30 septembre 2011

VDV#39: le vin qui aimait les femmes...

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Corps dans décor ©Mme Olif

 

 

Vendredisduvin À l'occasion de cette 39ème session des Vendredis du vin, Jacques Berthomeau, du fin fond de son espace de liberté, nous pose une colle. "Parlez-nous du vin qui aimait les femmes!", nous dit-il, en substance. Traduction: se mettre dans la peau d'un vin pour exprimer les sentiments que lui inspirent une femme en particulier ou les femmes en général. Se liquéfier et se laisser avaler par un gosier féminin? Lui caresser la luette, couler le long de ses amygdales avant de plonger depuis l'épiglotte, dans son œsophage, pour se répandre voluptueusement le long de sa grande courbure gastrique, franchir son pylore, direction le duodénum, se faufiler dans son jéjunum, baguenauder dans son iléon, puis coloniser son colon? Tout ça pour finir accroché à son ampoule et s'évaporer comme une louise ou un vulgaire gaz intestinal? Voilà du fantasme anatomique et digestif pas banal. Une sacrée aventure intérieure, un voyage fantastique comme on voudrait (ou pas) en faire plus souvent. Je t'aime, je te mange, je te... Non! Dans le cas présent, je te bois, mais ça revient au même. Euh..., serais-je hors sujet? Si peu. Juste avant de se voir préciser par le Président de séance, séance tenante: "C'est un jeu sur la séduction, surprend-les!"

 

Ah, d'accord! Au temps pour moi.


Le vin, objet de séduction, alors? Tout comme les femmes. Et la réciproque est vraie. Boire pour séduire ou être séduit, être séduit par ce que l'on boit. Tout un programme. Références cinéphiles en prime.

La mariée était en noir, mais le poulsard était en blanc. Tout juste un petit reflet rosé sur la robe, dû à l'assemblage avec un fond de cuve de trousseau, lui aussi vinifié comme un vin blanc. L'histoire du rouge qui se prend pour un blanc avec des allures de rosé. Mélange des genres, ambiguïté vinique, blanc tannique, de quoi être un peu perdu! Rouge non avoué, blanc contre nature, rosé refoulé. Saura-t-il plaire? Faut-il l'aimer? Se remettre en question, avoir des doutes sur ses penchants colorés et ses orientations textuelles? Pour, au final, s'assumer et se foutre du qu'en-dira-t-on, s'en foutre tout court. Comme dit le viril King Marchand, joué par James Garner dans le chef d'œuvre de Blake Edwards, tout en se laissant aller à rouler une pelle à Victor, brillament interprété(e) par Julie Andrews:

- I don't care if you are a man.

- I'm not a man.

- I still don't care!

 

vendredis du vin,domaine de l'octavin,curon,ploussard,arbois

 

Victor ou Victoria, peu lui chaut, même si, bien avant lui, certains l'ont aimé chaud. Nobody's perfect! Du moment que l'on aime et que l'on est aimé en retour...

 

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Cul rond à la cuisse rose 2010, du domaine de L'Octavin, à servir à l'aveugle dans un verre noir pour surprendre et tromper son monde ou, mieux encore, à boire pour ce qu'il est, et l'apprécier vraiment.

- I don't care if you are a white wine

- I'm not a white wine.

- I still don't care! 

 

Cul rond à la cuisse rose, du poulsard comme on en boirait les yeux fermés!



Olif

 

19 décembre 2010

Du ploussard, point barre!

 

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Arbois-Pupillin 2009 Point Barre, Philippe Bornard

 

Des raisins de ploussard mis dans une cuve, point barre! Dire que certains pensent que les méthodes de vinification naturelle ne peuvent donner naissance qu'à du vinaigre! Il suffit juste de mettre en bouteille au bout d'un certain temps, au bon gré du vin et du vigneron.  "Ça devrait être interdit de faire du vin aussi bon!", m'a sussuré la marchande. Oui, Sandra, une telle bouteille est une incitation à la déraison et à la non-modération. Ça devrait être interdit de vendre du vin aussi bon. Point barre!

 

Nota benêt: l'absence de soufre dans une bouteille de vin est susceptible d'entrainer une réaction épidermique chez les sujets sensibilisés au préalable. Si tel est le cas, merci de prendre conseil auprès d'un pharmacien ou d'un vulcanologue. Point barre!

 

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Crédit photo: Planet Terre

 

Olif

 

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14 mars 2010

Plou et trou

 

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Les conditions météorologiques actuelles incitant soit à l'expatriation dans l'hémisphère Sud, soit à l'autarcie jurassienne, le menu du soir fut vite trouvé dans le frigo: saucisse de Morteau confite au ploussard. Faisant récuser illico la Syrah australienne et privilégier des vins autochtones, du genre de ceux que personne ne pourra nous copier et/ou nous piquer, si ce n'est à ses risques et périls.

