutenue et le nez est franchement superbe, sur des arômes tertiaires de pruneau, d'humus et de sous-bois. Encore tout fringant et tonique, nous sommes devant un vin évolué dans sa phase de maturité. Très beau !

    Vin n°7 : plus léger, souple mais fruité, nous y décelons un peu de verdeur mais aussi de sucrosité. Il supporte mal la comparaison avec le précédent.

    Vin n°8 : la robe est encore sombre mais de légères traces d'évolution apparaissent sur le bord du disque. Il développe un beau volume en bouche, sur les fruits épicés, mais termine un peu court. On devine le grand vin potentiel mais il n'est pas abouti. Nous nous attendons à une petite déception lors de la révélation des vins !

    Vin n°9 : là aussi, une grande bouteille potentielle. Malgré une pointe d'évolution, un vin intéressant de par sa puissance et sa longueur, mais je lui reprocherais un manque de personnalité. Ample et long, il est plutôt bien apprécié par les dégustateurs.

    Vin n°10 : le nez est discret, un vin timide ! Les fruit rouges s'accompagnent de notes florales qui m'évoquent la pivoine (justement, notre hôtesse en a un bouquet qu'elle s'empresse de me faire sentir !). Déséquilibré, avec une finale alcooleuse, il déroute un peu par son expression très particulière du cépage.

    Dégustation d'un plutôt bon niveau, survolée par les vins 3 et 5, le n°6 étant à classer hors concours du fait de son âge vénérable qui le rend très facile à identifier pour nous. Deux vins bouchonnés sur 10, c'est beaucoup également.

    « Les résultats ! Les résultats ! » clame la foule en liesse à  l'issue de la dégustation !

    Patience ! ils arrivent !

    Vin n°1 : première grosse déception pour ce vin bouchonné, Saint-Joseph Les Granits 95, Chapoutier. Pas de chance, nous attendions beaucoup de cette bouteille.

    Vin n°2 : Vin de pays de l'Ardèche 2001, les vignerons ardèchois. Ce vin a été identifié facilement du fait de sa simplicité mais il faut reconnaître qu'il ne démérite pas complètement par rapport aux cadors qui vont suivre, et que son prix de 3,80 euros le rend très compétitif.

    Vin n°3 : Côte Rotie Brune et blonde 98, Guigal. Alors là , je suis troué ! Déçu par la même en 97, je ne m'attendais pas à  trouver un vin d'un tel niveau ! Grandiose !

    Vin n°4 : Saint-Joseph 95, Chèze. Pas de chance pour Saint-Jo dont nous ne parviendrons pas à  apprécier les mérites ce soir-là .

    Vin n°5 : celui que j'aurais volontiers placé en vin n°3, Côte Rotie La Mouline 97, Guigal. Cela devait être le plus grand, ça l'est, même si j'ai préféré le plaisir plus immédiat de la B&B 98. En les regoûtant les deux comparativement par la suite, La Mouline révèle quand même une plus grande complexité, mais son boisé doit encore mieux se fondre. Un beau moment gustatif.

    Vin n°6 : on l'a tous reconnu, c'était l'Hermitage La Chapelle 85 de Jaboulet. Magnifique !

    Vin n°7 : Syrah valaisanne des Frères Philippoz à  Leytron. Pas encore au niveau des plus grands vins du Rhône !

    Vin n°8 : Hermitage 96 Monnier de la Sizeranne, Chapoutier. Une relative déception avec ce vin qui évolue plutôt rapidement.

    Vin n°9 : Shiraz d'Australie 99, Chapoutier. Un vin assez technologique, je trouve, mais plutôt bien fait qui sauve l'honneur de la maison Chapoutier lors de cette soirée.

    Vin n°10 : Syrah du Valais, Cayas 2000, Germanier Bon Père. Pas totalement convaincante non plus, les syrahs de nos amis Suisses ont encore des progrès à faire pour s'aligner sur les classiques du Rhône. Cela ne devrait pas tarder à venir s'ils travaillent d'arrache-pied dans le bon sens.

    Bien évidemment, cette dégustation se veut juste un instantané, les vins n'étant pas comparables, du fait de l'hétérogénéité des millésimes.

    Merci à Valérie et François pour l'organisation parfaite de cette soirée, d'où Guigal et la Côte Rotie sortent grands vainqueurs.

    Olif

  • Le Priorato en diagonale

    Date: le 27/04/2003 à 21:09

    Pas vraiment une horizontale, ni une verticale, un peu des deux mais plus que cela encore ! Magnifique dégustation des vins du Priorat au salon Arvinis à Morges (CH), en compagnie d'Eric Duret, meilleur sommelier d'Europe en 1998 avec, dans le même temps, découverte de cette région d'Espagne et consécration de sa grandeur, tout ça en 2 bonnes heures qui sont passées très vite.

    Après une présentation d'ordre général par Eric Duret, meilleur sommelier d'Europe en 1998 (je l'aurais pas déjà écrit quelque part, ça ?), nous passons aux choses sérieuses. De 7 vins initialement prévus, la dégustation est passée à 11, avec un fameux bonus ! On ne va pas s'en plaindre !
    Les vins sont servis dans des verres INAO estampillés Arvinis et ont été longuement aérés au préalable. Nous ne les dégustons pas à l'aveugle et ils sont présentés et commentés au fur et à mesure, dans un souci didactique, je suppose.

    Roquers de Porrera 99 : grenache et carignan.
    Robe grenat foncé, brillante sur les bords du disque. Beau nez fruité et réglissé, frais. En bouche, on est sur les fruits noirs avec un peu de verdeur dans les tanins, une grosse mâche en finale mais un vin qui sait rester frais. 14° qui passent inaperçus. Un peu massif mais une bonne introduction au Priorat avec ce vin d'entrée de gamme (35 FS quand même).

    Clos Les Fites 2000 : 2ème vin de Comte Pirenne. Grenache, carignan et cabernet sauvignon (20%).
    Le nez est sur les fruits rouges et noirs avec une touche végétale (eucalyptus). Souple et fruité en bouche, les tanins sont plutôt fins et élégants. Moins extrait que le précédent, il est plus frais que le précédent même si je le trouve un peu trop souple à mon goût. Un style différent du précédent, que l'on retrouvera plus tard chez son grand frère. 20 FS.

    Clos Manyetes 99 : grenache, carignan et syrah (20%). Un vin vinifié pour le compte d'un de ses amis par René Barbier, un des « pères » de l'appellation avec son Clos Mogador.
    Robe sombre, presque opaque. Nez sur les fruits noirs, cassis surtout. Tanins fins et soyeux, beaucoup de classe et d'élégance même si on perçoit un peu plus l'alcool (14,5°) que dans les vins précédents. Note réglissée légèrement amère en finale que je rattachais personnellement au carignan mais qu' Eric Duret (meilleur sommelier d'Europe en 98 si vous ne le savez pas encore) rapporte au terroir fait d'ardoises et de schistes. Très beau vin qui me plaît énormément. 35 FS.

    Cims de Porrera 99 : 70% carignan, 30% grenache.
    Robe opaque. Nez sur la liqueur de fruits noirs, cassis, réglisse, témoignant d'après Eric Duret (meilleur... Bon, j'arrête !) d'une extrême maturité du carignan. Bouche ample, profonde, puissante, intense. Longue finale rémanente sur une légère amertume. Magnifique !

    Comte Pirenne 2000 :grenache, carignan, cabernet sauvignon (20%).
    Nez légèrement réglissé, un peu boisé, sur la liqueur de mûres. Les tanins sont polissés, d'une agréable souplesse, tout en développant un beau volume. Un style que je trouve un peu plus international. Est-ce dû à la présence du cabernet sauvignon ?

