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Le blog d'Olif - Page 8

  • Quand le Jura voit rouge...

     

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    Le Jura, pays du jaune, nul ne saurait le contester, si ce n'est Marseille. Mais là, difficile de rivaliser, à moins de tenter une piscine au Château Chalon, une expérience extrême qui n'a, à ma connaissance, jamais été tentée, même par le plus aventureux des buveurs de vin jaune. Peut-être faudra-t-il remédier à ça un de ces jours..? Non, Mon Dieu, pitié, ne me tentez pas!

     

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    Le Jura, l'autre pays des grands blancs, ceux qui n'ont plus à rougir de la comparaison avec le prestigieux voisin bourguignon, même qu'il serait peut-être bientôt temps d'arrêter de vouloir comparer deux régions aux terroirs aussi dissemblables. Le chardonnay s'y décline en différents clones, qui apportent diversité, richesse, originalité et caractère, ce que les Bourguignons, eux, ne savent plus faire. Avantage Jura, finalement. Le savagnin, avant de virer jaune, peut aussi s'apprécier en blanc. Notamment dans sa version ouillée, non oxydative, ce qui change un peu des arômes de noix verte et de curry.

     

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    Et vous faites du rouge, dans le Jura? Oui, Madame. Du pur, du vrai, du primitif, de l'indigène, du caractéristique, de l'authentique. Grâce à une jolie collection de cépages qui ne demandent qu'à s'épanouir, en cuve, en fût, voire en amphore. Des vins qui peinent encore parfois à vaincre les préjugés d'amateurs aux certitudes viniques boursouflées aux entournures et engoncées dans une pensée œnologiquement bien pensante qui les conduit à ne point trouver de salut dans leur verre en dehors de vins standards au grand standing, classés avec plus ou moins de bonheur par des moines cisterciens, des exposants universels ou bien je ne sais quel besogneux de la dégustation comparative à l'intention de l'acheteur compulsif du mois de septembre (ne pas hésiter à biffer les mentions inutiles). Le rouge, dans le Jura, tente sa propre percée et ça commence à plutôt bien fonctionner.

     

    Le Trousseau:


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    L'origine de ce cépage rouge plutôt bien troussé est ancestrale. On en retrouve la trace depuis 1731 en Franche-Comté, mais il existait probablement antérieurement, peut-être importé dans le Jura par des immigrants savoyards ou valaisans, sans doute détrousseurs de grand chemin.

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    Le  Troussot figurait en cinquième position sur la liste des bons cépages établie par le parlement de Besançon en 1732. Il était cultivé un peu partout dans la région où il prenait des noms différents, selon l'accent patois en vigueur à cet endroit: Trousseau à Montigny et Arbois, Triffaut à Besançon,  Trusseau ou Trussiau encore ailleurs. Il a été formellement identifié en Galice sous le nom de Merenzao et on le trouverait même jusqu’en Argentine, usurpant la dénomination de Pinot gris du Rio Negro! Les trousseaux sont pluriel, mais le singulier n'est pas exclu.

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    Son nom viendrait du mot ancien « toursel», qui signifie « paquet». Il faut reconnaitre que sa grappe est bien troussée. Un raisin plutôt couillu, donc, dont la variété la plus qualitative est représentée par le "trousseau des dames". La gent féminine en connait un rayon, lorsqu'il s'agit de mettre la main au paquet.

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    Son terroir de prédilection : les marnes rouges du Trias et les éboulis argilo-calcaires de Montigny-les Arsures, capitale officielle du Trousseau. Sur les 80 hectares plantés dans le Jura, on en trouve plus de 52 ha en Arbois, dont la moitié à Montigny, seul vignoble à voir s’accroître la proportion de ce cépage.

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    Quelques cuvées de Trousseau particulièrement recommandables (liste non exhaustive), dans des styles variés: Singulier et Amphore de Stéphane Tissot, Trousseau des Corvées (cuvée du Nain) et Commendatore de L'Octavin, le Clousot et les Grands Vergers de Michel Gahier, Trousseau des Corvées de Pascal Clairet (La Tournelle), Plein Sud de Fanfan Ganevat, Les Bérangères du Puf, le Ginglet de Philippe Bornard, Arbois de Renaud Bruyère, Rouge de colère de Catherine Hannoun,...

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    Le Ploussard ou Poulsard (l'important c'est d'en boire):

     

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    L’un des trois cépages rouges qui donne droit à l’appellation Arbois ou Côtes du Jura. Le plus girly de tous lorsqu'il se porte en tee-shirt ou quand il est étiqueté rosé. Pas vraiment sa vocation, en fait. Parce que c'est un vrai rouge, même s'il est peu coloré. Raisin noir à jus blanc, il débourre très tôt et concurrence le savagnin sur ses terres de prédilection. Pas de chance pour lui! Les marnes bleues et irisées du Lias se laissent difficilement partager. Il occupe néanmoins à lui seul une surface de 300 hectares, soit la moitié de la superficie plantée en rouge dans le Jura.

     

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    Son nom est un véritable sujet de controverse. L'important, finalement, c'est d'en boire. Etymologiquement, le Ploussard tire son nom de la prunelle, dont les grains ont la même couleur, parfois la même forme. Un nom qui se prononce de façon très différente en patois local selon que l’on habite à Salins (pleusse ou plesse), Arbois (plusse) ou Poligny (plousse ou pelosse) ! L'important, ça reste toujours d'en boire.

     

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    Le  Poulsard, quant à lui, dériverait du latin "pulsare", et c'est vrai que, bien vinifié, il pulse drôlement. Cultivé dans le Jura depuis le XIVème siècle (on parlait alors de Polozard!), c'est un vrai cépage d'ici, ça ne fait guère de doute. Même si l’on en retrouve un peu dans le Bugey sous le nom de Mescle. Il fut inscrit dans la liste des bons cépages publiée en 1732 par le Parlement de Besançon et son identité est fortement jurassienne. Manquerait plus que quelqu'un veuille nous le piquer, tiens!

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    C’est pourtant bien le terme de  Poulsard qui sera retenu en première place dans les décrets d’AOC, au grand dam des habitants de Pupillin, proclamée Capitale mondiale du Ploussard. Un crime de lèse-majesté qui alimente les débats et finit par donner soif. L'important, ça reste quand même d'en boire!

     

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    Quelques cuvées de Ploussard (ou Pousard) particulièrement recommandables (liste non exhaustive), dans des styles variés: Overnoy-Houillon, Point Barre et la Chamade de Philippe Bornard, En Billat de Julien Labet, L'enfant terrible de Fanfan Ganevat, Cuvée Marc de Jean-Marc Brignot (5% de Trousseau), En Chôné du domaine Pignier, les Gruyères d'Étienne Thiébaud, Par ici et Par là de Raphaël Monnier-Ratapoil, Jean-Michel Petit (domaine de la Renardière), Dorabella de L'Octavin, L'Uva du domaine de la Tournelle,...

     

    Le Pinot noir:


     

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    Présent dans le Jura depuis la fin du XIVème siècle, sous le nom ambigu de Savagnin noir, il vient tout comme le Chardonnay de la Bourgogne voisine. Surnommé  Maurillon en raison de sa couleur noire, on ne sait s‘il faut l‘appeler Pinot (du latin «pinus», le pin), ou Pineau (du grec « pinein », boire).

     

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    Si le vocable Pineau est très typé Charente, on l'utilisait aussi en Haute-Saône, tandis qu’à Salins, Arbois ou Poligny, on le préférait Petit Noirin, ceci afin de ne pas le confondre avec le Gros Noirin, qui n'avait pourtant rien à voir avec lui! Besançon penchait pour Noirum, mais dans le sud Revermont, on le qualifiait de Savagnin noir pour profiter de l’analogie avec la star des cépages jurassiens.

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    Classé en deuxième position sur la liste des bons cépages en 1732, juste derrière le Poulsard, mais très critiqué du fait de sa maturité précoce, on le considèrait comme « peu recommandable » au XIXème siècle. Certains allaient même jusqu’à préconiser l’arrachage de ce «raisin des mouches», surnom qui avait le mérite d‘être très évocateur! De nos jours, encore, vestige d'un passé qu'il serait temps de renier, il n'est pas rare d'entendre quelques généralisations déplacées. Du style: "Dans le Jura, le Pinot noir, t'oublies!".
    Ce qu’on lui reproche, en fait, c’est de ne pas produire des vins aussi bons qu’en Bourgogne lorsqu’il est vinifié seul! Mon œil! Sous l’égide du Dr Guyot, plusieurs expériences furent faites afin de rivaliser avec le modèle bourguignon, sans grand succès alors. Mais les Jurassiens persévérants ont toujours su en tirer quelque chose, de ce fichu cépage!

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    Il représente actuellement environ 10% du vignoble rouge. Il est fréquemment utilisé en assemblage pour structurer les rouges et augmenter leur aptitude à la garde. Il faut pourtant se faire un devoir de le goûter seul, pour ne surtout pas avoir à l'oublier.

    Quelques cuvées de Pinot noir particulièrement recommandables (liste non exhaustive), dans des styles variés: Arbois 2005 (les raisins de Camille) et En Barberon de Stéphane Tissot, Côtes du Jura d'Alain Labet, Arbois du Puf, la Pépée (assemblage Pinot-Poulsard) de Jean-Baptiste Ménigoz (les Bottes rouges), PP 2005 (assemblage Pinot-Poulsard) de Jean-Marc Brignot, Côtes du Jura du domaine Pignier, Julien et Grusse en Billat de Fanfan Ganevat, Don Giovanni de L'Octavin, ...

     

    L'Enfariné et autres cépages oubliés:

     

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    Recouvert d’une pellicule blanchâtre, d’où son nom, l'Enfariné fut candidat à l’arrachage en 1731. Aussi «désagréable que le nom est déplaisant, son vin léger est acerbe et peu coloré», d'après un certain Chevalier, très acerbe lui aussi, et dont on peut penser qu'il s'est fait rouler dans la farine. Car l'acidité naturelle de l'Enfariné peut faire des merveilles dans des mains expertes. À tel point que certains n'hésitent pas, parfois, à le vinifier seul.

     

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    Ces vieux cépages généralement complantés de tout temps au sein des parcelles sont proscrits dans l'appellation et généralement voués à l'arrachage. C'est compter sans l'opiniâtreté de certains à vouloir les sauver et les préserver à tout prix, tant leur apport est passionnant dans des cuvées qui fleurent bon la simplicité et la rusticité.

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    Quelques cuvées de vieux cépages particulièrement recommandables (liste non exhaustive), dans des styles variés: J'en veux de Fanfan Ganevat, À table avec Léandre du domaine Pignier, Le Ratapoil de Raphaël Monnier-Ratapoil, Vin de Pays de Franche-Comté d'Étienne Thiébaud (domaine des Cavarodes)...
     

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    Olif

  • 14 contours de syrah au creux du Van

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    Couvet, commune Val de Travers. Son hôpital, sa piscine et son ancienne tricoterie Dubied, transformée en chai du domaine de la Clavenière, tronche de Travers du vignoble Neuchâtelois. Depuis la fusion administrative, toutes les communes du Val de Travers, canton de Neuchâtel, s'appellent Val de Travers. Sauf deux, Les Verrières et La Côte aux Fées, qui continuent de voler de leurs propres ailes exécutives. Le 11 juillet 2013, 19 heures, plusieurs berlines arrivent à la Clavenière, en roulant au pas, tous feux éteints. Normal, il fait encore jour. Des individus s'en extirpent lestement et se dirigent, la mine patibulaire, vers le rez-de-chaussée du bâtiment. Normal, ils ont rendez-vous à la cave pour une dégustation à la gloire d'un des plus grands cépages rhodaniens. 14 syrahs du Valais, en 3 shots, sur 3 millésimes différents, avec pour dénominateur commun, un des maîtres à penser de nombre de vignerons et/ou œnologues helvètes.

     

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    Noiraigue, commune Val de Travers. Son Creux du Van et son gaz de schiste dont il serait temps de ne pas vouloir. Noiraigue, c'est l'un des sites jurassiens ayant reçu une autorisation de forage, avec Pontarlier et Les Moussières, côté français. Les Moussières, en plein cœur du Parc Naturel du Haut-Jura. On se demande à quoi ça sert d'être un haut-lieu naturel soit-disant protégé! Du côté de Neuchâtel, la résistance commence à s'organiser. Parce que venir polluer l'Areuse et l'absinthe pour émettre des gaz aussi délétères pour l'environnement qu'un mauvais pet foireux dans une atmosphère confinée, non merci!

