10 mai 2011

Quand le caviste se rebiffe...

Quand Catherine Bernard n'est pas dans ses vignes, elle opte pour une cave avec vue sur l'Ognon*. Ça ne la fait pas pleurer pour autant. Ces journées de rencontres orchestrées par Le Zem, caviste rebiffant marnayzien, furent l'occasion d'un visu des plus sympathiques. La tournée mondiale de présentation de son livre paru aux Éditions du Rouergue passait la veille par Besançon, chez les Gourmands qui lisent, une adresse aussi originale que passionnante, à découvrir dans la vieille ville espagnole, au 12 rue Bersot. Bières, vins, whiskies, polars et Catherine Bernard, que demander de plus?

 

la cave se rebiffe,catherine bernard,domaine chamonard,jean-claude chanudet,pascal henriot,champlitte,vin de pays de franche-comté,haute-saône

La rencontre haut-saônoise fut tellement plaisante et enrichissante que Catherine s'est auto-accordée une oreille en guise de récompense. Goûter à son Vin de Pays de l'Héraut 2010 fut la mienne. Un vin récolté en deux tries successives, marselan, grenache, mourvèdre et cinsault assemblés à la vendange, en deux passages, pour conserver une fraîcheur succulente et un fruité gourmand. En prime, une super dédicace de son livre et une bouteille de 2009 qui trainait derrière les fagots. Plus de rondeur et d'opulence, mais un soyeux envoûtant, qui promet de grandes choses dans quelques années.

 

la cave se rebiffe,catherine bernard,domaine chamonard,jean-claude chanudet,pascal henriot,champlitte,vin de pays de franche-comté,haute-saône

 

Le Zem ne fait jamais les choses à moitié et une seule tête d'affiche ne lui suffisait pas. Pendant que Fleurie faisait la fête au village, Geneviève et Jean-Claude Chanudet, du domaine Chamonard, avaient préféré la soupe au bord de l'Ognon. Je ne les ai pas vus chialer pour autant. Le Fleurie 2010 est un gamay fougueux et fruité. Le Morgon 2010, tiré sur cuve, est un peu plus imposant, ce qui justifie l'attentisme avant la mise. En attendant, on pourra se consoler avec le 2008, de la dentelle pour le palais, ou le 2009, possédant plus de plénitude mais nécessitant un peu plus de temps pour se fondre. Le 2007, épuisé mais apporté à titre de comparaison, est à parfaite maturité et s'exprime à la perfection.

 

la cave se rebiffe,catherine bernard,domaine chamonard,jean-claude chanudet,pascal henriot,champlitte,vin de pays de franche-comté,haute-saône

Le régional de l'étape, c'était Pascal Henriot, de Champlitte, le seul vigneron indépendant à faire face à la Coopérative locale, qui exploite la quasi-totalité du vignoble chanitois actuellement planté. Pousser jusqu'au bord de l'Ognon n'allait pas lui tirer des larmes. En bio, avec une approche fondamentalement différente de ses voisins, Pascal s'interroge beaucoup sur la façon dont il doit continuer. Ses vins se vendent localement très bien et les contraintes administratives sont de plus en plus lourdes à supporter, même pour revendiquer la mention Vin de Pays. Vin de Haute-Saône, de Franche-Comté ou de France, quelle différence, finalement? L'Auxerrois 2010 est un joli vin vif et primesautier, qui stimule le palais. Le Chardonnay 2010 est dans la même lignée, dans un registre frais et acidulé. Le Pinot gris 2010 joue plus sur le fruité et la richesse, il ne lui manque qu'un peu de nervosité, mais c'est un pinot gris. Le Rosé 2010, assemblage de gamay et pinot noir, réalise un accord quasi-parfait avec la compote à la rhubarbe, une véritable prouesse. La Haute-Saône, nouvel eldorado viticole?

 

la cave se rebiffe,catherine bernard,domaine chamonard,jean-claude chanudet,pascal henriot,champlitte,vin de pays de franche-comté,haute-saône

 

Quand le caviste marnayzien se rebiffe, on déguste de bien belles choses, sous la tonnelle et dans son jardin. Une adresse à retenir impérativement et qu'il vaudrait mieux ne pas se carrer dans l'Ognon**...

 

Olif

 

*rivière haut-saonoise qui prend sa source dans les Vosges saônoises et qui traverse Servance, Lure, Villersexel, Marnay...

** c'est d'une finesse absolue et d'une élégance telle que je n'ai pas su m'en passer. Désolé...

 

08 février 2011

Facteurs de (re)conversion...

 

arbois,patrice hughes-béguet,cheverny,cyrille sevin

 

Les mathématiques mènent à tout, à condition d'en sortir. Cyrille Sevin a résolu l'équation et franchi le pas. Il a repris en 2007 un domaine à Cheverny. Transition en douceur pendant 2 ans, avec l'ancien propriétaire,  addition, soustraction, puis conversion des vignes en bio. Des projets de multiplication, notamment celui de travailler avec un cheval. La division pour mieux régner, résoudre la Quadrature du rouge et asseoir les acquis d'une viticulture propre, nette et sans bavure. Ses vins, goûtés à La Dive, sont à cette image, blanc comme rouges.