    Clos Martinet 2000 : grenache, syrah, carignan (15%).
    Le nez développe un fruité légèrement mûr, qu'Eric Duret (...) rattache à des notes oxydatives de poire blette. D'une grande élégance en bouche, avec une texture veloutée qui tapisse le palais (du velours, Averroes, du velours !). Sensation de chaleur réconfortante en fin de bouche. Très beau vin mais le nez me gêne tout de même un petit peu. Une hypothèse a été avancée par qui vous savez pour expliquer ce léger défaut, l'attribuant aux fûts, peut-être d'origine américaine.

    Vall Llach 2000 : carignan, merlot, cabernet sauvignon.
    Le nez est plus réservé, toujours sur les fruits noirs mais la présence du boisé est plus perceptible. Les tanins sont marqués, c'est un vin extrait, puissant et boisé, d'un style radicalement différent des précédents, peut-être un peu formaté pour le palais de notre ami Bob. Je suis un peu moins convaincu! Tout en reconnaissant que l'on n'a pas affaire à un petit calibre.

    Clos Mogador 2000 : carignan minoritaire (seulement 10 %), grenache et cabernet sauvignon à proportions égales, 20% de syrah. On retrouve pourtant les arômes caractéristiques de liqueur de mûres. Les tanins sont civilisés et élégants, la texture est soyeuse. C'est un vin chaud et frais en même temps, équilibré dans la puissance, affichant un style un peu nouveau pour le domaine d'après les connaisseurs, notamment qui vous savez. C'est en tout cas un très beau vin.

    Après les zigzags et l'horizontale, nous partons cette fois-ci à  la verticale descendante !

    Clos Mogador 1999 : pas de syrah dans ce millésime, à la différence de 2000, et je le trouve plus marqué carignan. Plus puissant de ce fait, il arbore une finale également légèrement plus amère. Très beau vin aussi, il est pourtant très différent du 2000, se rapprochant un peu plus de Cims de Porrera du même millésime.

    Clos Mogador 96 : la robe commence à montrer de très légères notes d'évolution. Le nez est un peu plus animal, avec des notes de cuir et de sous-bois. Les tanins sont très ronds mais le vin reste puissant et chaleureux. Longue finale réglissée. On peut préférer les expressions plus jeunes de ce cru mais il ne montre cependant aucun signe de déclin.

    Clos Mogador 91 : un des premiers millésimes du cru. La robe est tuilée mais encore relativement sombre. Le nez développe des arômes tertiaires de sous-bois, de champignon et de cuir. Je le trouve fondu, harmonieux et caressant mais la finale est un peu alcooleuse. Ce vin a été carafé depuis la veille sinon il se serait révélé extrêmement dur dans ses tanins, ce qui est tout de même un peu étonnant. Vin intéressant de par l'aperçu qu'il donne sur l'évolution du style de la propriété depuis ses débuts. On peut néanmoins lui préférer les millésimes plus récents.

    Fin de ce passionnant voyage en Catalogne. On peut simplement regretter que ces vins, produits en quantités très limitées, soient aussi chers et aussi difficiles à se procurer.
    Je ne suis pas complètement convaincu de l'apport des cépages bordelais, notamment le merlot, qui risque d'avoir un peu de mal à s'exprimer du fait des conditions climatiques particulières peu adaptées à son bon développement, mais pourquoi pas !

    Le plus grand vin de cette dégustation fut pour moi Cims de Porrera 99, suivi de près par Clos Mogador 99 et 2000. Clos Martinet est à mettre un cran en dessous du fait du manque de netteté arômatique de son nez, même si sa texture est presque parfaite, Vall Llach ne m'a pas vraiment emballé.
    Le Clos Manyetes, de par son prix relativement attractif, est à inscrire au registre découverte. Je ne suis pas sûr qu'il soit facile à trouver pour autant !

    Voilà , il s'agissait pour moi d'une réelle découverte et j'espère avoir l'occasion de boire à  nouveau ces vins un jour.

    Olif

  • Vosne-Romanée, force et finesse!

    Date: le 01/05/2003 à 10:21

    Opposition totale de style, hier soir dans la cave du Bon Echanson à Pontarlier, pour une joute amicale entre deux domaines de Vosne-Romanée. Deux expressions d'un (quasi) même terroir à des lieues l'une de l'autre.

    A ma gauche, le domaine Mongeard-Mugneret, 25 ha, répartis sur 23 appellations, plutôt bien doté en grands crus ; à ma droite, le domaine Lamarche, 8 ha 68, de nombreux grands crus dont un en monopole.

    Les vins sont dégustés par paires, non à l'aveugle, sauf pour les grands crus, carafés à l'avance. Petit jeu (facile !) destiné à nous faire reconnaître le style du domaine après l'avoir apprécié sur un village, puis un premier cru.

    - Vosne-Romanée village 1998, domaine Lamarche : robe rubis brillante, sans trace d'évolution. Un vin concentré, massif avec des tanins serrés, témoins d'un boisé marqué, même si pas agressif, en train de s'harmoniser. Encore un peu austère à ce stade, il est doté d'une bonne allonge. Force et puissance, il devrait gagner à vieillir encore un peu.

    - Vosne-Romanée village 1998, domaine Mongeard-Mugneret : la robe est rubis légèrement tuilée. Le nez est très ouvert, épanoui, sur le fruit avec quelques notes de sous-bois. De demi-corps, mais avec une bonne longueur, c'est un vrai vin plaisir dont l'évolution relativement rapide peut surprendre par rapport au précédent. Finesse et élégance toutefois, même si je ne l'attendrais pas trop.

    - Vosne-Romanée 1er cru Les Suchots 1996, domaine Lamarche : nez puissant sur la sciure de bois un peu brûlée. Encore un vin massif, puissant, avec un gros volume en bouche et une certaine raideur des tanins. Le boisé devrait pouvoir se fondre dans cette énorme matière mais il faudra être patient.

    - Vosne-Romanée 1er cru Les Orveaux 1996, domaine Mongeard-Mugneret : le nez est ici tout en fruit, avec des notes florales (pivoine ?). Une belle trame acide procure de la longueur à ce vin qui s'exprime tout en finesse. De la dentelle, surtout comparé au précédent, dans un style souple et élégant.

    - Grands Echezeaux 2000, domaine Lamarche : nez puissant, un peu alcooleux, sur lequel viennent se greffer des notes boisées. Visiblement, une extraction poussée qui donne un vin puissant, dans un style démonstratif.

    - Grands Echezeaux 2000, domaine Mongeard-Mugneret : très fruit encore une fois, fraise, fraise des bois et épices, ce vin développe des tanins soyeux et caressants. Beaucoup d'ampleur, de longueur et de finesse qui laissent percer une légère minéralité du cru, qui ne demande qu'à s'exprimer. La relative souplesse de ce vin qui se laisse déjà très bien boire n'empêche pas qu'il ait encore un gros potentiel à révéler.

    - Grands Echezeaux 97, domaine Mongeard-Mugneret : histoire de clôturer en beauté, un grand cru dans un millésime plus ancien et entrant dans sa phase de maturité. Les fruits rouges s'expriment pleinement avec des notes de fumée, légèrement lardées. Beaucoup de race dans ce vin, toujours dans un registre très fin, et qui s'exprime pendant longtemps, longtemps, longtemps,... Un vin Duracell!

    S'il fallait résumer cette soirée, on pourrait dire qu'il s'agissait bien d'un match puissance contre finesse. Qui a gagné?
    Pour les amateurs de chiffres , on peut décréter le domaine Mongeard vainqueur par 4 vins dégustés contre 3 du domaine Lamarche.

    Olif

  • Chardonnays : Jura 2 - Reste du monde 0

    Date: le 25/04/2003 à 10:10

    Sans volonté de plagier la dégustation de DidierD, l'idée ayant germée de manière totalement indépendante, le GJP (Grand Jury Pontissalien, petite formation dissidente du Club des amis du Bon Echanson) s'est réuni en ce 24 avril pour une grande dégustation de chardonnays du monde, forcément non représentatifs de ce qui se fait dans chaque pays ou région, sans volonté non plus d'affirmer la suprématie de l'un ou l'autre (même si force est de constater que... ! winking smiley ), dans une gamme de prix allant de 10 à  30 euros.