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    Le 12 juillet à 10 heures, soit très précisément le lendemain du 11 juillet, plusieurs berlines se garent devant la caserne des pompiers de Noiraigue. Des individus s'en extirpent péniblement, pas tous très frais. Pour bien profiter du plus beau cirque jurassien du monde, où van (la falaise, en celtique) et vent (le vent, en français basique, voire même en romand de Suisse voisine) se mêlent, s'entremêlent et se confondent, il vaut mieux en faire le tour. Ce qui nécessite un moindre effort, que la plupart des automobilistes purs et durs n'auront jamais le bonheur de connaître, eux qui préfèrent la montée motorisée par la route jusqu'à la ferme du Soliat pour se repaître d'une bonne grosse fondue apte à combler leur petit creux, avant de jeter un œil morne et un rot fromager sur le Creux, sans avoir à fondre en grimpant le sentier dans la chaleur torride d'un été jurassien plutôt réussi. Montée dans le sens anti-horaire, via la ferme des Œillons et le sentier des 14 contours, descente par la ferme Robert et le sentier pentu du Single, où l'on ne se sent étrangement pas seul à avoir une âme de primate, tel est le menu habituel du randonneur du Creux du Van, sans se vanter.

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    14, oui, le chiffre est exact, compté, recompté, vérifié, par une foultitude de randonneurs. 14, oui, le chiffre est inexact, puisque compté, recompté, vérifié, par une poignée de dégustateurs. Il y eut finalement 15 syrahs, servies à l'aveugle en 4 flys de 5+5+4+1. 2010, 2005 et 2003. +1. Pièges et/ou pirates non exclus. Vins transvasés dans une bouteille anonyme depuis leur bouteille d'origine. Et c'est parti pour 14 contours de syrah, en quête d'un mythe mais aussi du simple plaisir de déguster, d'échanger, de commenter, de partager, une fois les dernières petites modalités du débriefing mises au point, non sans mal, d'ailleurs.

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    Mise en bouche: la montée est rude, jusqu'à la ferme des Œillons, au départ de Noiraigue. Dans le gourdon, mieux vaut un vin désaltérant et aérien, avec deux ailes. Par exemple, un Chasselas Le Brez 2012 de la Colombe, à la gloire de Raymond Paccot, chantre de la biodynamie et de la sélection parcellaire sur la Côte vaudoise.

     

     

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    1er contour: ça attaque fort, dès le franchissement des Œillons et la montée dans la forêt. Du gros calibre pour une syrah plutôt consensuelle qui ne le fut pas. Boisée, certes, mais d'un bois fin et élégant qui ne m'a pas gêné plus que cela, tant les tanins furent veloutés et frais, avant de se fondre dans une finale très syrah, d'une grande longueur et d'une exquise fraîcheur. Syrah 2010, Cave des Amandiers, Alexandre Délétraz.

     

    2ème contour: sortie du bois. Les framboisiers qui bordent le sentier ne sont pas encore chargés de fruits, cette syrah si. Un petit bonheur de fruits rouges entrelardés, sur des tanins croquants, salivants et rafraichissants. On en redemande, en ayant de surcroît un gros doute sur le géniteur. Bravo! Syrah 2010, Christophe Abbet.

     

    3ème contour: on plonge à nouveau dans la forêt. Les fruits se font discrets. Ce virage-là est plutôt raide et il faut s'accrocher. Acidité, dehors toute! C'est frais, forcément, acidulé, mais la finale se resserre sur les gencives, astringente et asséchante. Du jus, il y en a, sans doute à attendre. Si Joris su, Joris pas venu? Mais si, voyons. En l'état, c'est tout de même un peu duraille pour mon palais. Syrah Chamosite 2010, Didier Joris.

     

    4ème contour: bien accroché dans la pente, il s'agit maintenant de dérouler. Le nez est très beau, sur le caractère végétal de la syrah, bourré de fraîcheur et de notes de tapenande et d'olive noire. Une petite touche de bois ne vient même pas faire de l'ombre. En bouche, la matière en impose. Une belle grosse masse tannique acidulée qui sèche légèrement en finale, mais qui ne demande qu'un peu de temps pour se fondre. Un grand vin, pour plus tard. Syrah Quintessence 2010, Benoit Dorsaz.

     

    5ème contour: une difficulté superposable à la précédente. Ça syrahte plutôt joliment, sur un léger boisé toasté. Les tanins sont encore appuyés, mais s'enrobent déjà délicatement. Il y a la matière, l'acidulé, la fraîcheur. Ne manque juste qu'un peu de temps... Syrah Vieilles Vignes 2010, Simon Maye.

     

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    6ème contour: les lacets commencent à se resserrer, les vins aussi. On avance pourtant dans le temps, franchissant 5 années d'une traite. Une série qui m'apparaîtra un peu difficile, avec des vins au grand potentiel, mais dans une phase peu épanouie. De la violette, il y en a, pourtant, dans cette bouteille-là. C'est plutôt agréable, d'autant plus que la rétro est fruitée. Entre les deux, le vin est un peu compact et dense, comme replié sur lui-même. La finale laisse apparaître une pointe d'alcool. Globalement, c'est plutôt bien, mais pas à point. Didier, Didier! Oui. Syrah L'âme des Pierres 2005, Didier Joris.

     

    7ème contour: nouveau virage un peu sec, pour cette syrah aux étonnantes notes d'agrumes sur fond métallique, avec une touche de vernis à ongles. Les tanins sont un peu sévères, avec une acidité marquée. Il faudra lui donner une deuxième chance. Syrah 2005, Cave Le Bosset.

     

    8ème contour: le nez dans la pente, il faut continuer de grimper. Des notes de cerise, avec un petit côté noyau, pourtant, il ne s'agit pas de grenache. Et peut-être un premier nez réduit sur le caoutchouc brûlé ("il pneute!", pour certain d'entre nous). En bouche, les tanins sont marqués et finissent sur de l'amertume, ce qui induit un effet salivant bienvenu. Il y a du vin dans cette bouteille, mais c'est quand même un peu sévère! Syrah 2005, Denis Mercier.

     

    9ème contour: première sortie de route dans un virage, il fallait bien que ça arrive un jour. Nez sur la pomme blette matinée de liège et/ou de champignon, trahissant un défaut de bouchon. Là aussi, de la matière, mais des tanins durs et asséchants en bouche. De façon visiblement anormale. Pas de chance, il faudra y regoûter pour confirmer le problème ponctuel de bouteille. Grain Syrah 2005, Marie-Thérèse Chappaz.

     

    10ème contour: l'espoir renait au fur et à mesure que le ciel se rapproche. Sortie de la forêt de chêne, les framboisiers sauvages poussent à nouveau tout au long du chemin. Ça sent aussi la groseille, même s'il n'y en a pas. Le bois se fond. Les tanins acidulés sont d'une grande finesse, la finale fait bien saliver, malgré la petite pointe d'alcool bien présente et globalement toujours ressentie dans cette série, millésime oblige? Aucune impression de déjà vu/bu, pourtant... La deuxième chance de la Syrah 2005 de la Cave Le Bosset n'a pas mis longtemps à se concrétiser. Les deux bouteilles n'ont pas été conservées dans la même cave, est-ce la seule explication? Ou alors l'ordre de passage dans la dégustation?

     

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    11ème contour: deuxième sortie de route en plein virage, impardonnable celle-là. Ça sent le TCA à plein nez, impossible d'y tremper les lèvres. Dommage! Syrah 2003, Christophe Abbet.

     

    12ème contour: la délivrance est proche, la perspective de toucher au but motive les troupes, qui retrouvent un deuxième souffle. Le nez est plutôt évolué, mais très joli. Du pruneau un peu cuit, mais une rondeur bienvenue en bouche. Vin plaisir, charnu et agréable, dont il ne faudrait pas se priver. Syrah 2003, Romain Papilloud.

     

    13ème contour: à partir de là, ça déroule. Cette syrah-là ne saurait renier ses origines valaisannes. Beaucoup d'élégance, de la finesse et un petit je-ne-sais-quoi dans la texture qui évoque irrésistiblement le Valais. Un vieillissement harmonieux pour cette très belle Syrah Osami 2003 de Didier Joris.

     

    14ème contour: le final, l'apothéose! Nez complexe et enivrant sur les agrumes, l'écorce d'orange confite et le poivre. En bouche, la texture est fabuleuse. Savoureuse, aussi. Et dotée d'une grande longueur et d'une belle fraîcheur. La trame tannique est parfaitement fondue, d'une grande finesse. Ça sent le Rhône septentrional, largement en aval du Valais. Du négoce haute couture, que cette Côte Rotie 2003 de Tardieu-Laurent. On comprend ceux qui aimeraient s'en inspirer pour leur petit commerce.

     

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    À la sortie du dernier contour, il faut encore et toujours monter. Plus pour longtemps. Juste celui d'un dernier verre de syrah, un bonus ludique, puisqu'il s'agit de retrouver l'un des contours déjà franchi, présenté en magnum et, de ce fait, décliné en deux bouteilles de 75 cl, si mes calculs sont exacts. Il s'agissait de L'âme des Pierres 2005 de Didier Joris, qui présentait ma foi fort bien, derrière le pirate du Rhône français.

     

    La récompense du grimpeur, au sortir des 14 contours, c'est un panorama 4* sur le cirque rocheux, qui mérite bien une petite pause casse-croûte, pour savourer le pain, le jambon et le paysage.

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    La récompense du dégustateur, au sortir des 14 syrahs rhodaniennes, c'est un panorama 4* sur la production valaisanne, qui mérite bien une petite pause casse-croûte, pour savourer le canard, la ratatouille et le vin à table.

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    La cerise sur le gâteau, ce sera ce petit verre d'Ambre 2004, de Christophe Abbet, servi avec une tarte aux pommes maison, qui a pourtant bien failli passer à Travers. Un oubli vite réparé, juste le temps d'un aller/retour à la cuisine familiale.

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    On ne remerciera jamais assez Christophe Landry, Helvète underground, vigneron de Travers et œnologue génétiquement modifié, d'avoir bien voulu nous dessiner les contours de la syrah valaisanne et de sa vision jorissienne sur trois très beaux millésimes.

     

    Et on ne remerciera jamais assez non plus le Creux du Van de nous offrir de si beaux paysages depuis tant d'années...

     

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    Olif

  • Ventoux, parce que tu le Vau(cluse) bien!

     

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    Carpentras, fraises, cerises, truffes et berlingots

     

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    Carpentras [karpɑ̃tra], capitale du Comtat Venaissin, traversée par l'Auzon et la Mède (dont les crues sont particulièrement craintes des Carpentrassiens, puisqu'elles les laissent dans la Mède, justement), possède une particularité phonétique cocasse [kokas]. Contrairement à Gigondas [ʒigɔ̃das] et à l'instar de Cassis [kasi], aucune trace de [s] lors de la prononciation de son nom. Merveilleuse complexité de la langue française qui permet aux érudits de ramener leur fraise à Carpentras [karpɑ̃tra]!

     

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    S'il ne fut pas aisé de photographier un berlingot devant un garage Citroën, même à Carpentras, le temps des cerises du Ventoux a fini par arriver avec plus de 15 jours de retard sur l'horaire initialement prévu. Ce qui a notamment contraint à l'annulation de la traditionnelle fête de la cerise de Venasque. Épreuve reine de ces traditionnelles festivités consacrées au "diamant rouge provençal", le concours de cracher de noyau de cerise peut à défaut se pratiquer à la maison, sur sa terrasse, même en nocturne ou après une dégustation de vins du Ventoux et un repas bien arrosé. Les résultats restent alors généralement confidentiels et controversés, faute d'une bonne luminosité, d'un décamètre opérationnel et d'un arbitrage à la hauteur.


     

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    Puisqu'on parle de diamant, le noir vaut bien le rouge, fût-il estival. Logiquement moins réputée que sa variété hivernale, la truffe d'été n'en offre pas moins de belles sensations gustatives, surtout lorsqu'elle est servie à toutes les sauces, avec tous les plats, de l'entrée au dessert. Ce qui est quand même plus goûteux que des patates et du lard, y compris dans une bombe glacée surprise. Chez Serge, à Carpentras, il y en a au menu. De la bonne trutruffe d'été qui se marie à merveille avec les vins du Ventoux. En blanc, par exemple, un Éclat de Fondrèche 2012, juvénile et gouleyant. En rouge, Moitié vide Moitié pleine 2009 de Solence, domaine qui ne fait habituellement pas les choses à moitié, car en bio depuis sa création.