 

Arbois-Pupillin 2000 de la maison Overnoy-Houillon versus Côtes du Jura Plein Sud 2005 de Fanfan Ganevat. Plou contre Trou, Ssard contre Sseau, Arbois-Pupillin contre Sud-Revermont, 2000 contre 2005. Un match sans match, le Jura vainqueur. Que la montagne est belle...

 

 

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La palme néanmoins à Manu, pour ce Ploussard merveilleux, un nectar pour avaleur de sabre en soie. Pfffioou! Une robe orangée encore soutenue, à peine trouble, mais surtout très troublante. Un nez merveilleusement fin, confit d'oranges et épices, et une texture en bouche à nulle autre pareille, aussi soyeuse et sexy qu'une petite culotte oubliée dans une cabine d'essayage chez Aubade. Gracile et élégant, limite voluptueux. De la grande quille, à parfaite maturité, qui en a encore sous la semelle.

 

Plein Sud, de Fanfan, c'est du 2005, et c'est chaleureux. Dans un style différent du style de ses rouges actuels. Solaire et concentré, mais sur la réserve. Il ne faut pas trop s'exciter dessus pour l'instant et le laisser sagement dormir en cave.

 

Olif

 

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21 juin 2009

Orgie de Ploussard!

Chacun commence à le savoir dorénavant, j'espère, le nom de ce cépage jurassien se nomme indifféremment Ploussard ou Poulsard, selon l'endroit du département où l'on se situe. Ploussard à Pupillin, qui en est la capitale tant il s'épanouit sur les marnes du Lias, et son nom vient alors de la plousse ou pelosse, terme ancien pour désigner la prunelle dont la forme des grains n'est pas sans rappeler celle de ce cépage. Et Poulsard un peu partout ailleurs, en Arbois comme dans les Côtes du Jura, parce que les grappes poussent vite (pulsare en latin).

 

Mais tout ceci n'est que querelle étymologique. Ploussard ou Poulsard, l'important, c'est d'en boire, finalement! Et d'en manger, aussi! Plus exactement de cuisiner avec, afin de démontrer que la saucisse de Morteau est définitivement le trait d'union entre Poulsard et Ploussard.

 

 

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Au fond de la casserole, un Ploussard pupillanais de contrebande. Pas frelaté pour autant. Mais il en fallait bien un!  Un sacrifice non vain. Et puis, quelques patates. Par dessus, la Belle de Morteau, Label Rouge. Cuisson lente au four, pour confire la saucisse dans le vin. Pour faire glisser, Dorabella 2008, rouge aussi et Poulsard arboisien du domaine de l'Octavin. Un petit bijou signé Alice Bouvot et Charles Dagand, le fruit et la soie emprisonnés dans une bouteille. Macération carbonique et vinification sans soufre, une toute nouvelle partition du domaine, à consommer allegro avec modération.

 

La bouteille idéale pour souhaiter la bienvenue dans les vignes à une jeune pousse, Anatole, pour un millésime qui s'annonce déjà grand! Vive le Ploussard, vive le Poulsard, vive Anatole!

 

 

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Olif

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30 avril 2009

Philippe Bornard, rusé vigneron pupillanais

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Philippe Bornard est un vigneron rusé. Comme son nom semble l'indiquer. Coopérateur de longue date à Pupillin, il a, depuis toujours, vinifié quelques cuvées à titre personnel et privé. Depuis 2005, il avance crinière au vent. Il a cessé de vendre son raisin à la coopérative, pour produire désormais ses propres vins. Et c'est tant mieux! Un jeune domaine, mais un vigneron qui a de l'ancienneté et du bagage. Et des millésimes anciens à la cave. Son plaisir: les ouvrir et en faire profiter les amateurs et les amatrices, bien au frais dans le joli carnodze aménagé dans une des magnifiques caves du domaine. Une dégustation à l'aveugle, où il s'agissait d'identifier cépage et millésime. Le producteur? Ben, on le connaissait tous! Cela peut paraitre facile de prime abord, mais le sans-faute est rare. Les meilleurs se fourvoient allègrement, confondant trousseau et ploussard, voire, pour les plus mauvais, ploussard et poulsard, ce qui est définitivement mal vu à Pupillin. Même si, comme chacun sait, l'important, c'est finalement d'en boire.

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Philippe Bornard à la Beaujoloise 2009 (une photo piquée à Estèbe, mais il n'avait qu'à pas la laisser trainer sur mon disque dur!)