    Pour ne pas être taxés de chauvinisme, tous les vins ont été dégustés à l'aveugle par série de 3, ce qui fait au total une dégustation de 9 bouteilles retenues sur les 13 proposées initialement.

    Espagne, Suisse, Australie, Argentine, Nouvelle-Zélande, Pays d'Oc, Bourgogne et Jura au menu, dans des millésimes s'échelonnant de 1998 à 2001 ; + une bouteille surprise, d'un millésime beaucoup plus ancien, qui s'est révélée véritablement ...surprenante !

    Je vous livre les commentaires et appréciations de dégustation à l'aveugle pour ménager un peu le suspense !

    - Vin n°1 : robe plutôt claire ; boisé outrancier au nez, vanille et noix de coco très prononcées. Bouche un peu exotique, sur les agrumes et les fruits de la passion, acidulée, avec un côté un peu artificiel. Longueur correcte dans un style très tape-à -l'oeil. Modérément apprécié de par son côté archi boisé un peu putassier.

    - Vin n°2 : robe jaune clair ; nez crayeux, arômes fruités artificiels rappelant un peu le désodorisant ( !) associés à des notes médicamenteuses et pharmaceutiques. Vif et acidulé, il est plutôt, pour ne pas dire franchement déplaisant.

    - Vin n°3 : robe jaune brillant ; le nez est de prime sur la réserve et s'intensifie progressivement à l'aération sur de belles notes briochées beurrées. Beaucoup d'intensité et de profondeur. Long, bien structuré, il séduit l'ensemble des dégustateurs car dans un style plus conforme à nos attentes en matière de chardonnay.

    - Vin n°4 : robe d'un bel or déjà vieilli ; nez beurré, caramel au lait, moka, très beau, racé. Bouche encore nerveuse, structurée par une belle acidité, contre balancée par une pointe de gras. Grande longueur avec rémanence des arômes de moka en finale. Il s'agit sans aucun doute de la bouteille surprise, beaucoup plus âgée, à son apogée et loin de décliner. Personne à ce stade, hormis moi, ne connaît la provenance ni l'âge de ce vin, mais tout le monde s'accorde pour dire que c'est très beau et très bon.

    - Vin n°5 : robe d'un beau jaune soutenu ; nez sur les agrumes et les fruits exotiques. Le boisé, bien que perceptible, est relativement bien intégré, non envahissant. Bouche ample, avec du gras, légèrement citronnée. Un vin très honnête, plutôt plaisant.

    - Vin n°6 : robe jaune clair ; nez peu expressif qui s'ouvre à l'aération sur des notes plutôt minérales (craie). Pas vraiment mauvais mais peu de personnalité, assez neutre.

    - Vin n°7 : robe très claire ; nez fruité, sur les agrumes, raisonnablement exubérant si je puis dire. Bouche ample, acidité bien équilibrée. Pas immensément profond mais tout à fait correct.

    - Vin n°8 : si la robe est jaune, le nez et la bouche, eux, sont verts ! Un concentré d'acide (citrique ?) qui entraîne chez moi une crispation de la mâchoire avec douleur en avant de l'oreille, phénomène maintenant bien connu sur LPV, à la limite de la buvabilité. Pouah !

    - Vin n°9 : robe jaune clair ; nez légèrement éthéré avec des notes de (dis)solvant ( ?), pas très net. Mal défini en bouche, un peu crayeux et déséquilibré. Pas terrible !

    Incontestablement, le n°4 et le n°3 sont les meilleurs vins de la dégustation (même si l'on peut mettre hors concours le n°4 du fait de son grand âge) et le n°8 le plus mauvais.

    Résultat des courses :

    - Vin n°1 : chardonnay Suisse 2000, Michel Ryser de Bonvillars. A noter que ce vin a obtenu la médaille d'or au concours des chardonnays du monde 2002 à Mâcon (je sais, ça ne veut pas dire grand chose !). De par ses arômes, on peut le qualifier de vin le plus « exotique » de la soirée ! Où est le terroir ?

    - Vin n°2 : vin de pays d'Oc 2001, Primo Palatum. Une cuvée apparemment ambitieuse et au final très décevante.

    - Vin n°3 : Arbois 98, Les Graviers, Stéphane Tissot. Le premier millésime de ce très beau chardonnay ouillé du Jura qui se bonifie au vieillissement. Superbe !

    - Vin n°4 : Arbois chardonnay 1969, vinifié par André Tissot, bouteille cadeau de Stéphane, dénichée dans la cave particulière du domaine, en vue de cette dégustation. L'aptitude au vieillissement de ce vin est réellement étonnante et confirme à mes yeux le réel potentiel de la région, apte à produire de très grands vins blancs. Aucune note oxydative dans ce vin, donc chardonnay vraisemblablement déjà ouillé.

    - Vin n°5 : Terrazas de Los Andes 2000, Tupungato, Mendoza, Argentine. Plutôt une bonne surprise, mais une bouteille pas vraiment donnée question prix. Sébastien H., qui nous lit régulièrement sans avoir franchi le pas de l'expression écrite sur le forum, le confirmera peut-être.

    - Vin n°6 : Clos Mont Blanc 2001, Conca de barbera, Espagne. Ce vin, qui ne m'avait pas déplu lorsque je l'ai dégusté seul il y a peu (cf rubrique Vins d'Europe), supporte mal la dégustation comparative. Honnête, sans plus.

    - Vin n°7 : Jacob's Creek 2001, Australie. Le candidat australien s'en sort plutôt bien en proposant un vin très agréable.

    - Vin n°8 : Cloudy Bay 2000, Nouvelle-Zélande. LA grosse déception de la soirée, un vin totalement indigne de son rang et de son prix (29 euros, c'était le plus onéreux !). J'ai conservé le fond de bouteille pour apprécier d'éventuelles améliorations à l'aération (je n'y crois pas !).

    - Vin n°9 : Chassagne-Montrachet 1er cru 1999, Marquis de Mac Mahon. Deuxième déception de la soirée avec ce blanc bourguignon d'un pourtant très bon millésime, qui se révèle très en dessous de ce que l'on pourrait en attendre.

    Cette dégustation totalement subjective appelle quelques commentaires :

    La grosse surprise - mais en est-ce vraiment une ? winking smiley ... c'est que les vins du Jura tirent très bien leur épingle du jeu parce qu'ils correspondent surtout à nos attentes en matière d'expression du chardonnay. Peut-être que mon palais est formaté pour ce type de vin, mais les autres dégustateurs présents ne sont pas particulièrement habitués aux chardonnays ouillés jurassiens.

    Ce qui est frappant, c'est la diversité des arômes développés par le chardonnay, qui reflète plus souvent à mon avis l'élevage que le terroir : notes beurrées, briochées, torréfiées qui sont de loin celles que je préfère, les plus conformes surtout lorsqu'elles s'expriment en profondeur, notes exotiques d'agrumes, souvent un peu artificielles, que j'ai, pour ma part, plus l'habitude de retrouver dans le sauvignon, notes minérales pas toujours très nettes qui dans le cas présent révélaient plutôt des défauts.

    A défaut d'avoir été une très grande dégustation, cette soirée fut donc très instructive en plus d'être éminemment sympathique. Vivement la prochaine, concrétisation d'un grand projet évoqué naguère, ici et ailleurs, la descente du Rhône en Syrah . Avec au programme de très grands vins même si aucun du Jura grinning smiley .