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    Un Ventoux pour moi tout seul!

     

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    Bien avant que des hordes de camping-cars venus de l'Europe entière ne s'installent temporairement sur ses flancs, comme ce sera le cas encore cette année, au détour de la grande boucle du Tour de France, et ce, dans l'unique but de passer une journée sur leur chaise de camping avant de lever 5 minutes leur cul devant les caméras de télévision pour vociférer ou courir derrière une armée de cyclopédistes professionnels carburant à la potion magique customisée, quand ce n'est pas bêtement à l'eau claire, mais alors là, ils sont loin derrière, le Mont Ventoux est la proie d'amateurs de tout poil, qui n'ont eux aussi qu'une idée en tête: grimper au sommet, de quelque façon que ce soit. Quitte à finir sur les rotules ou ramper dans les derniers lacets.

    Devant la perspective d'une performance sportive mesurable et quantifiable, Mme Olif, qu'il n'aurait pas fallu emmener au sommet en voiture sans lui laisser la possibilité d'y aller aussi en vélo, a préféré ascensionner le Géant via Malaucène, plutôt que de faire une petite balade en VTT sur ses flancs en ma compagnie. Peu importe, je suis un adepte de l'effort solitaire. Quand tu te retrouves tout seul avec ton petit vélo face à la montagne pour la première fois, tu te sens quand même un peu tout nu. Et là, tout d'un coup, comme par magie, tu n'es plus seul, lorsque tu longes les murs du camp naturiste de Bélézy. Sur le GR91 au départ de Bédoin, pas un seul bédouin, par contre. Ni à pied, ni en deux-roues.

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    Une fois déposés les Clops, ça commence à fumer sévère, avant de toussoter, puis cracher ses poumons en longeant la Combe de Mars, même quand on n'a pas touché au tabac depuis des années. C'est à ce moment précis que tu regrettes de ne pas avoir rempli ta gourde avec un peu de vin blanc du Barroux, qui ne figure pas sur la liste officielle des produits dopants. La longue montée sur chemin caillouteux se négocie difficilement, mais avec dignité. Arrivé à Mazanet, cote 869m, le plus dur reste à faire. Encore 1000 mètres de dénivelé positif jusqu'au sommet. Pas les plus faciles. Mais comment j'ai fait pour grimper jusque-là, moi, déjà, rien qu'en suçotant des berlingots et à la force de mes mollets? Courage, fuyons! Marche arrière toute, pour une descente chaotique. L'ascension ultime sera inscrite pour moi au prochain ordre du jour, finalement.

     

    AOP Ventoux: action en hausse?

    Plus grande appellation rhodanienne par sa surface, l'AOP Ventoux vit pourtant à l'écart et à l'ombre des côtes du géant du Rhône, là où l'ombre du Géant de Provence devrait plutôt la mettre en lumière. Fascinante montagne à l'atout marketing indéniable, même si ce n'est évidemment pas ce qui prime pour l'amateur de vins. À côté des coopératives qui trustaient la majorité de ce vignoble de plus de 6500 hectares, il y a une vingtaine d'années, ce sont désormais plus de 130 vignerons en cave particulière qui haussent le niveau qualitatif en même temps que celui du cours du raisin. Une dynamique bio s'est installée, s'exprimant notamment au sein d'une association: les BioVentoux. Et puis quelques francs tireurs, parfois venus d'ailleurs, contribuent au rayonnement de l'appellation. Comme Philippe Gimel au Barroux, par exemple. Ou encore Olivier B. à Méthamis.

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    Le Barroux, petit village médiéval situé entre Carpentras et Malaucène, entre Ventoux et Dentelles de Montmirail. C'est là que Philippe Gimel s'est posé en 2003, diplôme d'œnologie en poche, après avoir appris auprès de quelques domaines parmi les plus réputés de Rhône-Sud. Saint-Jean du Barroux est un vignoble d'un seul tenant, en terrasses, exposé nord-ouest. De la vigne, évidemment, mais aussi des genêts et des haies, pour respecter au mieux la biodiversité et l'écosystème. Et un mirabellier également, apparu spontanément dans un coin, comme pour rappeler les origines lorraines du vigneron-œnologue. Du Ventoux en dentelles, pour résumer. La particularité du Barroux, c'est la proximité de la faille de Nîmes, qui a bouleversé la géologie du lieu et favorisé l'émergence des argiles rouges du Trias, généralement enfouies à plusieurs kilomètres sous la terre des vignes de la plaine. Une mosaïque de terroirs géologiquement distincts qui, combinée aux effets de l'altitude (entre 300 et 500 mètres) et de l'exposition, donne naissance à des vins de grande expression possédant beaucoup de fraîcheur innée, qu'il faut néanmoins savoir préserver.

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    Le choix de Philippe Gimel s'est porté sur une sélection de raisins pour élaborer ses cuvées, positionnées dans un registre crescendo de concentration. Vendanges par tries successives, donc, qui donnent des vins d'un style plutôt riche et opulent, mais dans un souci permanent de recherche de la fraîcheur maximale, pour ne pas perdre le caractère salivant et buvable du vin. On se plaît à imaginer ce que pourrait donner une sélection parcellaire, apte à faire ressortir les caractéristiques de chaque terroir, mais ceci n'est pas d'actualité, afin de ne pas rendre trop complexe une gamme déjà largement plébiscitée par les amateurs, notamment étrangers, les premiers à avoir succombé aux charmes des vins de Saint-Jean du Barroux: La Source, L'Argile et La Pierre Noire pour les rouges, La Montagne pour le blanc.

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    Pour cause de tout petit volume, la Montagne 2012 (clairette et bourboulenc) a été élevée pour moitié en cuve et en fûts de plusieurs vins pour l'autre moitié. Fallait-il assembler ou pas? Cruel dilemme! Le vin de cuve, au fruité très frais, a finalement été mis en bouteilles sur son fruit. La version fût est un peu plus complexe au nez, avec des notes de malt et d'anis. Sans doute attendra-t-elle encore un peu son tour dans la barrique. 2011 est déjà en place, un beau vin qu'il faudrait savoir attendre, si l'on en juge par l'éclat du 2007, magnifique de complexité, d'arômes et de texture. Grenache blanc, clairette et bourboulenc au sommet du Ventoux! En rouge, les trois cuvées, goûtées alternativement en bouteille ou prélevées sur fût, possèdent chacune leur style, désormais bien défini. Les 2012 s'annoncent plutôt très bien, si ce n'est que les volumes seront malheureusement plutôt limités. Côté vin en bouteille actuellement commercialisé, mention particulière à la Pierre Noire 2009, au jus alliant merveilleusement richesse et fraîcheur.

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    Et enfin, ce Micro-climat 2011, des raisins de grenache, syrah et carignan ramassés à une maturité exceptionnelle qui donnent un vin naturellement riche, lui aussi, exceptionnel. Et ultra-confidentiel, évidemment.

     

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    Chez Olivier B., dans le petit hangar de Méthamis, acheté, agencé, rénové, isolé, la Troisième en fait des caisses. Cette syrah des Nayes en est à sa troisième édition avec le millésime 2010, comme son nom l'indique. La Quatrième et la Cinquième ne sortiront des limbes que si leur état le permet, ce qui semble en bonne voie, vu le jus qui se trouve actuellement dans les fûts. Pendant ce temps, les Amidyves continuent d'élargir leur cercle. Et ils restent fidèles en amitié, même de nombreuses années après, comme peut en témoigner ce 2002, période Cascavel, dans un registre délicatement évolué, parfaitement à point.

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    Ayant digéré le buzz qui lui a permis de continuer l'aventure, Olivier B., le vigneron AJT, est reparti à fond, avec dans le viseur une deuxième année consécutive "zéro traitement" à la vigne. Il va pourtant lui falloir trouver un remède à une situation sentimentale compliquée administrativement parlant, de quoi s'en casser les côtes. Comme Olivier en a sous le chapeau, gageons que cette belle histoire d'amour connaitra rapidement un dénouement heureux.

     

    Monieux: une escapade romanesque

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    Faire un saut dans la Nesque fut le grand challenge pédestre de cette expédition vauclusienne, histoire de ne pas l'avoir en travers de la gorge au cas où on ne l'ait pas fait. Vingt-cinq kilomètres sans une seule âme, ou presque, entre Villes-sur-Auzon et Monieux, voilà qui n'est pas banal. Tout au plus quelque cycliste ayant bravé la pluie et le temps maussade de ce mercredi matin. Sans oublier un ou deux camping-cars belges, une fois. Un panorama à couper le souffle pendant tout le trajet, digne de celui des gorges du Verdon, culminant en face du rocher du Cire, balayé en son temps par le Mistral, Frédéric de son prénom. Parking à Monieux, joli village médiéval dont la boulangerie-épicerie est fermée le mercredi, point crucial qui mérite d'être souligné. Pas de chance! Direction le lac du Bourguet, légèrement plus petit que son quasi-homonyme savoyard, et descente le long de la Nesque, en rive gauche. Enfin, descente, façon de parler, puisque le sentier grimpe allègrement dans la forêt jusqu'au sommet des falaises bordant l'entrée des gorges. Le clou du parcours, ce sera la descente par le GR9, à flanc de falaise, jusqu'à la rivière, qu'il faudra traverser à gué. La pittoresque chapelle Saint-Michel, dont on se demande bien ce qui a pu pousser les habitants du XIIème siècle à venir l'ériger là, juste sous la falaise, s'offre alors à nos yeux ébahis et nos pieds trempés.

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    N'exclure aucune hypothèse, évidemment, mais n'escomptez pas faire la visite de cet édifice religieux sans un exquis mérite. Aucune excuse! Un parcours alternatif existe pourtant bel et bien, une esquive impraticable ce jour-là: suivre le cours de la rivière, généralement à sec désormais, sauf en 2013, bien entendu. La remontée s'effectue en rive droite de la Nesque, pour ceux qui ont tourné dans le sens des aiguilles d'une montre. Une remontée, que dis-je? Une escalade, presque. En surplomb de la falaise, avec moult passages rocheux en guise de bon escalier. Une escapade à déconseiller aux personnes à mobilité réduite, aux chamois paralytiques et à James Stewart dans Vertigo.

     

     

    Arrivée théâtrale en Avignon


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    Pendant que la cour d'honneur du Palais des Papes se prépare à résonner au son des tirades du gratin du théâtre contemporain, les rues d'Avignon sont un spectacle permanent: celui des colleurs d'affiches de spectacles de poche plutôt off. Ça grouille, ça pose l'escabot, ça grimpe, ça s'engueule, ça arrache les affiches des autres, quand elles viennent empiéter sur celles des uns, ça vit au diapason du grand théâtre de la vie. Le temps d'une promenade papale et d'une bière sur le parvis du palais, direction Verquières, pour nourrir le ventre autant que l'esprit. Et, surtout, en croquer méchamment! Du chou, mais pas que.

    Le Croque-Chou, à Verquières, presque une institution. Une affaire de famille, en tout cas, avec Sébastien Folz au piano, Monique et Daniel Folz en salle.

     

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    Des produits frais de premier choix, une cuisson impeccable, des plats justes et précis, une carte des vins pléthorique et judicieuse, faisant la part belle aux beaux et bons vignerons, un cadre agréable avec terrasse donnant sur l'église du village. L'assurance d'être absous du péché de bonne chère, c'est certain.

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    La trilogie d'œufs à la coque revisités, c'est un grand classique de la maison. Les accompagnements varient, suivant la saison. Dommage que celle de la truffe soit derrière nous, même si écrevisses et asperges ont bien joué leur rôle. Un délice de saveurs et de textures!


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    La côte de taureau, elle vient de Camargue, maturée à souhait et cuite à la perfection, le Petit Taureau, il vient du Roussillon, maturé à souhait et élevé à la perfection également. L'accord camargo-catalan est quasi fusionnel, olé! De quoi cloturer en beauté ce séjour au pied du Ventoux, qui devrait en appeler d'autres, j'en ai bien peur!

     

    Olif

     

    P.S.: le Tour de France au Ventoux, c'est aujourd'hui. Comme un petit relent de vacances...

     

    P.S.2: les vacances, ce n'est pas encore fini, enfin pas pour tout le monde. Mais il y a un peu de devoirs de vacances à faire, quand même, grâce à André Deyrieux, œnotouriste toute l'année, quel beau métier!

  • VDV#57: l'Italie au naturel...

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    "Vous prendrez bien un petit verre pour les VDV?"