 

arbois,patrice hughes-béguet,cheverny,cyrille sevin

 

À lui la petite anglaise! Patrice Hughes-Béguet était consultant en informatique. Il a un peu bourlingué en France, rencontré à Besançon une charmante Caroline anglo-saxonne, en a eu marre de parler un langage binaire et a finalement préféré empoigner la pioche pour aller biner son coin de vignes. Après la reconversion professionnelle, place à la conversion tout court. Dès le début, il a choisi de travailler en bio, pour valoriser ses 3 hectares de ploussard et savagnin essentiellement, sur les secteurs d'Arbois et Pupillin. Le domaine proprement dit est situé à Mesnay, près d'Arbois.

 

 

arbois,patrice hughes-béguet,cheverny,cyrille sevin

 

2009 est son premier millésime, qui laisse entrevoir de belles promesses. D'abord un rosé de ploussard, à la jolie couleur rosée, tout en dentelle, à boire comme ça, pour le plaisir, ou sur une assiette de charcuteries, ou les deux, ce n'est pas incompatible. Plus structurée, sa cuvée de la Côte de Feule a aussi une couleur plus soutenue. Champ fort est un vrai coup de bluff, du ploussard vinifié en vendange entière alors que tout le monde le lui déconseillait. Végétal et rustique, dans le bon sens du terme, il possède une vraie gourmandise et un haut coefficient de buvabilité. Après une première Percée plus qu'encourageante, la famille Hughes-Béguet aura le nez dans le vert, le dernier week-end de mars. Pas mal, pour un premier millésime!

Le nez dans le vert.jpg

 

Catherine Bernard était journaliste, même si elle l'est toujours. Désormais, elle est plus que cela. En février 2005, elle a enfilé un treillis, un pull et elle est partie tailler les vignes. Ses vignes. Elle nous raconte son aventure et son installation dans le vignoble. Et elle se raconte, dans un livre à paraître le 11 février aux éditions du Rouergue. Des sarcasmes aux tracasseries administratives, de la méfiance à la tolérance puis l'acceptation, mais toujours avec le statut "d'étrangère", elle décrit avec un réalisme criant sa reconversion comme vigneronne dans le Languedoc.

 

 

arbois,patrice hughes-béguet,cheverny,cyrille sevin

 

"Dans les vignes, chroniques d'une reconversion", un ouvrage à mettre entre toutes les mains des néo-vignerons en herbe, bio de préférence.

 

Olif

20 décembre 2009

Du vin pour les copains...

Florilège de dégustations, Part quelque chose, comme dirait le roi de l'escapade. Si ce n'est que je suis moins gourmand que lui en nombre de vins dégustés. Que du bon, le reste, autant dire que je l'ai déjà oublié. Alzheimer sélectif. Un mini-florilège léger, donc, à la Docadn, sans breton (le cabernet), sans Côtes du Rhône centrales (celles du bas à gauche, qui vous envoient des coups de pierres et de lattes dans le tricot et le médiastin), sans sauvignon chilien, ni chardonnay nord-africain. Une escapade franco-française, volontairement restreinte, avec juste 3 belles bouteilles qu'il ne faudrait pas passer sous silence. Du Bordeaux, oui, du Bordeaux, de l'Alsace et du Languedoc. Tour de France triangulaire à la force du coude et du poignet:

 

IMGP8554.JPG

 

- Amabilis Vinea 2006, le vin de l'amitié, Haut-Médoc, Château Cornélie: du Cornélie inédit, une cuvée majoritairement merlot (76%), à l'élevage expérimental. Etonnamment accessible, buvable et digeste (je n'ose dire aimable!), avec une grande fraicheur tannique, cette Cuvée de l'amitié est faite pour partager avec les copains.

 

 

IMGP8582.JPG

 

- Riesling Grittermatte 2005, Patrick Meyer, Domaine Julien Meyer: un terroir siliceux dans la partie basse du Muenchberg, à la forte personnalité, admirablement révélée par Patrick Meyer. Beaucoup de maturité, c'est 2005, mais une grande tension et de la minéralité. Aucune concession à la facilité mais un équilibre pourtant exemplaire pour un vin savoureux et salivant. Très Grittermatte, très GritterPat(rick Meyer), très Gritternat(ure)!

 

 

IMGP8579.JPG

- Coteaux du Languedoc 2006, Catherine Bernard, la vigneronne de la rue 89. J'en ai déniché une bouteille à la Quincave, rue de Bréa, du côté de Montparnasse. Curieux d'y goûter. Un vin à la texture soyeuse et soft, au premier nez sauvage, aigrelet et acidulé, un peu poulailler, qui s'apprivoise à l'aération. Chicken run! Un fruité velouté arrive derrière, séducteur, à la très belle tenue à l'air. 2006, un millésime "cata", en plus. Son deuxième en tout. Ce vin "caractériel, fragile, instable" a trouvé son équilibre, en quelque sorte. Un équilibre improbable mais que j'ai a-do-ré!

 

Olif

 

Retrouvez aussi les Dégustantanés sur le Blog de la Pipette. Et les Florilèges de dégustation sur le blog d'Escapades.