Les cépages rouges jurassiens, ces grands incompris, ont largement de quoi séduire les amateurs lorsqu'ils sont travaillés intelligemment. Ils possèdent en outre une grande aptitude au vieillissement. Les plus anciens, récoltés mûrs et bien vinifiés, dans les beaux millésimes, ont de beaux jours devant eux et paraissent encore bien jeunes. La preuve avec le premier vin à ouvrir le bal, un Arbois-Pupillin Ploussard 1976 à la robe œil de perdrix, une grande partie des anthocyanes étant restée accrochée aux parois de la bouteille. Dépouillé de ses atours, pas de sa matière. Evolué, certes, mais sa structure droite, acidulée, poivrée et fraiche porte encore bien loin. 33 ans, le gaillard! Et toujours debout. Le Trousseau 1997 fut l'un des plus beaux vins proposés à la dégustation. Le plus complet, certainement. Une structure parfaitement bien définie, à maturité optimale, un grand moment gustatif. Le Pinot noir 1990 était un petit cran en-dessous, sans démériter pour autant. Plusieurs autres vins au programme, pas un seul âgé de moins de 10 ans, mais une grosse panne de stylo n'a pas permis la prise de notes précises. Sans aucun doute la faute à Mehdi, le trublion retardataire de la soirée, ratapoil* de surcroît. Quelque soit leur âge, aucun des vins n'a failli. En blanc, mention particulière pour un Chardonnay 1976, impeccable, qui n'était pas s'en rappeler les vins de Camille Loye du même millésime. Certains ont préféré le 1979, malgré un petit manque de netteté sur le premier nez. On ne peut pas pour autant leur en vouloir! Des vins idéalement vinifiés, avec le moins d'intrants possibles, embouteillés avec un peu de gaz, ce qui leur assure fraicheur et longévité.

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La jolie et rusée étiquette orangée du domaine. Seul le nom de la cuvée change de l'une à l'autre, Goupil, lui, est toujours là.

Beaucoup plus récent, servi sur les succulentes saucisses vigneronnes cuites dans la cheminée, cet Arbois-Pupillin Ploussard 2008 en macération carbonique sera le dernier coup de cœur: du raisin, point barre! D'ailleurs c'est son nom, à cette cuvée. On en boit des seaux,  Point barre! Le futur est en marche, mais le passé a de beaux restes, du côté des Chambines** et de la Côte de Feule**.


Olif

 

* ratapoil: nom masculin, si c'est un homme, féminin le cas contraire. Personne qui a élaboré du vin pour sa propre consommation alors qu'il n'est pas officiellement vigneron.

"Hmm!, il est bon, ton vin de ratapoil. Meilleur que celui que fait Untel!" En principe, ce genre de choses ne se dit pas. Ce n'est pas correct pour Untel.

** Les Chambines et la Côte de Feule sont deux noms de parcelles situées sur Pupillin. On essaiera d'y voir un peu plus clair sur les terroirs pupillanais un de ces jours.

30 décembre 2008

Le Ploussard du Bornard

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Arbois Pupillin Ploussard La Chamade 2005, Philippe Bornard

Ancien coopérateur à Pupillin, Philippe Bornard a décidé un beau jour d'aller voir plus loin, si son ramage se rapportait à son plumage pelage... euh... si on ne pouvait pas faire du vin autrement. Il avait évidemment une petite idée derrière la tête. Et du bon raisin dans son tonneau.

2005 est son premier millésime de vigneron. Ce ploussard est une pure merveille, qui se goûte admirablement en ce moment. Un joli grain de vin,  croquant et charnu, des petits tanins grenus, une couleur rubis soutenu. Roulement de tambour! Rrrrrrrrrrrrrrrrrrrr... Et un dernier petit verrrrrrre!  Tonique et tannique! Si mon cœur bat la chamade ce soir, je me demande bien pourquoi!

Olif

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27 juin 2008

VdV #15 - Nul n'est Champagne en son pays!

Vendredisduvin

... et c'est Tant mieux! A l'invite de Nicolas Ritoux , un compère québecois de Remy Charest, le Président des Vendredis du vin,  il va falloir trouver des bulles en dehors de la Champagne. Pas un challenge trop difficile, en fait, tellement ça gaze pour les vins mousseux! Vin festif par excellence, dont on peut faire péter le bouchon jusqu'au plafond, rien que pour embêter le voisin du dessus, le "mousseux" se décline de plusieurs façons, suivant les méthodes d'élaboration traditionnelle, ancestrale, ou champenoise. Un peu à part, parce qu'embouteillé avant la fin de la fermentation alcoolique, le pétillant naturel a aussi le vent en poupe, parce qu'il est pétillant, bien sûr, et naturel aussi! Du fruit en bouteille, avec plus ou moins de sucre, généralement peu d'alcool, une grande digestibilité, le vin de soif et de pique-nique par excellence. Et c'est Tant mieux!

 

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 Tant mieux, c'est aussi le nom de cette cuvée de Ploussard pétillant de Philippe Bornard, vigneron à Pupillin. Un vin résolument jouissif, sec, bourré de fruit, frais et gourmand, à la bulle exubérante dès l'ouverture. Vin de plaisir immédiat, parfait à boire, il ne passera certainement pas l'été mais il ne serait pas correct d'en gaspiller une bouteille pour arroser le public lors d'une victoire de Grand Prix. Laissons cela aux vins rèches, acides et difficilement buvables des marques soit-disant réputées de Champagne.

Olif