     

    ...et la Belgique, aussi, un peu. Antipasti et pro pasta au menu, avant un cornet de frites et des croquettes de crevettes le lendemain. Le match Italie-Belgique de ces 57èmes Vendredis du vin s'est soldé par la victoire des deux équipes sur le score sans appel de 47 vins naturels italiens qu'on ne boira surtout pas avec Monseigneur Michou. Cela ne nous dérange pas plus que cela qu'il nous les laisse. S'il n'aime pas ça, il n'arrivera malheureusement pas à en dégoûter les autres. Un article maladroit, mal venu, publié malencontreusement dans le Gambero Rosso* ce printemps, et qui lui a valu les foudres de bon nombre de vignerons italiens parfaitement fréquentables. Ce qui a, du coup, nécessité un acrobatique rattrapage aux branches via moult communiqués du B&D, pour que sa Sainteté du vin non naturel ne soit pas définitivement grillé en terre transalpine (de cheval), c'est pourtant tout le mal qu'on aurait pourtant pu lui souhaiter.

     

    Le sang du moine Cantillon, ex-monomaniaque alsacien reconverti aux charmes des vins libres, en particulier italiens, ne fit que 33 ou 45 tours avant qu'il ne se décide à user de sa présidence éphémère des VDV pour rendre gloire à la Vespa pratiquée en mode naturiste, tout en plantant moult banderillas dans le dos de sa Monseigneurité, meilleur dégustateur français du monde, mais pas de vin italien, il faut croire. Et des autres vins sans doute non plus, j'en ai bien peur. Et ce n'est pas un belgicisme, pour une fois, une fois (celui-là, c'en est un, par contre).

     

     

    03

     

     

     

    Vendredisduvin

    Les VDV, c'est théoriquement le dernier vendredi du mois, mais on a anticipé. Le Président des Brusseleirs avait lui aussi pris les devants, annonçant son copieux sujet aux vacances de printemps afin de laisser le temps aux participants de le préparer, voire de se préparer, pour ceux qui avaient choisi l'option Bruxelles pour se gaver d'Italie une fois, j'en ai bien peur (là, c'est un belgicisme!).

     

     

    Le véritable rendez-vous des Belges, ce fut deux petites heures après Thalys, mais on n'allait quand même pas se priver d'un petit café en attendant la correspondance à la Gare du Nord.

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    D'autant, qu'une fois à Bruxelles-Midi, on allait rentrer directement dans le vif du sujet. Direction Rue Basse (Blaese pour les Flamandophones, même pas roses). Chez Massimo, au Studio 126, atelier déco-cave à boire et à manger. Tenue par un véritable œnologue formé dans une vraie école italienne d'œnologie, en plus: Massimo Coletti, le roi du Prosecco bien secco.

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    Une dégustation gentiment orchestrée autour d'une dizaine de vins italiens gracieusement mis à disposition par Massimo et l'enoteca Cantucci, une cave belge à vins naturels italiens, parmi lesquels je retiendrai un Paski 2010 de la Cantina Giardino, au magnifique accord vino-ungulaire, ainsi qu'un Vino bianco bien orange de l'Azienda Trinchero (voir la photo en en-tête).

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    Une dégustation globalement très homogène et passionnante, qui est venue se marier divinement avec des planchettes de charcuterie, fromages, saumon et sardines de premier choix. Rien que du naturel, en fait!

     

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    Déjà 16 heures! Il est temps de filer au 90 rue du Page. "Je ne suis pas Ixelles que vous croyez!" nous a négligemment fait remarquer le sieur Basin en tapotant sa montre pour nous signifier un po 'in ritardo sur l'horaire initialement prévu et ce, avant qu'il ne fasse la tronche. 

     

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    En guise d'apéritif, une dégustation des vins de la Tenuta di Valgiano, en présence de Laura di Collobiano. Le Rosso 2010, à dominante de sangiovese, complété par syrah et merlot, est une petite merveille de fruits, au grain de tanin très fin et délicat et à l'expression enjouée, très naturelle.

     

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    Après avoir dégommé quelques quilles hors sujet et un morceau de vieux Comté Petite d'octobre 2011 (fruitière de Bouverans), il était temps de se caler le ventre avec des antipasti et la Pasta. Au Caffe al Dente, évidemment. Un petit coin d'Italie délocalisé à Uccle, où il fait bon venir en Fiat 500 chromée boire un Limoncello quand le thermomètre belgicain flirte avec les températures de la botte.

     

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    Crédit photo Caffè al dente

     

    À défaut de limoncello, il est possible de goûter à l'occasion plus d'une quarantaine de vins naturels italiens. Au décours d'une soirée privée, évidemment, orchestrée par le grand apothicaire bruxellois, maitre d'œuvre des Brusseleirs, cette horde sauvage constituée dans le seul et unique but de faire pâlir d'envie tous les autres participants aux Vendredis du vin, au vu du nombre de flacons débouchés à chaque session. Force est de reconnaître que les Brusseleirs ont grands yeux et grand ventre, et qu'il est dur de les suivre sur leur terrain. Un double match à l'extérieur (Italie à Bruxelles) qui a été arrêté par décision de l'arbitre, au bout d'une trentaine de flacons débouchés, une petite dizaine ayant dû rester aux vestiaires. La cause: des joueurs au bord de l'asphyxie vinique. Et pourtant, certains sont plutôt aguerris!

     

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    Démarrée sur un rythme peut-être un peu lent, mais finalement satisfaisant pour bien apprécier les vins et les antipastis servis en même temps, la dizaine de blancs servis fut un plutôt beau moment, relativement homogène. Les stars blanches de la soirée sont venus de Sicile, avec un décoiffant SP 68 2012 d'Ariana Occhipinti, ou le muscat d'Alexandrie transcendé, et un Cos Rami 2011 de Giambattista Cilia et Giusto Occhipinti. Cos, le meilleur Rami de l'homme, quand il n'est pas d'Estournel.

     

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    Crédit photo Brigitte Marien pour les Brusseleirs

     

    Côté rosso, le rythme s'est un peu accéléré, sous l'impulsion d'un Patrick Böttcher survitaminé, qui trouvait que nous avions mené un peu trop la dolce vita bianco... Un train de sénateur jusque là, peut-être, mais qui a laissé aux vins le temps d'être goûtés et appréciés (ou pas). Vu le nombre de vins rouges à déguster, c'était une nécessité de passer la surmultipliée. Même s'il aurait sans doute fallu restreindre la play-liste et se concentrer sur le meilleur. Les 5 premiers vins ne m'ont pas laissé un souvenir impérissable, hormis le Il Frappato d'Arianna Occhipinti, servi en apéritif rouge. Il fallu attendre le Massa Vecchia Le Querciola 2009, dans une version non bouchonnée, pour vibrer à nouveau. Suivi du Macchiona 2006 de la Stoppa, du Tenuta di Valgiano 2010 déjà goûté l'après-midi, mais en magnum cette fois, du Colombaia, du Fonterenza et enfin du Poggio Cuccule 2008 de Caspri, une des grandes bouteilles de la soirée, au coefficient de torchabilité digne d'un pinot noir alsacien de Patrick Meyer, conseiller du domaine à l'époque.

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    Crédit photo Brigitte Marien pour les Brusseleirs

    Pause Dinavolo 10 avec le fromage, histoire de passer à l'orange après tout ce rouge, dont aucun n'était vert. Et retour au rouge, tant les vins naturels sont tous Teroldego entre eux, et encore plus ceux d'Elisabetta Foradori.

     

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    Crédit photo Brigitte Marien pour les Brusseleirs


    Une dégustation planifiée crescendo, c'est une évidence, avec à suivre un Pacina 2008 de belle facture, suivi d'un Brunello de Montalcino 2005 Il Paradiso de Manfredi évolué et asséchant (une déception, tant il avait été annoncé comme un vin immense, peut-être même le meilleur vin du monde), puis d'un magistral Barolo 2008 de Rinaldi, qui constituera le parfait point final à la dégustation. 7 bouteilles resteront aux vestiaires, par arrêt de l'arbitre, dont un Barbareco Pajé 2003 de Luca Roagna. Un banc 4*, digne de celui des meilleurs clubs du Calcio!

     

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    Et puis, comme en Belgique, tout doit finir par un bon cornet de frites pour accompagner des Gambero grigio**, d'une gourmandise exquise, le dimanche midi, avant de prendre son TGV à la Gare du Midi. Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour changer des pâtes! Merci Friture René.

     

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    Olif

     

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    * Revue italienne sur le vin et la gastronomie, aux relents de crevette avariée, parfois.

    ** En italien dans le texte, cette croquette belge à base de crevettes grises, toujours d'une qualité extra, se mange très chaude jusqu'à s'en brûler les doigts, la gorge et l'œsophage. En Belgique, on l'appelle tout simplement "croquette de crevettes".

     

    P.S.: pour un compte-rendu exhaustif (et même plus) de cette mémorable session des VDV, prière de se rendre à l'Apotheek Böttcher, là où le bon vin naturel italien est remboursé par la Sécurité sociale.

     

    P.S.2: pour ne pas être en reste et jouer aussi les prolongations, la délégation jurassienne à ces 57èmes VDV a remis le couvert à deux ou trois reprises. Avec le Barbaresco Pajé 2003 de Luca Roagna, en mode repêchage, d'une fraîcheur étonnante sur le noyau de cerise, puis un Barbaresco Crichët Pajé 1998, au nez envoûtant de chocolat au kirsch avec une fine touche d'épices, et enfin un Dinavolo 2008 de Giulio Armani, somptueux vin orange, non mais allo quoi, pas l'opérateur téléphonique, idéal avec un plateau de fromages.

     

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  • Fifty shades of ploussard

    Chapitre 1

     

    Marie-Charlotte s'affairait déjà en cuisine, malgré l'heure. Elle avait pris le temps de se doucher, mais pas celui de s'habiller entièrement. Juste une petite culotte en dentelle noire et le soutien-gorge pigeonnant assorti. Et puis, quand même, un tablier de cuisine. Suffisamment court pour deviner la couleur de ses sous-vêtements lorsqu'elle se penchait. Tout en épluchant une carotte de belle taille, elle laissa son esprit vagabonder. Peut-être était-il trop tôt pour recevoir à la maison ce fichu séducteur de Charles-Henri. Sans nul doute, il tenterait de passer à l'attaque. Oui. Fallait-il se donner déjà? S'abandonner? Sûr qu'il était mignon, mais elle n'était peut-être pas encore tout à fait prête à remplacer Paul-André, feu son mari, parti bien trop tôt d'un fichu cancer du testicule extrême droit, qui eut vite fait de gangréner l'intégralité de ses organes. Il était tendre et gentil, Paul-André. Et attentionné, aussi. Amoureux de la bonne chère et du bon vin, dont il emplissait généreusement la cave. Bon sang! Le vin! Qu'allait-elle faire boire à Charles-Henri? Et aimait-il le bon vin naturel, d'abord? Pas sûr. Il possédait indéniablement le côté "m'as-tu-vu" des buveurs d'étiquettes.

    Laissant subitement tomber son couteau, elle se dirigea vers le vieil escalier en colimaçon qui conduisait au Saint des Saints. Les marches étaient raides. Elle posa sa main contre le mur en pierres pour assurer son équilibre. D'habitude, c'est Paul-André qui se chargeait de choisir le liquide destiné à accompagner le solide. Serait-elle à la hauteur de cette nouvelle mission qu'elle devait assumer? Elle se souvint avec bonheur des jolis vins d'Arbois qu'il ouvrait dans les moments intimes qu'ils passaient ensemble. "Pour le braquemart, rien ne vaut le ploussard!", plaisantait-il volontiers pour masquer l'impuissance à masquer son impuissance. Instinctivement, elle se dirigea vers le casier contenant des bouteilles dont le goulot était vêtu d'un ciré rouge. La cave était fraîche. Un petit frisson lui parcourut l'échine. Elle aurait dû s'habiller plus pour descendre ici. Elle s'accroupit pour empoigner fermement le goulot d'un de ces flacons. En se relevant, le verre à peine humide vint lui caresser l'intérieur des cuisses. Elle frissonna un peu plus, mais de plaisir cette fois. Elle serra un instant la bouteille au creux de son intimité, avant de se décider à remonter au plus vite dans sa cuisine. Légèrement perturbée par la curieuse sensation qui venait de l'envahir, elle posa la bouteille sur la table et retourna à son plan de travail pour ficeler son rôti. Paul-André savait à peine lacer correctement ses chaussures, ce n'est pas lui qui allait lui apprendre toutes les ficelles du bondage. Pourtant, elle se débrouillait plutôt bien. Une nouvelle fois, elle fut troublée par ses pensées. Elle ouvrit le premier tiroir à sa droite, s'empara d'un tire-bouchon et se rua sur la bouteille comme pour chasser les images qui se fixaient petit à petit dans son esprit. Elle caressa longuement le goulot jusqu'au capuchon de cire rouge. Une cire sèche et cassante, d'un beau rouge vif, qui ne changea pas de couleur sous l'effet de ses caresses. Arbois-Pupillin 2006 du domaine Overnoy-Houillon. Un des vins préférés de Paul-André, qui vénérait Pierre Overnoy, le vigneron libre penseur de Pupillin et précurseur du vin naturel.