    Olif

    lapassionduvin.com

  • Sociando-Mallet, le plus classe des Bourgeois: la preuve par 9

    Date: le 14/02/2003 à 09:47

    On a donc déjà beaucoup parlé de Sociando-Mallet, un des plus fameux crus bourgeois actuels dont tout le monde estime le niveau à celui d'un bon 3ème cru classé et qui est capable sur certains millésimes d'égaler, voire de dépasser les plus grands, même si cela est contesté par les ardents défenseurs de la hiérarchie bordelaise archaïque (là , je prends ouvertement position !).
    Sociando tient une place particulière dans mon coeur car j'en ai fait depuis de nombreuses années mon cru fétiche (il en fallait un et je ne regrette absolument pas mon choix, même si nous sommes nombreux dans ce cas et notamment parmi mes amis qui ont emboîté le pas !) et je possède tous les millésimes depuis 1990. C'est pour cette raison que c'est également le vin du Bordelais que je connais le mieux pour l'avoir goûté, souvent plusieurs fois, dans bon nombre d'années, y compris le célèbre 82 dégusté récemment par ailleurs.

    D'un point de vue historique, on retrouve trace de cette propriété située à Saint-Seurin de Cadourne, à l'Ouest de Saint-Estèphe, depuis 1633, lorsqu'elle appartenait à sieur Sociando, qui lui a donné son nom pour moitié, jusqu'en 1850, date à laquelle Mme Mallet se porte acquéreur et y accole son nom pour donner naissance au château Sociando-Mallet que nous connaissons actuellement, même si la qualité n'était pas encore forcément au rendez-vous.
    De 1876 à 1969, cinq propriétaires se sont succédés, qui n'ont guère laissé de souvenirs, si ce n'est qu'ils ont eu la bonne idée de ne pas rajouter leur nom à celui du domaine, ce qui l'aurait considérablement alourdi !
    En 1969, la propriété compte 5 ha et n'a guère bonne réputation. Les vignes et les chais sont quasiment à l'abandon. C'est cette année-là que Jean Gautreau, négociant et ancien tennisman, à la réputation de dilettante, rachète cette propriété en bordure de la Gironde. Il n'aura de cesse alors de reconstituer un vignoble digne de ce nom, d'un seul tenant, et de l'agrandir, puis de rénover les chais et le cuvier.
    Sociando-Mallet commence alors véritablement à faire parler de lui au début des années 80 avec un millésime 82 considéré comme d'anthologie. Plusieurs bonnes années se succèdent, avec un 86 à la réputation flatteuse, un 87 très réussi malgré la petitesse du millésime, et un beau 89.
    Puis commence la décennie 90, objet de cette verticale, où la qualité des vins ne cesse d'augmenter, Sociando venant même titiller les plus grands. Jusqu'en 96, les prix en primeur étaient une véritable aubaine, on assiste depuis à un ajustement du fait de sa qualité et sa réputation, mais ceux-ci restent tout de même très raisonnables.

    C'est donc dans la cave du Bon Echanson, à Pontarlier, que nous nous sommes réunis pour une dégustation prometteuse. Les bouteilles ont été ouvertes dans l'après-midi par notre ami caviste, non carafées, et nous avons décidé de les déguster en semi-aveugle, deux par deux comme nous avons souvent l'habitude de le faire. Les millésimes dégustés ayant été dévoilés au fur et à mesure, la dernière bouteille a été découverte par tous les participants et ce fut bien la seule !
    Ambiance conviviale et bon enfant comme à notre habitude mais tout le monde a quand même bien écouté les commentaires et explications du maître de cérémonie. Nous avons donc à déguster 9 millésimes, à savoir 88, 90, 91, 92, 93, 94, 95, 96 et 97, servis dans un ordre connu du seul caviste.


    Premier service !

    Le premier vin présente une robe pourpre, légèrement trouble ; il nous semble âgé. Un nez d'abord fermé, qui s'ouvre sur du fruit mais qui y associe une pointe d'iode (de la Bétadine® pour les nombreuses personnes du milieu médical présentes dans l'assemblée). Un manque certain de longueur, avec une finale un peu courte (« il bloque devant et il n'y a plus rien derrière » souligne un des dégustateurs). Ce vin est toutefois très honnête et pas encore sur le déclin, ce qui est une petite gageure quand on connaît le millésime, en l'occurrence 92.

    Le deuxième vin révèle une belle robe grenat, sans trace d'évolution, avec un beau nez agréablement fondu, sur de fines touches de havane et un léger boisé. Les tanins sont fins et soyeux et libèrent à l'aération un cassis explosif et envoûtant. Souplesse, harmonie, équilibre ! Ce vin semble encore très jeune. Beaucoup (dont moi) le situent en 97. Surprise, c'est un 91, qui étonne réellement par sa fraîcheur et sa jeunesse.

    Deuxième service !

    Le troisième vin nous offre une robe grenat et un nez de moka, très torréfié, avec des nuances cacaotées, des tanins fins et serrés. Flatteur, fondu et agréable, il séduit la majorité des dégustateurs même s'il n'est pas d'une grande complexité. C'est un 93.

    La robe du quatrième vin est d'un grenat plus soutenu, presque opaque. On retrouve de nouveau au nez des nuances iodées qui troublent le fruité. Si la matière est dense, on peut lui reprocher un manque d'élégance et une certaine austérité avec de la sécheresse en finale. Il fait craindre à nombre de dégustateurs une évolution défavorable vers plus de sécheresse. La faute au millésime ? C'est un 94.

    Troisième service !

    Avec le cinquième vin, on arrive aux choses sérieuses ! Le nez est splendide, complexe, sur la boîte à cigares, le cèdre, le fumé. Il emplit les narines d'un parfum envahissant. La bouche est volumineuse avec une matière dense, noble, sur des tanins serrés et chatoyants, et présente une grande longueur. C'est un grand vin qui impressionne l'ensemble des dégustateurs. 95 ? 96 ? Eh non ! Enorme surprise, c'est le 97 ! Un vin fabuleux qui démontre que, quel que soit le millésime, il est possible de faire bon si on veut s'en donner les moyens.

    Derrière ce 97 d'anthologie, le sixième vin nous semble un peu fluet, pas désagréable mais il souffre de la comparaison et ses arômes sont un peu écrasés par le précédent. Il semble plus âgé et, effectivement, c'est une relative déception : on était en droit d' attendre plus de choses du millésime 88 !

    Quatrième service !

    Il ne reste en principe que des grands, nous ne devrions pas être déçus. Le septième vin présente une robe sombre, presque noire, et s'ouvre sur un nez très torréfié, moka et cacao. Une matière très dense avec une acidité bien ressentie qui procure une immense longueur avec de la mâche en finale. Un vin juvénile, énorme et magnifique. Le plus grand jusqu'à présent et c'est le 95.

    Le huitième vin me semble être le petit frère du précédent, tout aussi beau sur le moka et le cacao, avec une matière que je trouve légèrement en retrait par rapport à 95, mais si peu ! On joue à présent dans un registre de haut niveau. Encore un vin très jeune et vous aurez deviné que l'on a affaire à 96. Impressionnant !

    Cinquième et dernier service !

    La neuvième bouteille, gardée pour la bonne bouche, même si on peut considérer que c'est une erreur de la servir en dernier, les papilles pouvant commencer à fatiguer, c'est le 90. J'avoue cependant que j'aime bien ce côté crescendo car on a l'impression de franchir des paliers et le vin que l'on goûte semble toujours supérieur au précédent. L'inverse ferait trop souffrir de la comparaison les vins moins puissants. La robe de ce 90 est encore opaque avec toutefois de légères nuances plus claires sur les bords du disque. Le nez est plein, fruité, torréfié, et, en bouche, la matière est impressionnante, volumineuse, avec une rondeur, que n'ont pas encore les millésimes plus jeunes, qui tapisse et caresse le palais à l'infini. Admirable !

    S'il faut hiérarchiser, mon classement personnel sera donc le suivant : 90, 95, 96, 97, 91, 93, 94, 92, 88. Mais tous les millésimes obtiennent sans problème la moyenne.