     

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    Lorsque la vis du tire-bouchon pénétra la cire, puis le bouchon, elle se mordilla la lèvre. Elle extirpa précautionneusement le bouchon de la bouteille, essuyant de la pulpe de son index le rebord du goulot. Elle se servit un verre, puis passa le reste de la bouteille dans une carafe. Le vin avait une belle couleur groseille. Un jus éclatant et sanguin. Du sang bien clair, comme au troisième jour de ses menstruations. Elle ressentit soudainement une envie de devenir vampire. Elle prit le verre et la bouteille, passa au salon et se jeta sur le canapé. Elle trempa ses lèvres dans le breuvage. Sa tête bascula en arrière et ses paupières se fermèrent. Elle fit circuler le vin dans sa bouche, s'enivrant de ses saveurs de fruits rouges. Son entrejambe se serra sur sa main libre, dans un frisson de volupté. Elle resta un instant immobile avant d'avaler lentement la première gorgée de ploussard, en laissant échapper un petit cri de plaisir. D'un geste fluide, elle replia ses jambes et retira prestement sa culotte en pensant fortement à Paul-André. La bouteille vide allait bien lui être d'une quelconque utilité, finalement...

     

    Lorsque Charles-Henri sonna à la porte, elle savait déjà qu'elle ne lui ouvrirait pas.

     

     

    Olif

     

    P.S.: titre piqué sans vergogne à François "Bourgogne live" Desperriers, également inspirateur de ce billet, pour le coup. Quel obsédé textuel, ce François!

     

    P.S.2: mesdames, je ne dis pas qu'à chaque fois que l'on boit du ploussard, ça fait cet effet-là, mais des fois oui, quand même un peu.

     

    P.S.3: non, contrairement aux apparences, vous n'êtes pas sur Littinéraires viniques, de Christian Bétourné, que je salue au passage, lui qui vient d'essuyer, avec Achille, les foudres de la censure facebookienne.

  • Live and let die!

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    Véritable outil de société à visée purement économique, la Santé publique passe son temps à chercher les raisons de mourir et à vouloir les éviter au commun des mortels. Là où, de plus en plus, il conviendrait surtout de chercher des raisons de vivre. Voudrait-on finalement nous conduire dans le meilleur des mondes, façon Aldous Huxley, que l'on ne s'y prendrait pas autrement. Fais pas ci, fais pas ça, mouche ton nez, dis bonjour à la dame, ne mange pas trop gras, 5 fruits et légumes par jour, bouge, ne bois jamais un verre de vin à 18 ans si tu ne veux pas mourir à 70, à dada prout prout cadet. La pilule est un peu dure à avaler, et pas uniquement pour les jeunes femmes sans facteur de risque cardio-vasculaire en quête de contraception. L'infantilisation de la société et la déresponsibilisation complète des citoyens sont en marche. Plus besoin de s'occuper de rien, tout est géré pour le mieux par nos dirigeants, avec un tas de complicités dans le monde économique et médical. La garantie de devenir centenaire! OGM, cultures intensives, pesticides, gaz de schiste et anti-dépresseurs assureront notre avenir, bien au chaud dans des cités sous cloche, où l'on n'aura plus rien à craindre de la famine, de la pollution, de la destruction de l'environnement et des méfaits du tabac, de l'alcool, des drogues douces et du mariage pour tous.

     

     

    Dernier en date, le rapport du Pr Tûûût*, qui prône à mots à peine couverts une nouvelle ère de prohibition pour sauver tous les addictifs contre leur gré, y compris ceux qui s'ignorent. La grande particularité du médecin de Santé publique, c'est de ne pas s'intéresser à l'individu proprement dit, mais à la globalité et aux statistiques. Ce qui compte, au final, c'est sa mission: diminuer l'impact d'un facteur de risque donné sur une population donnée, dans l'espoir d'améliorer les chiffres de la mortalité et de la morbidité. En excluant toute variable subjective liée aux cas particuliers, évidemment. Supprimer l'alcool pour supprimer l'alcoolisme, la seule véritable pathologie problématique liée à la consommation d'alcool, qui ne concerne qu'une petite partie de la population, est une option bigrement tentante, d'un pur point de vue statistique. Un peu comme si on décidait de supprimer la voiture pour régler définitivement la  question des accidents de la route. Ou abolir le travail pour supprimer les accidents de travail, sauf que là, ce n'est vraiment pas possible, faut quand même pas déconner.  Boire intelligemment, avec plus ou moins de modération, pour le plaisir que cela est susceptible d'entraîner, n'est plus d'actualité et ne l'a sans doute jamais été aux yeux des hygiénistes de tout poil. Et ce, même si l'augmentation de l'incidence de cancers liés à l'alcool est sans doute moins importante que ceux occasionnés par l'utilisation des pesticides ou des désherbants. Boire pour le plaisir, fumer pour le plaisir, manger pour le plaisir, c'est péché. Capital même. L'addiction s'il vous plaît, il faut désormais payer les pots cassés d'une frange marginale de la population, qui, elle, a véritablement besoin d'aide, et pour qui la dépendance n'est malheureusement souvent qu'un refuge à la misère ambiante. L'épidémiologiste, qui pense traiter la cause, ne s'attaque finalement qu'à la conséquence. Et tout ça au mépris de ceux que le vin fait vivre, à commencer probablement par la balance du commerce extérieur.

     

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    Touche pas à mon vigneron, c'est une pétition lancée sur Internet, à l'intention de Stéphane Le Foll, qui n'en est pas une mais plutôt ministre de l'Agriculture, dans le but de défendre le vin, les vignerons et leur droit d'expression sur Internet. Une petite signature pour une grande cause, afin de ne pas relèguer le vin à une simple boisson alcoolisée et un vulgaire poison voué aux gémonies, alors qu'il fait partie du patrimoine de l'humanité à plus d'un titre. Et puis, surtout, apprenez le geste qui sauve les vignerons,  grâce à Catherine et Pierre Breton et à Michel Tolmer, aussi un peu..!

     

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    Si le vin de France a de sérieuses vélléités à foutre le camp, le Vin de France n'a pas non plus de sérieuses raisons de se rejouir. Repli parfois stratégique, pour ne pas avoir à supporter le poids administratif de l'appellation protégée, l'ancien statut de vin de table est soumis à une sérieuse remontée de bretelles de la part de fonctionnaires de la DCGRF, dont le sens de l'humour est généralement interdit, quand il n'est pas giratoire. Exit les jeux de mots, à-peu-près, fantaisies, détournements. Le vin de France est une chose trop sérieuse pour être confiée aux vignerons. Rien ne doit permettre l'identification de la région de production, et surtout pas l'évocation du nom, pour ne pas faire de tort à l'AOP. Même les mentions sur sa composition, légales et obligatoires sur tous les autres produits alimentaires, sont mal vues. Un brin paradoxal, à l'heure ou, pour la défense du consommateur, il serait plus judicieux de révéler ce qu'il y a vraiment dans le vin de tous les jours, outre une certaine quantité d'alcool, ce que personne n'est en mesure de nier.

     

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    Et si le coupable à la barre, finalement, ce n'était que le plaisir? Celui de jouer, boire, manger, baiser. Mener une vie d'ascèse devrait permettre de gagner moins vite le Père Lachaise. Une vie plus longue à cotiser, à chômer, à se faire piétiner par les dirigeants, les puissants et les nantis. Une vie censée coûter moins cher à la société et, sans doute, au final, lui rapporter plus..?

     

    Olif 

     

     

    * censuré! 

     

     

     

     


  • Tronches flambées...

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    C'est à l'initiative de Jean Walch, l'indispensable caviste strasbourgeois voguant au fil du vin libre sur l'Ill, quai des Bateliers, que les Tronches ont accosté dans la capitale alsacienne à la fin mai. Une rencontre 3 en 1, éminemment sympathique, associant la Librairie des Bateliers toute proche et L'essentiel chez Raphaël, le roi de la flammekueche bio installé à la Krutenau.

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    Dès 16 heures 30, les quatre tronches alsaciennes du vin avaient répondu "Présent!" à l'appel. Sympa de retrouver ensemble, sous l'égide des tronches, Lucas Rieffel, Christian Binner, Jean-Pierre Rietsch et,  légèrement en retard, mais excusé pour cause de manif anti Monsanto, Patrick Meyer.

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    Lucas Rieffel, le premier sur les lieux, n'a pas tardé à dégainer un Crémant de première bourre, du même niveau que celui de Jean-Pierre Rietsch, qui a enchanté la soirée Lancement de Tronches. Mittelbergheim, pays des bulles? Tout juste le temps de goûter au Katz'en'bulles 2009, version pinot gris, jus atypique plutôt décoiffant, de Christian Binner, et au pinot noir Heissenstein de Patrick Meyer, qu'il était déjà temps pour moi de me téléporter à 100 mètres de là, à la Librairie des bateliers, pour donner une "conférence" improvisée, ce que je n'avais jamais encore vraiment imaginé faire jusque là.

     

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    Et il y avait foule! Sans aucun idiotisme alsacien, même le plus intelligent qui soit, il m'a fallu raconter la génèse des Tronches depuis le début, de la gestation à l'accouchement, cigogne incluse, pour que l'auditoire puisse cerner un peu les motivations des auteurs et une partie des enjeux abordés dans le livre. Un public nombreux, curieux, assidu et intéressant, des libraires visiblement passionnés, de la trempe de ceux que l'on aime bien cotoyer ou rencontrer, qui questionnent, inquisitionnent, cherchent la petite bête pour pousser gentiment l'auteur à la confidence. Un joli moment de partage, ponctué par moult dédicaces de Tronches, et qui s'est cloturé par un verre d'EMMA, le Crémant de Patrick Meyer, du nom de la plus pétillante de ses trois filles.

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    Troisième étape de ce microtour de la Krutenau, si l'on excepte un léger retour à la case dégustation-apéro chez l'ami Jean Walch, jamais à court d'une quille, L'essentiel chez Raphaël. Pour une soirée Flammess à volonté, accompagnée d'un certain nombre de bouteilles pas encore vidées ni entamées. Natures, gratinées au munster, au tofu, salées, sucrées, mais surtout extra fines et extra bonnes, sans nul doute les meilleures tartes flambées jamais mangées, élaborées exclusivement avec des produits bios, et accompagnées de quelques-uns des meilleurs canons alsaco-toscano-jurassiens qui puissent exister.

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    La prochaine fois, en Alsace, on fera soirée choucroute et savagnin, promis!

     

    Olif

     

    P.S.: ce week-end, on remet ça, une fois! Sortie extra-hexagonale du côté de Bruxelles. Podverdeke, fieu, va y avoir de la Tronche au comptoir, du côté de la rue du Page, chez Basin & Marot. Avant de déquiller du nature italien et une ou deux Cantillons, j'en ai bien peur! Et de partir faire un tour de Vespa tout nu du côté d'Ostende...

     

     

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  • Pontarlier-ville ou Belleville?

    "Mais où sont mes racines?..."

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    Traitement "journalistique", à chaud, après un aller/retour express à la Capitale, tout juste de retour de la Bellevilloise, cette ancienne coopérative ouvrière sauvée des promoteurs dans les années 2000 et qui s'est transformée en lieu socio-culturel depuis. Une affluence terrible aujourd'hui, pour accueillir le premier salon des vins Rue89 , co-organisé avec No Wine is innocent, le blog vinique phare de tous les adeptes de la traversée de rue. Heureusement que certains sont venus aux aurores, juste prendre un petit café, parce que le dimanche, quand l'Angélus sonne, faut pas déconner, place au vin sérieux. Au plus fort de l'après-midi, on se serait même plutôt crû à la Belle Isloise, tant les riverains étaient entassés comme des sardines en boîte. Plus de 700 visiteurs d'après les organisateurs, pas mal pour un coup d'essai. Antonin Iommi le Vindicateur a gagné du premier coup ses galons de GO de salon de vin.