    On termine la dégustation par un petit dessert, une excellente tarte aux pommes de Mme l'échansonne, accompagné d'un petit café, et c'est le retour (à pied !) à la maison, par un petit moins 10°C qui vivifie et maintient les sens en éveil. Un grand moment vient de se terminer et je dois avouer que les verticales des crus bordelais nous ont toujours procuré une immense satisfaction, même si, personnellement et actuellement, je suis plus enclin à découvrir d'autres appellations. La magie de Bordeaux fonctionne toujours ! Et Sociando-Mallet est un très grand vin, d'une régularité exemplaire !

    Olif

    lapassionduvin.com

  • De la transhumance des huîtres...

    Date: le 12/12/2002 à 13:26

    Chaque année, phénomène immuable, lorsque les feuilles commencent à se ramasser à la pelle, ce coquillage pierreux empoigne son bâton de pèlerin et quitte son parc ostréicole, fuyant la traditionnelle marée noire de Noël, pour gagner les blancs pâturages de la montagne et s'épanouir en liberté, petit caillou sur le chemin.

    Son long périple est pourtant semé d'embûches et notre brave coquillage va devoir affronter une foule de dangers ; son pire ennemi est un prédateur redoutable : l'homme des montagnes, en carence iodée perpétuelle, qui a découvert, après des siècles passés à se lester l'estomac, que l'intérieur du caillou était mou et plus facile à digérer lorsqu'il était ingurgité seul.
    Un peu désemparées par le froid, on retrouve nos amies les huîtres en bande, souvent devant les vitrines du poissonnier, lorsqu'elles ont cru reconnaître un ancien ami poisson qui leur rappelle alors cruellement leur pays natal. C'est là qu'on peut les cueillir facilement à la main, par douzaines, ayant seulement à faire face à la vindicte de notre Ordralfabétix montagnard, fort heureusement non gavé de potion magique.

    C'est au moment précis où elles ouvrent le bec pour appeler au secours qu'il faut leur briser net la mâchoire, d'un coup sec, pour s'en régaler en s'abreuvant de vin blanc.

    A ce stade du récit, le lecteur de LPV se demande certainement si je n'ai pas pété un câble ! Il n'a pas entièrement tort! Alors, après ce préambule naturaliste et poétique, rentrons enfin dans le vif du sujet.

    C'était hier soir la traditionnelle soirée huîtres de l'association des amis du Bon Echanson. Soirée très conviviale, plutôt festive, où nous avons l'habitude de tester les meilleurs vins blancs destinés à accompagner ce mets simple, mais royal pour de pauvres jurassiens sevrés d'embruns.

    La séance de l'ouverture est un grand moment réservé aux gens armés d'un bon couteau et sachant s'en servir. Les huîtres sélectionnées chaque année sont des spéciales n°3 de chez Gillardeau, célèbre ostréiculteur de Charente, le top de l'huître ! Le salaire de l'ouvreur, en plus de quelques chapeaux d'huîtres prélevés par ci par là , c'est un petit verre de vin, en l'occurrence un Château Haut-Bertinerie 1999, petit Graves blanc frais et fruité, vif et gouleyant, bien sympathique.

    Passons enfin aux choses sérieuses :

    - Montagny 1er cru 2000, Château de la Saule : une appellation fort méconnue et un vin à  la robe très claire, vif, minéral, parfait sur les huîtres.

    - Riesling Bennwihr 2000, Jean-Michel Deiss : une erreur de casting ! C'est un très beau riesling mais la présence de sucres résiduels le place hors-sujet sur les huîtres!

    - Ménetou-Salon Morogues 2000, H. Pellé : un sauvignon archétypique qui se plaît bien également avec les coquillages. Bonne vivacité.

    - Saumur 2000, domaine Langlois-Château : assemblage 80% chenin, 20% chardonnay. Nez discret de pomme, un modèle de structure minérale, un vin long et très sec. Mérite de vieillir et n'est pas trop à sa place sur les huîtres du fait de son caractère excessivement sec, à la limite de la dureté.

    - Clos Floridène 1998 : un nez typé de sauvignon, très pipi de chat, déroute les dégustateurs ! Inhabituel pour un Graves, je trouve. Mais ce nez s'estompe rapidement pour s'ouvrir sur les agrumes. La structure en bouche est belle, onctueuse, longue. Le boisé est à peine perceptible. Mérite de vieillir un peu pour s'harmoniser et perdre ses notes variétales de sauvignon. A mon avis, la plus belle bouteille de la soirée. J'ai un faible pour les vins de Graves sur les huîtres, à la condition que ces dernières soient plutôt charnues et pas trop iodées.

    - Château Bouscassé 1998, Pacherenc sec : un vin un peu austère, acide, peut-être passé. M'a très peu inspiré hier soir !

    - Auxey-Duresses 1999, Comte Armand : ah ! ça sent bon la Bourgogne et le chardonnay ! Des notes beurrées en attaque (pas de polémique, s'il vous plaît !), peut-être trop pour un Auxey car elles masquent la minéralité du terroir, étant vraisemblablement apportées uniquement par l'élevage. Un vin controversé même si très flatteur et plutôt agréable. Ce côté un peu beurré convient bien à ces huîtres spéciales qui développent elles-mêmes des arômes de noisette (on y revient toujours, au beurre et à la noisette !)

    - Château Reynon 2000, Cadillac : une gâterie pour terminer et accompagner le dessert. Un beau liquoreux vinifié par Denis Dubourdieu , extrêmement agréable, restant très frais en bouche.

    Voilà , fin de la soirée ! Les plus courageux se sont octroyés un petit digestif, j'ai préféré faire l'impasse ! Cela ne m'a visiblement pas empêché de délirer un peu ce matin!

    Ostréicolement vôtre,

    Olif

    lapassionduvin.com

  • Jura : des terroirs multiples pour un goût unique ?

    Date: le 15/12/2002 à 11:13

    La question de la typicité jurassienne me taraude depuis quelque temps : typicité de terroir ou typicité de goût ?

    Je l'ai déjà souvent évoquée au fil de mes messages, à travers les dégustations que j'ai effectuées mais j'ai voulu « enquêter » de façon plus approfondie dans le but de tenter de répondre aux questions que je me pose, et, éventuellement de vous faire profiter de quelques éléments de réponse.

    Y'a-t'il un ou plusieurs terroirs jurassiens ?
    Y'a-t'il une unicité du goût en Jura ?


    Les relativement récentes cuvées parcellaires ouillées de S. Tissot, A. Labet, et d'autres encore, tendent à prouver qu'on peut sortir du sempiternel goût de jaune, fer de lance de la culture viticole jurassienne. Mon propos n'est pas de parler de ce produit phare du Jura, mais force est de constater que bon nombre de cuvées de blancs élaborées sur un mode oxydatif aboutissent à une uniformisation du goût, qui plaît tant aux autochtones mais qui rebute un peu l'amateur non initié, même si cela peut constituer une bonne introduction au monde du vin jaune.

    Pour illustrer mon propos, après un petit rappel géologique bienvenu, y compris pour moi, je me suis amusé à voir si l'on peut dégager quelques caractéristiques liées au terroir à travers un échantillonnage (non représentatif !) de chardonnays issus de différents terroirs jurassiens.


    Petit rappel géologique :

    Le vignoble jurassien est planté sur une bande qui court de Salins les Bains à Saint Amour (pas celui du Beaujolais !), englobant une surface de 1700 ha sur environ 80 km de long.
    De Saint Amour, au sud du Jura, à Lons le Saunier, les vignes occupent le bas des pentes du Revermont, avec une exposition générale ouest, parfois sud ou sud-ouest. Le terrain est constitué d'éboulis calcaires mêlés à des argiles du Lias, formant d'excellentes terres à vignes, pierreuses et chaudes, facilitant la maturité du raisin, qui peut devancer d'une dizaine de jours celle du nord du département. De nombreux petits villages vignerons, en appellation Côtes du Jura, constituent le vignoble ; Rotalier est peut-être le plus connu, c'est la patrie d'Alain Labet.

    Vers Lons, le vignoble s'élargit, l'orientation est extrêmement variée. Le sol est composé de marnes bleues, grises ou noires du Lias. Ce sont des terres riches, profondes et fraîches qui donnent les vins de l'appellation L'Etoile et ceux d'Arlay, en Côtes du Jura.

    Plus au nord, , de Voiteur à Poligny, le vignoble est planté sur des argiles du Lias donnant naissance aux vins de Château Chalon. Les blancs sont toujours en appellation Côtes du Jura.

    De Poligny à Arbois, les coteaux sont constitués de marnes irisées, argileuses et compactes . Des bancs calcaires ou des éboulis pierreux s'y mêlent, sur Arbois, Pupillin ou Montigny, pour fournir les meilleures terres à vigne du Jura, exposées sud.

    Le chardonnay et le pinot noir se plaisent à peu près partout. Le ploussard exige des marnes bleues et rouges, le trousseau donne son meilleur sur les sols filtrants, calcaires (ceux de Montigny, par exemple), le savagnin se régale sur les marnes bleues, de Château Chalon entre autres.

    Voilà , ces quelques notions de base peuvent permettre de comprendre les différentes appellations jurassiennes et la répartition des cépages. On devrait donc pouvoir mettre en évidence des différences gustatives entre les vins provenant des différents terroirs. Ce sera l'objet de la deuxième partie de mon exposé, à venir, peut-être avant Noël si j'en ai le temps.

    Références bibliographiques : « Vins, vignes et vignobles du Jura », éditions Cêtre.


    Les travaux pratiques
    Date: le 10/01/2003 à 11:54

    Pour essayer d'illustrer mon propos, j'ai sélectionné, de façon totalement aléatoire, 6 vins de chardonnay provenant de 6 régions distinctes géologiquement (1 côtes du Jura du Sud Revermont d'A. Labet, 1 vin de l'Etoile, 1 côtes du Jura du secteur de Château Chalon, 1 côtes du Jura de la région de Poligny, 1 Arbois Pupillin, 1 Arbois), ceci afin de voir s'il est possible de déterminer des caractéristiques différentes suivant le terroir. Cette « étude » se veut juste un instantané totalement subjectif et je revendique cette subjectivité.

    - Côtes du Jura 98, domaine Morel-Thibaut, Poligny :

    Robe jaune pâle, nez discrètement oxydatif sur l'écale de noix. La bouche est bien équilibrée avec une pointe de gras en finale. Le côté oxydatif ne ressort que très légèrement et ne masque pas les qualités intrinsèques du vin, très peu minéral, issu en théorie d'un terroir marneux.

    - Arbois Pupillin 98, Paul Benoit :

    Robe jaune pâle. Nez floral, aucune note oxydative. Je ressens une plus grande minéralité en bouche que sur le vin précédent. Bonne nervosité et finale sur des notes légèrement briochées. Un beau chardonnay, subtilement équilibré.

    - L'étoile 99, château de Persanges :

    La robe varie peu par rapport aux précédents. Le nez est sur la réserve à l'ouverture, avec quelques notes d'herbes coupées, puis évolue franchement sur la noix à l'aération. un vin assez sec en bouche, à la limite de l'austérité, qui termine sur des notes oxydatives assez marquées. Difficile de percevoir la part du terroir dans ce vin que l'on pourra par contre trouver très typé Jura.

    - Côtes du Jura 97, Caveau des Byards, Le Vernois (secteur Château Chalon) :

    Le nez est frais, légèrement acidulé, sur des notes de cake au citron. La bouche est vive, agréable et bien équilibrée. Aucune trace d'oxydation dans ce vin dont le terroir laisse bien s'exprimer le cépage, à mon avis, car il me semble correspondre à ce qu'on peut attendre d'un vin de chardonnay.

    - Arbois 98 élevé en fût de chêne, fruitière vinicole de Pupillin :

    Nez légèrement floral et citronné. Une bonne structure acide confère de la longueur au vin. L'élevage en fût n'est pas trop perçu, harmonieusement fondu, et fait que ce vin tout à fait honnête privilégie l'expression du cépage à travers le terroir.

    - Côtes du Jura 99, Alain Labet, Rotalier :

    Une cuvée standard du vigneron « star » du Sud Revermont et un élevage oxydatif qui saute au nez. à‡a sent la noix fraîche à une lieue à la ronde mais pour un palais jurassien, ce n'est pas forcément désagréable. La structure de ce vin me semble tout à fait apte à « digérer » cette élevage qui ne permet par contre en aucun cas d'identifier le cépage ou le terroir.

    Voilà pour la partie gustative ! Ce qui, bien évidemment, ne me permet de tirer aucune conclusion, si ce n'est que les vins élevés dans le respect du cépage sont des vins de chardonnay plus universels que les autres, plus marqués par un régionalisme qui recherche l'association avec la cuisine franc-comtoise et plus particulièrement celle avec du Comté. Difficiles à exporter, donc, et plutôt destinés à une consommation locale, autochtone ou touristique.

    Deuxième remarque qui me vient après cette dégustation, échelonnée sur plusieurs semaines, c'est le niveau tout à fait correct et homogène de ces vins qui restent dans une gamme de prix inférieure à 7 euros.

    Une véritable définition des terroirs se fera probablement d'elle-même, au fil du temps, lorsque l'élaboration de ces cuvées ouillées se généralisera.

    Olif

  • Quelques reliques de Saint-Julien, millésime 1997!

    Date: le 22/10/2004 à 22:04

    1997! Millésime tant décrié, surtout vendu trop cher, mais avec lequel on peut se faire plaisir actuellement.
    Saint-Julien, l'appellation la plus homogène du Médoc, la plus qualitativement régulière, avec des Crus Classés qui tiennent le haut du pavé!

    Est-ce que le mélange de ces deux paramètres allait montrer encore de beaux restes? C'est ce que le GJP, ne reculant devant aucun sacrifice, en association avec le Club des Amis du Bon Echanson de Pontarlier, allait essayer d'apprécier!

    Les vins sont servis non à  l'aveugle, par série de deux, suivant les conseils des châteaux, sauf Beychevelle, qui n'a pas souhaité répondre à  nos interrogations.

    Château Talbot 1997
    Robe soutenue, grenat, encore homogène. Nez légèrement empyreumatique, sur le poivron, le rôti de veau, le gratin dauphinois (coïncidence, c'était le menu du soir! Aurions-nous été influencés?), un peu les épices, la noix de muscade. Les tanins sont bien fondus en bouche, d'ailleurs il n'en reste probablement plus beaucoup, le vin étant un peu court, limite fluide, voire aqueux. Pas déplaisant, mais un peu juste! A boire!

    Château Saint-Pierre 1997
    Un nez très tertiaire, sur le sous-bois, le champignon. Une bouche ample, ronde, avec des tanins encore nettement ressentis en finale. Le nez évolue rapidement sur des notes de bois humide, moins agréables. Une deuxième bouteille, totalement bouchonnée, fait craindre une évolution trop rapide de la première suite à  un problème de bouchon.

    Château Beychevelle 1997
    Sur le poivron bien mûr, avec quelques notes de bois noble, je lui trouve pourtant une structure un peu fluette, limite maigrichonne, terminant un peu court. Plutôt souple, il est néanmoins plutôt bien apprécié par quelques dégustateurs pour sa grande amabilité.

    Château Lagrange 1997
    Premier nez un peu fermé, qui s'ouvre sur des notes de cèdre, de fumée, de poulet rôti. Puissance et alcool encore bien présents, avec une certaine rondeur. Ceux qui ont apprécié Beychevelle lui reprochent un côté trop dur, déstructuré, moins affable en fait. Pourtant, il témoigne d'un grand potentiel et d'une grande droiture. J'aime beaucoup et il n'y a pas urgence à  le boire.