     

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    Venu en coup de vent depuis Pontarlier profiter du soleil réapparu à Paris, je n'ai pas trop vu le jour. Juste le temps de découvrir la jolie gamme du domaine Rousselin en compagnie de Laurence la Vigneronne (à contrejour, malheureusement, private joke), de faire connaissance avec Olivier Collin, vigneron discret vivant caché mais dont les cuvées, toutes parcellaires et extra-brut, brillent au firmament de la Champagne, de faire un petit coup BAM!, quand votre verre fait BAM! avec Benoit Tarlant, de regoûter avec plaisir aux jolies roussettes du domaine de Soleyane, dont 2 échantillons un poil atypiques mais délicieuses, compléter mes connaissances de la grande gamme du Petit Domaine languedocien de Julie et Aurélien Petit, avec une majuscule à Petit...

     

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    ... de se régaler une nouvelle fois avec les Chablis d'Alice et Olivier de Moor, de découvrir le rarissime Sauvignon  beaujolais d'Isabelle Perraud, conditionné en bouteille bordelaise de 50 cl, de faire une petite incursion en Loire du côté de Chinon, avec Frédéric Sigonneau, du domaine de l'R, et de savourer les chenins et pineau d'Aunis du domaine de la Grapperie, en compagnie de Renaud Guettier.

    Le casse-croûte, préparé avec amour par tout le team de l'Épure, a permis de tenir le coup jusqu'à la séance de dédicace des Tronches. Un petit coup de Bordeaux, en compagnie des 3 Petiotes et de Gombaude-Guillot (la dernière goutte de Pom'n'roll), et ça repart! Direction la Gare de Lyon, histoire de ne pas manquer le TGV du retour. Et, avec tout ça, je n'ai pas bu de café!

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    Sous les pavés, la vigne continue encore demain. Ce soir, c'est l'after, en compagnie du gratin du cinéma français, à ce qu'il paraît...

     

    Olif

  • 7 qui prend!

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    Ce petit Chérubin les fesses à l'air sur son tonneau illustre le tout premier vin jaune d'Alice Bouvot et Charles Dagand. Une grande première pour ce domaine jurassien désormais phare, qui a su se tailler en moins de 7 ans une place de choix dans le milieu du vin bio et naturel jurassien, dans le milieu du vin du Jura tout court, dans le milieu du vin tout court. Alice et Charles, du domaine de l'Octavin, ont fait leurs gammes avec Mozart et ils ne l'ont pas renié, car ils bossent toujours avec Don Giovanni. Mais ils vont désormais au-delà, proposant une gamme de vins qui dépotent, contenant comme contenu. Pas de recette spécifique, en dehors d'un gros travail biodynamique à la vigne, plutôt un feeling et une inspiration qui leur donnent envie de se laisser guider par le raisin en cours d'élevage, question de confiance. Et le plus souvent, ça paye! D'une année sur l'autre, les vins ont leur propre identité. Un de leurs gros succès, que l'on trouve sur les meilleurs tables du monde, en toute modestie, c'est le Trousseau des Corvées.

     

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    Avec cette cuvée, dite du Nain, boire du trousseau n'est jamais une corvée. Une étiquette signée Mme Olif, tronche de peinture, qui a du coup été sollicitée pour habiller le Chérubin. Avec pour consigne toutefois de lui laisser les fesses à l'air. Un Nain jaune pour une désacralisation du clavelin, dont bien peu de vignerons, pour ne pas dire aucun, osent un nom spécifique, encore plus s'il est fantaisiste. Deux fûts élevés en parallèle dans une même cave fraiche et humide, mis en bouteilles séparément, et deux vins s'exprimant légèrement différemment. Ciré bleu pour un nez épicé, champignon de printemps, qui sait pourtant rester frais dans le gosier. Ciré jaune pour des arômes plus réservés au nez, mais une bouche tout en dentelle et en finesse, hautement salivante. Un jaune réjouissant, qui a pourtant frôlé le déclassement, n'exprimant pas une soit-disant typicité arboisienne, généralement sur la noix prononcée. Il s'est fort heureusement bien rattrapé à l'oral, le contraire aurait pû être un scandale à la hauteur de "la faute grave" qui a coupé les ailes du Moulin-à-Vent du domaine de la Molière tout dernièrement.

     

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    Les autres nouveautés, ce sont des histoires de rébus avec des chardonnays de la Mailloche macérés et un Zest de savagnin, lui aussi cuvé au lieu d'être râpé. De bien belles quilles et de quoi se taper une bonne partie de jeux de société en compagnie d'Alice et Charles! 7 qui prend?

     

    Olif

  • VDV#56: trou de mémoire...

     

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    Vendredisduvin

     C'est le dernier vendredi du mois. Un mois de mai bien pourri sur lequel il tarde à beaucoup de monde de tirer un trait. C'est Vendredi du vin et j'ai failli oublier. Modestement, je n'en ai encore manqué aucun et celui-là a failli passer à la trappe. Oublié et modeste, c'est justement la thématique choisie au hasard Balthazar par Jeff Heering, Brusseleir dans l'âme, qui n'aurait pas aimé que le mois de mai soit finalement oublié des vendredistes bruxellois. Sans compter que, sans présidence ni sujet de VDV, les Brusseleirs n'auraient modestement pas su quoi boire lors de leur pantagruelique rencontre  mensuelle, qui renvoie en cour de récré n'importe quel autre participant plus modeste à ce grand raout vinique, fier et content d'arriver avec sa belle, unique et jolie bouteille collant à la thématique du mois.

     

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    Alors, pour tenter d'égaler a minima la performance la prouesse récurrente de ces Belges un peu fous, j'en  ai bien peur, ce ne sera pas d'un seul cépage oublié et modeste dont je voudrais parler aujourd'hui, mais au moins d'une quinzaine. Tous réunis dans la même bouteille, j'espère que l'on saluera la prouesse, digne d'un VDV Brusseleir minimaliste. Béclan, mézy, gueuche, gouais, gamay blanc, portugais bleu, enfariné..., les autres je les ai oubliés. Certaines âmes bien pensantes auraient d'ailleurs bien voulu qu'ils soient définitivement éradiqués, et ce dès 1772 au Parlement de Besançon, mais ce patrimoine ampélographique a été sauvé de l'oubli total, grâce à l'obstination et la persévérance de jeunes vignerons, qui n'hésitent pas à reprendre les micro-parcelles de ces petits papys qui vinifiaient, souvent pour eux-mêmes, un vin rouge de pays un peu rustique, certes, mais gouleyant et préservé des nombreux travers de l'œnologie moderne. Du rouge qui ne tache plus tant que cela, pour un peu que l'on apprécie les vertus d'un vin réellement authentique.

     

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    Le Ratapoil, Étienne Thiébaud, Fanfan Ganevat, le domaine Pignier..., tous ont choisi de préserver ces vieux cépages de la disparition, n'hésitant pas à en replanter, sous le manteau parfois, afin que la richesse viticole du Jura soit préservée. Et pour démontrer que tous ces cépages modestes, honnis, méprisés peuvent donner naissance à des vins simples rustiques mais de grande qualité. S'en passer serait misère...

     

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    Olif

     

    P.S.: les vendredis de la peinture, ça commence aussi aujourd'hui. Michèle Aubéry, du domaine Gramenon, expose ses toiles pendant un mois à la Pointe du Groin. Ce n'est pas à Cancale que ça se passe, mais chez Thierry Breton, à Paris, dans le Xème. 

     

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  • Apocalypse Tomorrow?

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    Quoi de plus excitant que le vrombissement des hélicoptères et l'odeur du napalm au petit matin dans les vignes du Jura? On se le demande, tiens! Pour cause de printemps compliqué, voilà-t-y-pas que le syndicat de la viticulture veut jouer de l'hélicon. Mais c'est pas ça le vrai instrument, comme le chantait Boby. Popopo. Con!

     

     

    La problèmatique d'un arrosage phytosanitaire par hélicoptère, c'est justement que ça arrose. Tous aux abris, sortez couverts! Des trucs pas trop catholiques qui finissent dans le verger de la Tata Irène, dans la tasse de café du grand-père Louis, dans le potager de Mamyvonne, dans l'assiette du quidam installé bêtement en terrasse par ce froid, dans les vignes des vignerons bio qui n'ont rien demandé à personne. Il n'y a guère qu'en Valais que l'on expérimente l'hélico bio, ce qui nécessite à la fois des moyens et de ne pas en être à un paradoxe près... À moins que l'hélicoptère ne soit à pédales? Toujours à la pointe, les valaisans!

     

    Enfin voilà! Le printemps est pluvieux, mais frais. La pression maladie n'est pas encore trop forte de ce fait, malgré l'humidité ambiante, et les seules taches de mildiou ont, semble-t-il, été observées pour l'instant chez des vignerons en chimico-conventionnel, ce qui ne donne pas envie. Mais cela justifie-t-il une dérogation de traitement? Les vignerons bio n'ont d'ailleurs pas envie de se tenir coi. La question ne se pose pas, comme le chantait également Boby. D'ailleurs, je n'ai pas la réponse. Mais je n'en pense pas moins...

     

    Olif

     

    P.S.: le petit Château Pécauld dans la prairie, c'est le prochain épisode des rencontres de l'IFCVG d'Arbois. Pour tout savoir sur les petites fleurs qui nous entourent et sur le rôle de ces espaces indispensables à notre bien-être. Ce sera le 6 juin en Arbois, de 20h à 22h30.

     

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    P.S.2: demain, on n'oublie pas, c'est choucroute au menu. À Strasbourg, au fil du vin libre, en partenariat avec la librairie des Bateliers. Sans Comté, mais avec des flammess (sur réservation) et, surtout, les 4 vignerons alsaciens tronchisés. Une belle dégustation en perspective.

  • Ne lui lâchez pas la Grappe!

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    "Sur la terre des damnés, solitaire,
    Étranger aux vérités premières énoncées par des cons,
    J'avais touché le fond de la misère
    Et je pleure, et je crie et je ris au pied d'une fleur des champs,
    Égaré, "Insouciantes" dans l'âme du printemps, coeur battant,
    Coeur serré par la colère, par l'éphémère beauté de la vie."

     

    Ces beautés Insouciantes 2011, assemblage des 3 cépages rouges jurassiens, il faudra voir à ne pas leur lâcher la Grappe. Rouge de soif et de plaisir, aux tanins lisses, à boire jusqu'à plus soif avant de toucher le fond de la misère, ce Côtes du Jura de Saint-Lothain, vinifié par Didier Grappe, membre de la désormais célèbre association Le nez dans le vert, saura apporter la lumière au pays de Charles Sauria, génial inventeur maudit de l'allumette à friction. Du soufre, oui, mais sur le bout rouge de l'allumette, pas trop dans la bouteille!

     

    Didier Grappe balancera quelques pavés à la Bellevilloise les 2 et 3 juin prochains, au salon des vins non innocents de Rue89. On essaiera de les éviter... ou pas!

     

    Olif

     

    Retrouvez aussi les Dégustantanés sur le Blog de la Pipette.

     

    P.S.: un sympathique compte-rendu de visite chez Didier Grappe à Saint-Lothain, c'est sur Vinissime.

     

    P.S.: Tête en l'air, évidemment, c'est Jacquot le Grand. Encore jeune, à l'époque. Et un peu tête en l'air, évidemment...

     

  • Tronches à la crème!

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    Ce fut mon 1/4 d'heure de gloire locale, mon "fifteen minutes of fame" warholien, une séance dégustation-dédicace de tronches à la Crèmerie Petite de Pontarlier, à la maison, avec la participation de la librairie L'Intranquille et celle de Raphaël Monnier-Ratapoil, venu faire déguster quelques-unes de ces cuvées. Membre actif de l'association Le nez dans le vert, lui aussi est un régional de l'étape. Il a passé toute sa jeunesse dans le Haut-Doubs avant de gagner la plaine et finir par faire du vin. Vigneron amateur depuis 2000, et par conséquent ratapoil, comme on appelle ceux qui ne vinifient pas par métier, il a désormais lâché partiellement l'histoire-géographie pour se consacrer à mi-temps à la vigne et gagner ses galons de "vrai" vigneron. Son domaine, il l'a appelé Ratapoil. Une évidence. Les vignes sont en Arbois, mais la cuverie est situé à Arc-et-Senans, dans le 2-5, en zone limitrophe de l'appellation. Quatre vins en dégustation: un superbe chardonnay Va donc 2011, aux notes fines d'amande grillée, d'épices et d'agrumes, un savagnin Indocile 2010, plus dense et puissant, un poulsard 2011 des Corvées qui glisse tout seul Par là (voir figure 1) et la véritable cuvée Ratapoil, à base de vieux cépages hors appellation, une quinzaine au total, dont tous ne sont pas formellement identifiés. Dégustée en format familial, car de ce vin-là, on n'en a jamais assez.