    Château Léoville Barton 1997
    Nez tertiaire, témoignant d'un certain degré d'évolution, sur le sous-bois, le cacao. La bouche est encore bien structurée, arrondie, ample, harmonieuse, avec de la puissance et du volume, bien marquée par l'alcool. Certainement le plus expressif et le plus séduisant de tous, le plus complexe également.

    Château Léoville Las Cases 1997
    Nez très crémeux, boisé, vanillé. L'attaque est ronde, le milieu de bouche se durcit un peu, pour devenir plus strict, voire sévère dans la finale. Beaucoup de longueur, calibrée de façon cylindrique. Classicisme, classicisme ... Je le trouve un peu guindé, trop boisé, manquant singulièrement de relief par rapport à  son presque homonyme, dont le charme baroque me séduit de façon récurrente.

    Au final, une dégustation d'un relativement bon niveau, malgré la petitesse du millésime affiché, dont le mérite est quand même de proposer des vins suffisamment évolués qui permettent de patienter avant d'ouvrir les autres. Lagrange affirme ses prétentions face aux deux Léoville quand même au dessus du lot, dans un style différent, voire opposé, qui possède chacun ses adeptes.
    Mon tiercé: Barton pour son romantisme échevelé, Lagrange pour tout ce qu'il a encore à  dire, Las Cases pour le respect de son rang, Beychevelle pour sa facilité, Saint-Pierre pour sa séduction immédiate, Talbot pour son respect du millésime. Comment, ça fait plus de 3?

    Olif

    http://www.lapassionduvin.com

  • Pari Languedoc Roussillon


    Date: le 26/10/2004 à 18:30


    Organisé par Richard Logier, ex-sommelier à  la maison de l'Aubrac, et les Caves du 41, cette grande dégustation fut l'occasion de faire monter à  Paris les canassons du 41 pour une présentation de leurs poulains à  la presse et aux restaurateurs.
    LPV, grâce à  un allié de choix dans la place, ne pouvait manquer la couverture de cet événement, et, pour être sûr de ne rien rater, a diligenté une quadruple délégation belgo-jurasso-bassenormando-francilienne.

    L'occasion d'un aperçu de ce qui se fait de mieux dans le Sud actuellement. Le Languedoc-Roussillon va t'il gagner son Paris ?

    Marathon gustatif avec 22 domaines présents et pas moins de 80 vins présentés (probablement plus car certaines bouteilles ne figuraient pas sur la liste distribuée à  l'entrée). Le temps imparti et un certain degré de saturation des papilles ne m'ont pas permis de goûter à  tout, ayant même été contraint à  faire l'impasse sur quelques domaines parmi les plus prestigieux (Mourgues de Grès, Clos Marie, Roc d'Anglade, Grandes Costes, Haut Buis, Grimaudes/Perrières, Les Creysses). Quel cruel manque d'entraînement ! Je me sens comme un marathonien qui abandonne au dernier kilomètre !  Hors délais!

    Les domaines seront présentés dans l'ordre totalement subjectif de mon propre parcours, guidé par l'accès aisé vers l'un ou l'autre des vignerons, la foule se pressant parfois autour de certaines tables.

    Château de Jonquières
    On attaque par des retrouvailles avec François de Cabissole et ses vins du Château de Jonquières. Mise en bouche avec le Château de Jonquières 2003 blanc, frais et fruité, vif et minéral de par la présence de chenin dans l'assemblage. Poursuite avec le Domaine de Jonquières 2001 rouge, aux arômes de fraise écrasée, de cassis, un peu animal, un très joli vin dont on peut profiter sur son fruit. La grande cuvée, Château de Jonquières 2000 rouge, est un vin mûr, dense, sur des notes de fruits noirs chocolatés.

    Mas Bruguière
    Par le biais d'une légère translation sur la droite, nous voilà  d'emblée plongés au coeur du Pic Saint Loup. Les Muriers blanc 2003, assemblage de marsanne et roussanne, évite l'écueil de la lourdeur et garde une acidité fraîche bienvenue. L'Arbouse 2003 est un vin au fruité croquant et aux tanins à  mâcher dans la finale. La grenadière 2002 laisse entrevoir de belles promesses, mais l'échantillon goûté est malheureusement légèrement défectueux (bouchon).

    Peyre Rose
    Marlène Soria est bien présente avec ses deux vins fétiches, dans le millésime 1998. Clos des Cistes 1998 est superbe, fidèle à  son image, avec ses notes chocolatées prenantes, sa matière dense et ses tanins accrocheurs. Pas uniquement un vin d'hédoniste, car on y ressent un véritable effet terroir. Syrah Léone 1998 est plus charmeuse, plus fondue, et possède peut-être à  ce stade un peu plus de fraîcheur que Clos des Cistes.

    Domaine Clavel
    En poursuivant la translation, on tombe sur le domaine Clavel, présent avec ses plus beaux fleurons.
    Mise en bouche sympathique avec Le Mas 2003, friand à  souhait, puis on passe aux choses sérieuses avec Les Garrigues 2002, syrah et grenache à  part égale, très mûr, mais frais en même temps. Fraîcheur que l'on retrouve également sur la Copa Santa 2002, dans un style inhabituel pour elle, plus léger et séducteur dans sa jeunesse.

    Escale en Terre Inconnue, pour suivre l'évolution des vins de Robert Creus, grâce à  qui nous avons obtenu nos tickets d'entrée.
    Les carignans de Léonie 2002 ayant été ramassés sous la pluie, la puissance du vin en a été un peu atténuée, sans que l'on puisse pour autant parler de dilution. Un bel animal qui s'est roulé dans de la poussière de cacao, avec une pointe de gaz accidentelle, accentuant le sentiment de fraîcheur jusque dans une finale qui se drape de douceur. Los Abuelos 2002 et 2001 sont deux beaux vins de grenache, marqués par des notes de griotte à l'alcool. Le 2001 possède indéniablement un petit côté Porto sec, évoluant plus sur le noyau de cerise et le kirsch. Sylvie 2002, quant à  elle, elle enroule ! Quelle puissance ! Mais quelle douceur en même temps ! Une matière opulente et superlative pour une syrah hors des sentiers battus. Too much ?

    Canet-Valette
    Comment ne pas succomber aux charmes et au sourire de Sophie Valette, que l'on imagine sans peine en Shéhérazade dans les Une et Mille Nuits 2001. D'une finesse remarquable, sur des notes de moka chocolaté, elle est le prélude idéal au grand vin du domaine. Plus de densité dans Maghani 2000, et toujours ces notes chocolatées ! Encore plus de profondeur et de complexité dans Maghani 1999, sur de jolis arômes viandés, presque de poulet rôti, et toujours ces notes chocolatées !
    Tout le domaine se situe sur un terroir argilo-calcaire, à  Cessenon sur Orb. Comme quoi, il n'y a effectivement pas que des schistes à Saint-Chinian ! Une révélation pour moi que les vins de ce domaine qui ne m'avaient jamais autant emballés par le passé!

    Clos des Fées
    Grand moment que cette rencontre avec Hervé Bizeul, fidèle lecteur de LPV, contributeur occasionnel, qu'une réserve bien compréhensive empêche d'intervenir plus.
    Retrouvailles avec Les Sorcières 2003, dégustées récemment, et toujours le même bonheur de vin gourmand ! Les Vieilles Vignes 2002 et Le Clos des Fées 2002 possèdent une fraîcheur mentholée évidente, avec une matière légèrement plus dense et serrée logiquement retrouvée sur le deuxième cité.
    Et puis un moment d'intense émotion, inoubliable, une rencontre avec La Petite Sibérie 2002 ! Un vin qu'il faut avoir goûté au moins une fois, pour apprécier sa chair inimitable, son grain merveilleux, sa densité de texture mais en même temps sa facilité d'accès. Un moment d'émerveillement, qui méritera un petit rappel en fin de dégustation, en guise d'apéritif, à l'invitation d'Hervé Bizeul. Et qui supportera parfaitement de passer derrière un Banyuls de la Rectorie !