     

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    Il y avait donc également des Tronches, malheureusement en nombre insuffisant pour satisfaire les groupies locales, tout le stock ayant été vendu et dédicacé en moins d'une heure, montre en main. Quel succès! La prochaine fois, on organisera ça directement à la librairie L'Intranquille ... ou à la maison-mère!

     

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    Qui dit crèmerie dit évidemment fromage, mais pas n'importe lequel, du Petite, bien sûr, pour ce qui est du Comté et du Morbier, amoureusement préparé par un team de crémières au top. La première animation de ce genre à la nouvelle adresse du magasin, 1 rue Saint-Anne à Pontarlier, en préfigure certainement d'autres, on l'espère.

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    Ce fut aussi l'occasion pour un certain nombre de Pontissaliens de découvrir la crèmerie et pour un certain nombre de clients habitués de se hasarder au fond du magasin, côté cave-épicerie fine. On y a même aperçu la tronche de Travers d'un Helvète en goguette, venu en voisin faire le plein de Comté.

    Un beau succès, qui n'a pas laissé beaucoup de temps à l'équipe pour souffler et même encore plus pour déguster.

     

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    Olif

     

    P.S.: quand on participe à un évènement aussi phénoménal, ben voilà! On se retrouve dans le journal! Mais pas celui de Claire Chazal quand même...

     

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    ©Est Républicain

     

    P.S.2: Yop là! Le 25 mai, en fait, on remet déjà ça, mais en extérieur. À Strasbourg, au fil du vin libre, en partenariat avec la librairie des Bateliers. Sans Comté, mais avec des flammess (sur réservation) et, surtout, les 4 vignerons alsaciens tronchisés. Une belle dégustation en perspective.

  • Pendant les salons de juin, trouve le joint!

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    Ce premier week-end de juin s'annonce particulièrement chaud dans la capitale. Les organisateurs de salon risquent d'être à deux doigts de se balancer des pavés. Justement, il y en aura sous la vigne. Le salon libertaire des vins non innocents, organisé par Antonin Iommi-Amunategui le Vindicateur, a pignon sur Rue89 dans le XXème. À la Bellevilloise, très précisément, ce haut-lieu coopératif post-communard, forteresse culturelle pour tous sauvée des promoteurs immobiliers dans les années 2000,  qui fut préféré de loin à la Belle-Iloise, malgré la perspective joyeuse de s'envoyer des sardines dans la tronche. 40 vignerons, des conférences, des expos, des livres, des tronches, un évènement à la hauteur du lieu.

     

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    Ça aura pourtant démarré fort dès le 31 mai chez Paco. Ivry, virgule, il organise un salon de résistance papillaire, ouvert a tous les francs-tireurs de la picole ou en passe de le devenir. 3 jours de folie ou certains risquent déjà de laisser leur chemise, avant de migrer dans le 9.3.

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    Et pendant ce temps, à Montreuil, tout ce beau monde se retrouvera à poil dans les sous-bois pour le plus beau salon naturiste jamais organisé en région parisienne, Chez l'Amitié Rit. Pfifferling, Richaud, Perraud, Leclerc, Paillet, Mosse, Nicq..., que du beau linge pour être sûr de ne pas prendre froid avant l'été.

     

    Pléthore de salons? Juste une question d'organisation, peut-être...

     

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    Crédit photo ©La Clavenière

    Et pendant ce temps, à La Clavenière, les portes de l'ancienne tricoterie Dubied de Couvet resteront grandes ouvertes pour fêter le printemps. Pour tous ceux qui auraient envie d'un petit week-end en Helvétie...

     

    Olif

  • Rebiffade catalane...

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    Tandis que la France entière grelottait sous la grisaille et que la Vendée portait un brassard noir en signe de deuil de ses REVEVIN, le pourtour méditerranéen soufflait le beau temps sous le pont de l'Ascension, grâce à un copieux mistral et une généreuse tramontane. Pas un seul nuage à l'horizon, au prix d'une permanente un brin ébouriffée. On n'a rien sans rien. Le temps d'une traversée dans l'eau fraîche, entre Argelès et ... euh ..., il était déjà l'heure de réenfiler ses sandales et son calcif. Direction Calce, pour voir les caves se rebiffer sévère. La revanche du jeudi a contre-attaqué grave, même si on était déjà samedi. Les 6 domaines du village rinçaient et invitaient, à grands coups de canons intergalactiques.

     

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    Sabre laser contre pipette nucléaire, le combat était par trop inégal. Des renforts de guests ont dû être appelés à la rescousse. La fête au village, quoi. Tout au plus peut-on regretter un déficit de signalisation des vignerons participants, qui n'aide pas le visiteur de passage à se repérer dans les petites rues tortueuses de Calce pour gagner les différentes caves, lorsque le flux humain se fait rare, à l'heure de la sieste, au plus chaud ou au plus venté de l'après-midi.

     

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    Le point de ralliement immanquable, à Calce, c'est le Presbytère, où l'on peut se restaurer merveilleusement à la sauce catalane et avec l'accent. Ollada et Pa d'aou, menu rebiffant unique pour tous. O quoi? Pa quoi? Heureusement, le catalan de base est serviable et polyglotte. Il a la traduction française facile pour ses voisins de tablée francophones. Une fois que l'on sait que le "o" se prononce "ou", facile de comprendre que l'on a affaire à une ouillade (un genre de potée catalane avec un petit boudin noir que, si tu n'en as jamais mangé avant, tu ne sais pas ce que tu perds) et à un pain d'œuf (une petite tuerie de flan maison bien meilleur que celui que tu penses réussir dans la tienne, de maison), de la cuisine catalane pur jus qui remplit bien le bedon et te permet d'affonter sans crainte la dégustation de vins qui a précédé ou qui va suivre.

     

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    Chez Jean-Philippe Padié, tronche de vin à lunettes de soleil et au crâne rasé, l'ambiance est à la décontraction et au débouchonnage, tandis que ça bouchonne à Paris. La foule se rue néanmoins auprès du Petit Taureau, dernière mise de 2008 bourrée de vigueur et de fraîcheur, mais aussi de Fleurs de Cailloux et de Milouise, les deux blancs du domaine qui s'arrachent, à tel point qu'il a fallu s'engouffrer dans le Tourbillon de la vie pour avoir un peu de blanc (de négoce) bien fruité à proposer à la clientèle avide. Et puis un rosé de mouvèdre, Ecxebeche, loin de parler fort pour ne rien dire. qui serait un bien beau rosé pour mourir, foi de Deadman.

     

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    Rémy, dealer d'affiches, de tee-shirts en boîte ... et de Tronches de vin.

     

    Le guest de Jean-Phi, il nous vient de la Loire (42), de la Côte roannaise plus précisément, et ce n'est plus tout à fait un inconnu. Le vin de Philippe Peulet, désormais interdit aux buveurs d'étiquettes, bombe aisément du torse, sans jamais se la péter. Des Bonichons, qui existent aussi en bonnet D, aux réfractaires Moines noirs, le gamay se complaît dans cette expression épurée, gourmande et minimaliste. Que celui qui n'a jamais têté aux délicieux Bonichons me jette la première pierre. 

     

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    And now, for something completely different, mais pas trop quand même, rendez-vous à la cave d'à côté, chez Olivier Pithon, pour goûter, le 357 sur la tempe, une jolie série noire ou plutôt rouge. Mon P'tit Pithon 12, Laïs 11 et Le Pilou 10, c'est du gros calibre. Du glou, du dense et du solide, qui serpente dans le gosier!

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    Tout en bas du village de Calce, on aurait pu croire que c'était le désert, mais non, il y avait Gauby. Et Matassa. Et plein de monde, pour le coup. Ça festoyait dur, avec les invités espagnols et ligériens. Musique, flonflons, table d'exception dans l'arrière-boutique, où le visiteur de passage n'était malheureusement pas convié. Pas goûté Gauby depuis un moment, c'était un manque que je me suis dépêché de combler. Des Calcinaires, blanc et rouge, à la Muntada 10, il y a de quoi se régaler. Des vins vibrants et vivants, frais comme des gardons frétillant dans l'Agly, grâce à une maturité totale obtenue à un degré alcoolique plutôt faible. Le fruit d'un travail intelligent et persévérant du sol, qui a restauré l'équilibre global des parcelles et, par conséquent, des vins, d'une fraîcheur exceptionnelle. Le guest des Gauby, il nous vient aussi de la Loire, mais beaucoup plus en aval, du saumurois plus exactement. Antoine Foucault, dit Tatane, est un gars franc du Collier. Il a fui les frimas printaniers ligériens pour se réfugier dans la vallée de l'Agly, le temps d'un week-end. Ses vignes ont été relativement épargnées lors du sinistre gel saumurois du 29 avril, ce qui n'a pas été le cas pour tous les vignerons du secteur, malheureusement. La Charpentrie existe désormais en rouge, premier millésime revendiqué en 2009, un vin qui a des tripes. Et le blanc affiche fièrement sa belle minéralité septentrionale. Chenin et maccabeu, même combat!

     

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    Chez Tom Lubbe, gros plaisir également. Celui de voir le vigneron découvrir son portrait dans Tronches de vin, comme de goûter à ses vins. Mention particulière à Marguerite (avec sa part muscatée, rien à voir avec la jurassienne), et El Sarrat, pour sa franchise et son fruité. Le guest de Tom Lubbe, c'était Juan Ramon Escoda, tronche du vin espagnol. Je n'ai pas goûté à ses vins ce jour-là (je l'avais fait à Angers cet hiver), mais ce fut un bonheur de le voir également découvrir comment il a été tronchisé dans le guide des vins qu'ont d'là gueule. Avec en photo pour illustrer son portrait, deux énormes jarres dans lesquelles certains ont cru reconnaître ses fesses... Les vignerons sont facétieux, parfois!

     

    Que la force catalane soit avec eux!

     

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    Olif

  • L'institut du bon goût

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    Cliché emprunté à Wild wild western

     

    Il y a une loi, à l'Ouest du Pécauld. Celle du goût franc-comtois, que même le juge Roy Bean ne saurait contester. Le Chateau Pécauld, édifié au XIIIème siècle et fleuron de l'architecture et de l'histoire arboisiennes, est désormais le refuge de l'IFCVG, Institut Franc-Comtois du Vin et du Goût. Cet organisme s'est fixé pour mission de défendre et valoriser le patrimoine gustatif franc-comtois, y compris celui du vin. Via des formations, des séminaires, des conférences, une école de dégustation ou encore l'organisation de soirées gustatives autour des produits phares du patrimoine franc-comtois, à destination des particuliers ou des professionnels. Tout le monde a encore en mémoire le fameux Goutatou organisé à plusieurs reprises fin des années 2000, avec, entre autres, un mémorable procès de Pierre Overnoy.

     

     

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    Cliché IFCVG

     

    Le printemps 2013 sera l'occasion de découvrir avec un œil nouveau les paysages de vignes jurassiennes. Avec, dans le rôle de Mister Bean, Pierre Overnoy himself, assisté de Michel Campy, Michel Vernus, Jean-Claude Barbeaux et Samuel Richardet. Un regard qui devrait s'avérer particulièrement avisé sur les vins et les vignes du Jura, avec une caution œnologique, géologique, historique, journalistique et gastronomique.

     

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    La conférence du 24 mai, qui se déroulera de 9h à 12h30 à la salle des fêtes de Pupillin, permettra d’illustrer ce lien entre paysage, paysans et produit du terroir ou plutôt entre vigne, viticulteurs et vin.

    Michel Vernus, professeur d’histoire contemporaine racontera le vignoble jurassien dans la grande traversée des siècles.  Michel Campy, professeur géologue guidera les participants dans les fameuses terres à Ploussard qui font la richesse de Pupillin, lors d’une balade « lecture de paysages ». Puis Pierre Overnoy, viticulteur bio de la première heure, expliquera pourquoi, dans les années 60, il a refusé l’utilisation massive des produits phytosanitaires, de manière à ne pas affaiblir ses terres. La dimension gourmande sera apportée par le journaliste Jean-Claude Barbeaux auteur du livre « «60 recettes pour 60 vins du Jura ». Il expliquera le grand talent des viticulteurs qui à partir de 5 cépages, multiplient les vins et les plaisirs d’accords mets et vins. Plaisir que pourront partager les participants en dégustant deux mignardises concoctées par Samuel Richardet de l’Auberge le Grappiot de Pupillin en accord avec deux ploussards d’Emmanuel Houillon, viticulteur en biodynamie, successeur de Pierre Overnoy.

    Cette conférence se déroulera en présence des élèves du BTS vioti-oeno  du CFA de Montmorot.

    L’IFCVG a en effet la volonté d’impliquer au maximum les étudiants. Producteurs de demain, et ils auront un rôle fondamental dans la gastronomie, une mission d’éducation vis-à-vis du consommateur et une responsabilité de « passeurs » de bons produits.

     

    Dont acte. Et c'est une pitié que je ne sois pas disponible ce jour-là. Me voilà reconnu coupable de "Casus belli". Le tribunal a rendu son verdict, 50 dollars d'amende environ, par défaut. Mais je déclare le bar ouvert ...

     

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    Pour tout renseignement, contacter directement l'IFCVG.

     

    Olif

  • Biojo pur Leynes

     

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    Mine de rien, avec sa 4ème édition, la Biojoleynes est en train de s'installer tranquillement dans le monde des salons qui comptent. Pas un salon de plus, pas un salon de trop, non. Plutôt une fête villageoise familiale autour du bio,  ouverte aux autochtones, aux voisins, aux locaux, à ceux qui viennent d'un peu plus loin, aux particuliers et aux professionnels, où tout le monde se retrouve et s'y retrouve dans un excellent esprit. Grâce à la dynamique équipe qui l'anime, Catherine Jambon en tête, la petite fête du vin et de la bio du sud-mâconnais/nord-beaujolais prend de l'ampleur et s'étire désormais sur deux jours, ce qui a pour double effet d'occuper le week-end entier et d'étaler l'affluence. Entrée libre pour faire son marché paysan, consulter un livre au Cadran lunaire, voire se faire dédicacer la tronche. 3€ le verre, par contre, mais ce n'est pas cher, si l'on veut déguster les vins de la vingtaine de producteurs présents, tous en bio.

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    Parmi les vignerons, des piliers, des anciens, des nouveaux, des invités, hors Beaujo. Jura, Auvergne, Roussillon, Ardèche, pour changer un peu du gamay. Quoique en Auvergne...

     

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    Mais en Beaujolais, la grosse claque, elle est venue de Denny Baldin, qui, avec son amie Jeanne Merer, n'hésite pas à aller reluquer les dessous du cep. Une bouille souriante, avec le chapeau qui va bien, un accent italo-irlandais craquant qui fait qu'il est difficile de lui refuser un verre, sans aucune possibilité de cracher quelque part, sous peine de passer pour un goujat. Cléopatra, c'est du lait d'ânesse, du Vin de l'ivresse sans soufFrance en Bojo, tout un programme et le magnum n'y suffit même pas.

     

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    Avec Benoit Camus, pas de question à se poser, on va directement à l'essentiel. L'étiquette parle d'elle-même, en grosses lettres. Le vin aussi, et il dépote. Sa cuvée précédente a eu l'insigne honneur d'être tranchisée par Philippe Jambon himself l'année dernière, nul doute que ce djeun a de l'avenir.

     

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    Paul-Henri Thillardon n'est déjà plus un inconnu. Il est en train de porter les couleurs de Chénas, l'un des plus mésestimés crus du Beaujolais, au firmament. Sa cuvée de Chénas Les Charrières est épatante, comme d'habitude, mais la plus grosse and good vibration, elle est venue du Chénas Les vibrations 2011, sans SO2, d'une densite étonnante. Il demande du temps, dans une carafe ou à la cave, mais il y a du vin dans cette bouteille!

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    Jean-François Cuzin est un ratapoil en cours de conversion professionnelle. Mais il est déjà bien affranchi question vin, faut dire que, dans la vraie vie, il est encore facteur à mi-temps. Son vin est déjà bien dans l'air du temps, puisque c'est le nom du domaine. On devrait en causer dans la Poste avant longtemps et on le suivra avec attention.

     

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    Romain Desgrottes n'est plus non plus un inconnu. Il vendange tout nu, sans électricité, du côté de Saint-Étienne des Oullières, pendant que Perrine tresse des sarments pour en faire les plus beaux bijoux de famille de ce petit coin de paradis. Dans leur petite grotte, ils vinifient des cuvées bien roots qui redonnent envie de croire à un monde meilleur. Et si c'était définitivement ça, le vin vrai?

     

    Le Beaujolais? Le plus bel endroit du monde pour faire salon!

     

    Olif

     

  • Fantastique symphonie savoyarde!

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    Oh! les filles, oh! les filles! Elles nous rendent marteau. Et accro, aussi. A Chignin, on leur croque volontiers dans le bergeron. Chez Gilles Berlioz, qui leur a dédié une cuvée spécifique de Chignin-Bergeron depuis le millésime 2007. Avec, abricot sur le gâteau, une étiquette renouvelée chaque année, pour coller à l'humeur changeante des Filles, sans aucun doute. De la longue suite de prénoms féminins ayant laissé leur empreinte dans celle du millésime 2007 à la marche volontaire des piocheuses en blouse bleue de 2012, Mouton peut presque aller se rhabiller, chaque étiquette ayant sa propre petite histoire et son propre style. 2013 verra-t-il se poursuivre la superbe série?

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    En attendant, le 2012 se goûte merveilleusement sur le fruit, rond, frais et déjà harmonieux. La verticale complète sera pour une prochaine fois. La ...Deuze 2012 se remet tout juste de la mise en bouteilles, mais promet mon... et merveilles aussi. Un joli jus issu d'un millésime difficile mais plutôt réussi, finalement.

     

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    Du Viviers à Chef-lieu, il n'y a pas de quoi se crêper le Chignin. Surtout entre cousins. Ce week-end là, ça tombe bien, c'était portes ouvertes chez Adrien Berlioz, le (petit) cousin de Gilles. L'occasion de goûter à deux ou trois trucs, voire à d'autres, pas initialement inscrits au programme. En bouteilles, jacquère et bergeron rayonnent sous le soleil savoyard. On n'attendra pas l'hiver, la neige, les stations, la fondue et la raclette pour commencer à les déguster. Et on en mettra même quelques exemplaires de côté pour l'été prochain. Du vin de Savoie toute l'année, pour toutes les occasions, avec la grande cuisine, on ne va pas se priver. Et si on a encore soif, on se tapera même un magnum de Cuvée des Gueux 2009, tellement bon, même si ça n'aurait pas dû l'être.

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    Le 2010 de cette même cuvée n'est pas non plus tout à fait œnologiquement correct, mais de là à être dégueu! Tout au plus un chouïa de volatile parfaitement intégrée. Le peu d'autres vins du millésime 2012, encore en élevage, peine à finir de fermenter mais se goûte plutôt déjà bien. Dont un joli chardonnay et un juteux persan. Sans parler d'une mondeuse, que certains trouvent dégueu, mais pas tous, et qui sera peut-être miraculée un jour. Surtout ne rien dire pour l'instant, et croiser les doigts, parce que sa destination finale est encore incertaine et inconnue, alors chut!

     

     

    Olif

     

     

  • Pendant les salons de mai, fais ce qu'il te plaît!

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    "Dans l'Yonne, fais comme chai toi!" Chai l'un chez l'autre, ce salon échangiste du 89 s'installe durablement dans le paysage printanier bourguignon et revient à Avallon, chez Nicolas Vauthier, pour une nouvelle édition où il faudra peut-être ne pas trop se découvrir d'un fil, malgré le moi de mai débutant. Une rencontre vigneronne à ne pas manquer, le week-end du 3 et 4 mai 2013. Avallon ou pas, il n'y a pas que dans le 69 que l'on s'interroge, et j'ai bien peur de ne pouvoir encore en être cette année.

     

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    "À Calce, les cavent biffent et se rebiffent encore!" Ce sera d'ailleurs la 8ème fois. Bande de récidivistes! Y venir il faudra. Au moins une fois. Et ce sera peut-être bien pour cette fois. Je sens que je vais affûter mon sabre laser et lacher les chiens au pied du Canigou. Que la Force catalane soit avec moi! Et la crème aussi, j'y compte bien. Le samedi 11 mai, tous à Calce, Roussillon.

     

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    "Pendant ce temps, à la ferme de Cauberotte, bois du vin vivant, écoute de la musique naturelle et rote". Vins et musiques à l'unisson, dans le pré, là où le bonheur est. En principe. Si tu veux aussi y trouver l'amour sans avoir les lèvres gersées, n'oublie pas Condom, c'est par là-bas que ça se passe. Le samedi 11 mai également. Ça va être chaud!

     

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    " Il est à toi ce salon, toi l'Auvergnat qui sans façon, a envie d'un peu de vin bio, quand dans ta vie il faisait soif". Le salon du bougnat et de la pastille Vichy, c'est chez Bebert que ça se passe, et nulle part ailleurs, le samedi 25 mai. Le vert et le vin, c'est son rayon, en fait, à Jean-Marc Imberdis. In vin bio veritas! Et il a convié en cure une bonne trentaine de vignerons en bio, dont une poignée de tronches de vin, épaulées par une doublette d'auteurs. Ça va dépoter dans l'Allier! Carottes Vichy et pommes de terre à l'eau à volonté.

     

    Olif

  • 2013: le sacre de Terres et vins de Champagne

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    Terres et vins de Champagne, 5ème édition, le sacre du printemps champenois. Et quel plus bel endroit pour le célébrer que la Cathédrale Notre-Dame de Reims?

     

     

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    Que de chemin parcouru depuis le 20 avril 2009, où 17 vignerons champenois fous de terroirs se réunissaient officiellement pour la première fois, afin de faire découvrir leurs vins de Champagne, avec et sans bulles. L'affluence était déjà au rendez-vous, mais le patio du Castel Jeanson permettait encore de s'attabler à l'ombre pour un moment de récupération bien venu. Souvenir, souvenirs...

     

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    Terres et vins de Champagne, à l'indéniable succès, est un évènement incontournable du printemps champenois, désormais inévitablement accompagné de quelques offs qui viennent étoffer l'offre de dégustation pour les professionnels ayant effectué le déplacement. C'est tant mieux. En 2013, pour accueillir les vignerons et les dégustateurs de Terres et vins, il a fallu réorganiser la disposition des tonneaux et rajouter moult tentes dans la cour du Castel Jeanson, pour permettre l'installation de la cave du Bon Manger de Reims et la restauration des troupes à la mi-temps. Je retiendrai de cette édition la grande homogénéité qualitative du millésime 2012 qui, s'il fut difficile et compliqué à gérer pour le vigneron, récompensa merveilleusement le gros travail fourni. Dommage du peu! De belles et grandes cuvées en perspective.

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    Honneur aux petits nouveaux, même s'ils ne sont pas nés de la dernière pluie champenoise. Le Champagne Georges Laval est en bio depuis plus de 40 ans, ça fait un bail. Le rosé de Cumières, présenté par Vincent et bu à l'ombre de la Cathédrale de Reims, est aussi resplendissant que la grande rosace sous le soleil champenois. La dégustation de ses vins clairs 2012 en version parcellaire est éloquente, mention particulière aux Chênes, la quintessence d'un grand chardonnay.

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    Marie-Noelle Ledru a déjà quelques millésimes à son actif. Ses vins clairs sont lumineux et ses champagnes ont la bulle incisive, laissant le palais frais, le cœur content et le poil bien dru. Le brut nature est même plutôt décoiffant!

     

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    Il n'y a pas que des bulles, en Champagne, où le vigneron ne s'interdit pas de voir rouge. Comme ce bluffant Trépail rouge 1999 de David Léclapart, à la grande finesse et à l'évolution harmonieuse, ou encore le Coteaux Champenois 2009 sans soufre de Benoit Lahaye. Sans oublier le jus éclatant du pinot noir 2012 d'Étienne Goutorbe. Aÿ, Aÿ, Aÿ! Un très beau vin en perspective, lorsque l'élevage sera terminé! Étienne peut être satisfait du beau travail accompli, bravo!

     

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    Et puis, en Champagne, on croise régulièrement de bonnes tronches, que l'on peut désormais même voir in situ en peinture.

     

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    Olif