    Mas d'Espanet
    Un domaine perdu en pays d'Oc, situé à  une trentaine de kilomètres de Nîmes, au milieu de nulle part, entre les Coteaux du Languedoc et les Costières. Mais un domaine qui vaut le détour !
    Blanc, rouge, rouge, blanc ! C'est l'ordre de dégustation que nous impose Denys Armand. Pour le plaisir, L'Eolienne 2002, un blanc frais et fruité, alliant viognier, grenache et sauvignon, et Les Lens 2001, du fruit gourmand et croquant. Plus sérieux, riche et complexe, Bois du Roi 2000 : cacao, fruits confiturés, flan au caramel et épices. Très beau ! Et enfin, Camille 2002, un vin hors norme, exhalant la poire William, un peu fermentaire, puis évoluant dans un registre oxydatif. Long et immense, un vin coup de coeur ! Assemblage grenache blanc et sauvignon, élevage en fût, dont 50% neuf.

    Mas Jullien
    Une rencontre avec Olivier Jullien, ça ne se refuse pas ! Surtout quand il s'agit aussi de goûter au pré-assemblage des Etats d'âme 2003, une petite bombe de fruits frais, sur fond de réglisse, et au Mas Jullien 1999, à  la texture serrée, doté d'une grande profondeur.
    Un vigneron exigeant, qui se remet sans cesse en question, notamment sur l'élaboration des vins blancs, qui devraient être approchés différemment dans leur conception dorénavant.

    Petite translation vers la table du Domaine des Grécaux, tout proche géographiquement également du Mas Jullien, puisque situé à  Montpeyroux, pour goûter à  deux très beaux vins, Terra Solis 2002, au nez légèrement réduit de prime, mais libérant par la suite un fruité séducteur, et Héméra 2001, marqué cassis, au grain serré et dense, qui devrait être explosif lorsqu'il se lâchera un peu.

    Domaine de la Garance
    Rencontre sympathique avec Pierre Quinonero, dont la femme est jurassienne, l'occasion de tester enfin les désormais célèbres Armières 2001. Un 100% carignan d'école, typé cassis, comme à  son habitude, mais pas seulement ! S'y ajoutent pour une plus grande complexité et un plus grand bonheur, des notes d'épices, de garrigue et de cacao. A la fois puissant, fin et élégant, ce qui n'est pas forcément paradoxal. Superbe !
    Ensuite, deux vins de grenache noir mutés, une originalité languedocienne inspirée du Roussillon, Bruixas et La Solera 1999/2001, dont la robe évolue vers des nuances de pruneau et le nez évoque un joli rancio.

    Juste le temps de se retourner, et nous voilà  de retour en Roussillon, au Domaine Gauby. Lionel Gauby y présente une gamme assez complète des vins produits au domaine, dont les fameux 2003, déjà  tellement vantés par certains. Je pense que se situera là  un beau sujet de controverse, car le changement de style amorcé ici, progressivement, depuis le millésime 2000 saute désormais aux yeux et aux papilles. Changement de méthodes culturales, avec une biodynamie intelligente, proche de la terre et de l'environnement, visant à  redonner vie à  un microcosme naturel en pratiquant la polyculture, qui permettra de revenir à  une « autarcie levurienne » spécifique, un peu à  la manière d'un Courtois en Sologne. J'en entends déjà  ricaner,  mais ce credo en un respect profond de l'environnement est tout à  fait respectable. Cela se ressent déjà  nettement sur les vins. Les 2003 possèdent une acidité remarquable et un équilibre résolument différent de tous les autres vins présents ici. Si je ne craignais de tomber dans la caricature, je dirais "équilibre septentrional", et je pense savoir pourquoi ils plaisent tant à  certain dégustateur bien connu!
    Déjà  bien ressentie sur Les Calcinaires 2003, cette acidité domine pour apporter de la fraîcheur à  la Cuvée VV 2003, qui s'ouvre pourtant sur de légères notes de réduction.
    La Muntada 2003 présente vraisemblablement encore un peu de volatile au nez (elle est en cours d'élevage) mais délivre de subtiles notes de chocolat chaud, Poire Belle-Hélène pour Le Seb . De belles promesses, en tout cas !
    La Cuvée VV 2002 et La Muntada 2002 sont déjà  dans un style approchant.
    Magnifique Coume Gineste Blanc 2002, sur les fruits blancs, poire et pomme, mais à  la minéralité argileuse affirmée, malgré un côté riche et opulent. Un équilibre maîtrisé, sans lourdeur aucune.
    Et pour terminer, Le Soula 2002 rouge, un joli vin gourmand, plus classique dans l'esprit.
    Convaincu, mais pas totalement séduit, je pense que j'aurais besoin de les regoûter, tous ces vins, tranquillement et pas au cours d'un marathon.

    L'heure tourne, les papilles s'usent et faiblissent, mais il serait dommage de ne pas faire connaissance avec Alain Chabanon et ses vins.
    Trelans blanc 2002, assemblage original de vermentino et chenin, est un superbe vin plein de fraîcheur, en cours d'élevage, un peu fermentaire, pomme, poire et scoubidou! Le chenin a de l'avenir dans le Languedoc! S'ensuivent Fontcaude 2000 aimable, aux tanins civilisés, Esprit 2001 plus animal (syrah et mourvèdre), mais au fruité préservé, Les Boissières 2000 , pur grenache, élevé 30 mois en barrique, et Le Merle aux Alouettes 2001 , 70% merlot, très mûr, long, déjà  arrondi. Un domaine qui confirme son excellente réputation!

    Passage rapide au stand du Domaine Alquier, pour goûter un joli Blanc 2002, puis La Maison Jaune 2003, au beau fruité typique du millésime, et Les Bastides 2003, encore boisé, aux tanins serrés.

    Il est presque temps de conclure avec une ultime dégustation, au Domaine de la Rectorie/Préceptorie. Terres Promises 2002 de la Préceptorie, Coume Pascole 2002 de la Rectorie, séduisent, mais peut-être pas autant que le Maury Aurélie Pereira de Abreu 2003, et surtout le Banyuls 2003 Léon Parcé, aux extraits de mandarine et orange confites. Une douceur inouïe pour clore la journée.

    Enfin pas tout à  fait, puisque, pour répondre à  l'invitation d'Hervé Bizeul, nous ne nous faisons pas prier pour retourner goûter à  La Petite Sibérie 2002 !

    S'il fallait tirer quelques enseignements de cette dégustation-marathon, ce serait la qualité d'ensemble des domaines sélectionnés, avec beaucoup de beaux, bons, voire grands vins. Les blancs m'ont, d'une manière générale, très agréablement surpris par leur fraîcheur et leur équilibre. Le chenin a vraisemblablement un bel avenir ici! Les rouges 2002 sont particulièrement aimables, moins concentrés que les 2003, diablement plaisants. Les valeurs très sûres n'ont pas déçu, même Gauby, en ce qui me concerne, car je pense que l'avenir confirmera la grande qualité de ces vins, moins accessibles et séducteurs actuellement.
    Coups de coeur personnels pour 2 domaines aux vins épatants, une découverte et une confirmation: le Mas d'Espanet, qui devrait continuer à  faire parler de lui dans les années à  venir, et le domaine Canet-Valette, dont les vins m'ont vraiment réjoui. Et enfin, la Terre Inconnue, tout à  fait à  sa place dans cette dégustation de prestige. Comment, ça fait 3? Encore raté!

    Olif

    http://www.lapassionduvin.com